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Ciel!s'écria Léandro : Que m'apé prenez-vous ? Quelque mauvais que soit un fils, peut-il lever la main sur son pere? Oh, qu’oui, dit le Démon. Cela n'est pas sans exemple ; & je veux vous en citet un assez remarquable. Sous le regne

de Don Pedre I. farnommé le Juste & le Cruel, huitiéme Roi de Portugal, un garçon de vingt-ang fut mis entre les mains de la Justice pour le même fait. Don Pedre furpris, comme vous, de la nouveauté du cas, voulut interroger la mere du coupable ; & il s'y prie fiadroitement, qu'il lui fit avouer qu'elle avoit eu cet enfant d'une discrete Reverence. Si les Juges du Çaftillan interrogeoient aulli få mere , avec la même adresse, ils pourroient en arracher un pareil

avev.

Descendons de l'æil dans un grand cachot au-dessous de ces trois prisonniers que je viens de

vous montrer , & considerons ce qui s'y passe. Y voyez-yous trois malheureux ? Ce sont des voleurs de grands chemins. Les voilà qui vont se sauver; on leur a fait tenir une lime fourde dans un pain, & ils ont déja limé un gros barreau d'une fenêtre par où ils peuvent se couler dans une court qui les conduira dans la ruë. Il y a plus de dix mois qu'ils sont en prison, & il у en a plus de huit qu'ils devroient avoir reçû la récompense publique qui est dûë à leurs exploits ; mais grace à la lenteur de la Jus: tice, ils vont encore massacrer des voyageurs.

Suivez-moi dans cette falle bag se où vous appercevez vingt ou trente hommes couchés fur la pail. le. Ce sont des filoux, des Gens de toutes sortes de mauvais commer, ces. En remarquez-vous cinq ou fix qui houspillent une efpece de manoeuvre qui a été emprisonné

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aujourd'hui pour avoir blessé un Archer d'un coup de pierre ? Poure quoi ces prisonniers battent-ils ce manoeuvre, dit Zambullo? C'eft, répondit Asmodée, parce qu'il n'a pas encore payé fa' bien-venuë, Mais, ajoûta t-il , laissons-là tous ces miserables. Eloignons-nous même de cet horrible lieu. Allons ailleurs arrêter nos regards sur des objets plus réjoüiffans.

CHAPITRE VIII.

Asmodée montre à Don Cléofas plu

fieurs personnes , & lui révéle les
actions qu'elles ont faites dans le
journée.
Ls laisserent-là les prisonniers

& s'envolérent dans un autre quartier. Ils firent une pause sur un grand Hôtel, où le Démon dit å L'écolier. Il me prend envie de

I

vous apprendre ce qu'ont fait aua jourd'hui toutes ces personnes qui demeurent aux environs de cer Hôtel. Cela pourra vous divertir. Je n'en doute pas, répondit Léandro. Commencez, je vous prie, par ce capitaine qui se botte. Il faut qu'il ait quelque affaire de conséquence qui l'appelle loin d'ici: C'eft , repartit le Boiteux; un Capitaine prêt à sortir de Madrid, Ses chevaux l'attendent dans la rue. Il va partir pour la Catalogne où fon Regiment est commandé.

Comme il n'avoit point d'ar gent, il s'adressa hier à un usurier : Seigneur Sanguifuela , lui-dir=il, ne pourriez-vous pas me prêter mille ducacs ? Seigneur Capitairre , répondit l'usurier , d'un air doux & benin , je ne les ai pass mais je me fais fort de trouver un homme qui vous les prêtera , c'està-dire, qui vous en donnera qua-.

tre

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tre cens comptant , vous ferez votre billet de mille , & sur lesdits quatre cens que vous recevrez , j'en toucherai, s'il vous plaît , soixante pour le droit de courtage. L'argent eft si rare aujourd'hui..... Quelle usure , interrompit brufquement l'Officier ! demander six cens soixante ducats , pour trois cens quarante ! Quelle friponnerie!Il faudroit pendre des hommes fi durs.

Point d'emportement, Seigneur Capitaine, reprit d'un grand sang froid l’usurier. Voyez ailleurs. De quoi vous plaignez-vous ? Eft-ce que je vous force à recevoir les trois cens quarante ducats? Il vous eft libre

de les prendre ou de les refuser. Le Capitaine n'ayant rien à repliquer à ce discours , le retira. Mais après avoir fait réflexion qu'il falloit partir

, que le temps pressoit, & qu'enfin il ne pouvoir le passer d'argent, il est retourné. Tome I.

T

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