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toutes les qualités d'un bon Chevalier errant: vous étes courageux, compatissant aux peine d'autrui, & très-proinpt au service des jeunes Damoiselles. Ne feriez-vous pas homme à vous jetter au milieu de ces flames, comme un Amadis, pour aller délivrer Séraphine & la rendre saine & fauve à son pere? Plût au Ciel ! répondit Don Cléo. fas, que la chose fût possible, je l'entreprendrois fans balancer, Votre mort , reprit le Boiteux seroit tout le salaire d'un si bel exploit. Je vous l'ai déja dit, la valeur humaine ne peut rien dans cette occasion, & il faut bien que je m'en mêle pour vous confenter , regardez de quelle façon je vais m'y prendre. Observez d'ici toutes mes opérations.

Il n'eut pas li-tôt dir ces paroles, qu'empruntant la figure de Léandro Perez, au grand étonement de cet écolier, il le glissa parmi lepeu

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ple, traversa la presse, & se lança dans le feu comme dans son élément, à la vûë des spectateurs, qui furent effraïés de cette action, & qui la blâmerent par un cri général. Quel extravagant, disoit l'un, comment l'intérêt a-t-il pû l'aveugler jusques-là? S'il n'étoit pas entierement fou, la récompense promise ne l'auroit nullement renté. Il faut, difqir l'autre , que ce jeune téméraire, soit un amant de la fille de Don Pedre, & que dans la dou. leur qui le poffede il ait résolu de sauver sa maîtreffe, ou de se perdre avec elle.

Enfin, ils comptoient tous qu'il auroit le fort d’Empedocle *, lorf qu’une minute après ils le virent fortir des Aâmès avec Seraphine entre ses bras. L'air retentit d'ac, clamation : le peuple donna mille louanges au brave Cavalier qui

*Poëte & Philosophe Sicilien, qui se jetta dans les flames du Mont-Erna.

avoit

avoit fait un sibeau coup. Quand la témérité est heureuse, elle ne trouve plus de censeurs , & ce prodige parut à la nation un effet très naturel du courage Espagnol

Comme la Dame étoit encore évanouie, fon pere n'osa se livrer à la joye. Il craignoit qu'après avoir été fi heureufement délivrée du feu , elle ne mourût à ses yeux de l'impression terrible qu'avoit dû faire en son cerveau le péril qu'elle avoit courur Mais il fut bientôt tafluré. Elle revint de son évanouissement par les foins qu'on prit de le dissiper; elle envisagea le vieillard & lui dit d'un air tendre: Seigneur , je ferois plus affligée que réjouie de voir mes jours conservés, fi les vôtres ne l'étoient pas. Ah! ma fille, lui répondit-il, en l'embrassant , puisque je ne vous ai pas perduë, je fuis consolé de tout le reste. Remercions, pourfuivit-il, en lui présentant le faux Tome I.

Ee

vers lui.

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Don Cléofas , remercions tous deux ce jeune Cavalier ; c'est votre libérateur ; c'est à lui que vous devez la vie. Nous ne pouvons lui témoigner assez de reconnoiffance; & la somme que j'ai promise ne sçauroit nous acquitteren

Le Diable prit alors la parole, & dit à Dón Pedre d'un air poli: Seigneur, la récompense que vous avez proposée n'a eu aucune part au service que j'ai eu le bonheur de vous rendre. Je fuis noble & Castillan : le plaisir d'avoir essuyé vos larmes & arraché aux Aâmes l'objet charmant qu'elles alloient consumer s est un salaire qui me fuffit.

Le désinteressement & la générosité du libérateur, firent concevoir pour lui une estime infinie au Seigneur de Escolano, qui le pria de le venir voir, & lui demanda fon amitié, en lui offrant la sienne,

Après bien des complimens de part & d'autre, le pere & la fille le retirerent dans un corps de logis qui étoit au bout du jardin. Ensuire le Démon réjoignit l'écolier, qui le voyant revenir fous fa premiere forme, lui dit : Seigneur Diable ,' mes yeux m'auroient-ils trompé? N’étiez-vous pas tout-àl'heure sous ma figure? Pardonnezinoi, répondit le Boiteux ; & je vais vous apprendre le motif de cette métamorphose : J'ai formé un grand dessein: je prétends vous faire épouser Séraphine. Je lui ai déja inspiré, fous vos traits , une passion violente pour votre Seigneurie. Don Pedre eft aussi trèsfatisfait de vous , parce que je lui ai dit fort poliment , qu'en délivrant la fille, je n'avois eu en vûë, que de leur faire plaisir à l'un & à l'autre, & que l'honneur d'avoir heureusement mis à fin une si pésilleuse avanture, étoit une affez

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