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Hélas ! au lieu de me faire un crime d'un stratagême que j'ai été forcé d'emploier , plaignez-moi', belle Léonor, d'avoir souffert tous les tourmens d'une fi longue attente, & jugez par vos charmes des peines mortelles qu'elle a dû me causer.

Belflor ne manqua pas d'assaifonner ce discours de tous les airs de persuasion que les jolis hommes sçavent si heureusement mettre en pratique ; il laissa couler quelques larmes. Léonor en fut émûë; il commença , malgré elle, à s'élever dans son coeur des mou vemens de tendresse & de pitié. Mais loin de ceder à la foiblesse, plus elle se sentoit attendrie, plus elle marquoit d'empressement à vouloir se retirer. Comte, s'écriat-elle., tous vos discours sont inutiles, je ne veux point vous écouter ; ne me retenez pas davantage ; laissez-moi sortir d'une maison où

ma vertu est alarınée, ou bien je vais par mes cris attirer ici tout le voisinage & rendre votre audace publique. Elle dit cela d'un ton fi ferme , que la Chichona , qui avoit de grandes mesures à garder avec la Justice, pria le Comte de ne pas pousser les choses plus loin. Il ceffa de s'opposer au dessein de Léonor. Elle se débarrassa de ses mains , & ce qui jusqu'alors n'étoit arrivé à aucune fille; elle for: ric de ce cabinet comme elle

у étoit entrée.

Elle rejoignit promptement sa Gouvernante. Venez, ma bonne , lui dit-elle, quittez ce frivole entretien ; on nous trompe ; sortons de cette dangereuse maison. Qu'y a-t-il, ma fille? lui répondit avec étonnement la Dame Marcelle ; quelle raison vous oblige à vouloir vous retirer si brusquement? Je vous en instruirai, repartit Léonor. Fusons, chaque instant que

je in'arrête ici me cause une nouvelle peine. Quelqu'envie qu'eût la Duegne de sçavoir le sujet d'une si brusque sortie, elle ne put s'en éclaircir sur le champ, il, lui falut ceder aux instances de Léonor. Elles sortirent toutes deux avec précipitation, laissant, la Chichona, le Comte & fon valet de chambre aufl déconcertés tous trois que des Comédiens qui viennent de représenter une piéce que

le parterre a mal reçûë. Dès que

Léonor se vit dans la ruë, elle se mit à raconter ,

avec beaucoup d'agitation , à sa Gouvernante tout ce qui s'étoit passé dans le cabinet de la Chichona.La Dame Marcelle l'écouta fort attentivement , & lorsqu'elles furent arrivées au logis: je vous avouë, ma fille, lui dit elle , que je fuis extrêmement mortifiée de ce que vous venez de m'apprendre. Comment ai-je pů être la duppe

de cette vieille femme ? j'ai fait d'abord difficulté de la suivre. Que n'ai-je continué? Je devois me défier de son air doux & honnête: J'ai fait une fotrise qui n'est pas pardonnable à une personne de mon experience. Ah! que ne m'avez-vous découvert chez elle cer artifice , je l'aurois dévisagée, j'aurois accablé d'injures le Comte de Belfior , & arraché la barbe au faux vieillard qui me contoit des fables. Mais je vais retourner sur mes pas porter l'argent que j'ai reçû comme une veritable reftitu: tion; & si je les retrouve ensemble, ils ne perdront rien pour avoir attendu. En achevant ces mots, elle reprit sa mante qu'elle avoit quittée, & fortit

pour

aller chez la Chichona.

Le Comte y étoit encore, il se désesperoit du mauvais succès de fon stratagême. Un autre en la place auroit abandonné la parties

mais

mais il ne se rebuta point. Avec mille bonnes qualités , il en avoit une peu louable , c'étoit de se laisser trop entraîner au penchant qu'il avoit à l'amour. Quand il aimoit une Dame , il étoit trop ardent à la poursuite de ses faveurs i & quoique naturellement honnête homme, il étoit capable alors de violer les droits les plus sacrés pour obtenir l'accomplissement de ses desirs. Il fit réflexion qu'il ne pourroit parvenir au but qu'il se proposoit sans le secours de la Dame Marcelle, & il résolut de ne rien épargner pour la mettre dans ses interêts. Il jugea que certe Duégne, toute sévére qu'elle paroissoit , ne seroit point à l'épreuve d'un present considérable, & il n'avoit pas tort de faire un pareil jugement. S'il y a des Gouvernanfes fidèles , c'est

que

les Galans pas

assez riches ou assez libéraux. Tome I.

G

ne font

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