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férentes méthodes, & le caractére même des Généraux: car tout eft de conféquence à la guerre. Il n'y a rien de petit, tout y eft grand,ou tout de devient.

Dans les autres matiéres, difons plutôt dans toutes, je donne un libre effor à mes pensées fur toutes les choses dont mon Auteur parle, & dont l'imagination eft fans ceffe remuée, se tournant de tous les côtez & fur différens sujets.

Comme cet Ouvrage pourroit être lû par morceaux, ou fervir à la guerre en guife de Dictionnaire de conduite militaire felon les cas qui peuvent furvenir, qui ne font pas tous les mêmes, il pourroit fort bien arriver qu'un avertiffement, un précepte, une conduite à obferver dans l'attaque ou dans la défense, qui ne feroient donnez qu'une fois, courroient rifque de demeurer inconnus.

A la fuite de chaque Chapitre du Texte viennent des Obfervations ou des Differtations fur les événemens que l'Auteur rapporte, fans aucun autre ordre que ces événemens, & tout cela embraffe différentes matiéres: car elles ne regardent point toutes la guerre, quoique je la traite dans toutes fes parties. Dans ces fortes d'Ouvrages, le droit de paix & de guerre, la politique, & tout ce qui regarde le gouvernement des Peuples, dont l'Auteur parle, & leurs différentes méthodes d'attaquer & de fe défendre, ne font pas négligées. Je coule quelquefois légérement fur certaines chofes pour les reprendre & les approfondir, lorfque l'occasion s'en offre dans le cours de cet Ouvrage : car quoique mon Auteur poffède tout dans un excellent dégré, il n'a pas tout dit, & nous ne fommes pas toujours de fon avis. Bien que Bien que je place ce grand homme au-deffus de tous les Hiftoriens Politiques & Militaires, quelque eftime même que j'en faffe, je le crois fi peu éxemt de tout défaut j'en fais obferver, que j'en reléve même un affez bon nombre.

que

A l'égard des batailles, des combats, des campemens & des mouvemens généraux des armées, changemens & variations d'ordres, des infultes de camps retranchez, des retraites de toute espéce, des surprifes, des fiéges, des paffages de riviéres & de grands fleuves, & autres grandes manoeuvres favantes & profondes, & tout ce qui regarde la fcience du Général, je les traite avec toute l'éxactitude & le foin poffible, & autant qu'il dépend de mes forces & de mon intelligence, puifqu'aucun avant moi n'a fait paroître les fiennes fur ces fortes de fujets, c'est-à-dire fur un Cours de science militaire; on ne l'a pas fait non plus à l'égard des faits que mon Auteur rapporte d'une maniére claire & diftincte, & que je réduis en principes & en Syftême; mais fi ces faits n'étoient pas représentez & éclaircis par des Plans & des Figures deffinées avec la derniére régularité, & gravées par les plus habiles Maîtres, & que tout n'y fentît pas l'art & la méthode, je croirois n'avoir rien fait pour l'inftruction des Gens de guerre, ni qui fût digne d'une fi grande entreprise. Rien ne m'a semblé plus important que cela. C'étoit

la

la méthode des Anciens, comme on le voit dans Plutarque: on a coûtume de dire, & l'on n'en a que trop de raifon, que les Images font les Livres des ignorans. Les Hiftoriens, je me borne à ceux-ci qui fe mêlent d'en enrichir leurs Ouvrages, devroient donc fe faire une efpéce de réligion de n'en mettre que de véritables. S'apperçoit-on, dans presque tous les Livres qui en font ornez, que ces Plans ou ces Figures foient vraies? La plupart de celles dont ces Auteurs nous régalent, font des rêveries tirées de leurs cerveaux, foit manque d'attention aux différens textes qu'ils confultent où ces faits font marquez, foit faute d'un certain génie propre à ces fortes de découvertes, soit par défaut d'expérience ou par ignorance; il faut bien que tout ceci y entre, ou du moins une bonne partie. Quoiqu'il en foit, il eft conftant qu'ils trompent par là les perfonnes les moins propres à fe garantir de l'erreur, parce qu'ils n'éxaminent pas mieux les actions qu'ils lifent l'Hiftorien qui nous les raconte, auffi ignorant qu'eux à cet égard-là. Les Savans y font trompez comme les autres, fi ces Figures représentent des combats ou des batailles: car tous ne font pas du métier pour en juger. Il s'en trouve pourtant qui fans en être s'apperçoivent fort bien de ces fottifes, & n'ont garde de les regarder comme des piéces authentiques. Ceux-ci font en fort petit nombre, mais les dupes font en foule.

que

Les Eftampes des batailles & des machines de guerre des Anciens dans la nouvelle Hiftoire Romaine, font-elles bien fincéres? Approchent-elles du vrai? J'avoue que l'Auteur ne les a pas tirées de fa tête, mais prifes par-ci par-là dans plufieurs Ouvrages la plupart Italiens. Mais à quoi penfe-t-on de nous donner gravement les imaginations ridicules de ces fortes de Savans? Reconnoît-on Polybe & Tite-Live luimême dans l'Estampe que l'on donne là de la bataille de Cannes? Eftelle conforme au narré de ces deux Auteurs? Peut-on s'empêcher de rire, en voiant la cavalerie des deux ordres partagée à chaque aîle fur quatre colonnes d'une profondeur immenfe? Jamais les Romains ni les Carthaginois, ni aucune nation du monde ne combattit ni ne se rangea de la forte à la cavalerie, mais par efcadrons. Lipfe, il eft vrai, & tous ceux qui le fuivent en queue, ont fuivi cette ridicule façon de ranger la cavalerie. De grace qu'on me faffe voir l'Auteur où ils l'ont puifée. Lipfe fur cet article, & dans presque tout fon Poliorceticon, eft un Auteur dont on ne peut trop fe défier. Hugo Gromaticus eft l'original de toutes ces méprifes. A-t-on pris garde à l'infanterie, qui faifoit le centre dans cette bataille? Je ne vois rien de plus plaifant que le grand chemin qu'on laiffe entre les deux corps, comme pour épargner aux Romains la peine de fe faire un paffage au centre des Carthaginois.

A ces ordres de batailles que je donne felon la defcription que mon Auteur en fait, j'en oppose d'autres felon mon Systême, dont je donne les Plans, & des éxemples paralléles anciens & modernes.

Tom. I.

b

Lorf

Lorsque l'action s'eft terminée dans une plaine, nous traitons des affaires des plaines; nous n'épuifons pas pourtant cette matiére dans un feul endroit, parce que les cas font différens, & les circonftances diverfes: outre que la guerre ne fuit pas toujours les routes qu'on fe propofe, & par conféquent les méthodes doivent être différentes, quoique dans un terrain semblable, en un mot j'emploie différentes maniéres de me ranger, & je ne me borne pas à une feule dans le même païs: l'habileté confiftant dans les variations d'ordres, ce qui est bien différent de la routine; qui ne reconnoît qu'un feul ordre & qu'une feule méthode. Doit-on être furpris après cela, fi la portion du hazard ou de la fortune dans le partage de la gloire militaire eft toujours la plus grande? Au lieu qu'en oppofant à l'ennemi des difpofitions diverfes fans rien changer dans mes principes capitaux, finon pour la diftribution de chaque arme, il fe trouve toujours nouveau, & dans une perpétuelle incertitude de ce qu'il fera, ne voiant rien dans ce qu'on veut faire à cause de la foupleffe & de la vîteffe de mes mouvemens, & c'eft là en quoi confifte le grand & le profond de ma tactique. Ajoutez à ce que je viens de dire, que j'approfondis davantage la matiére que je traite felon que l'Auteur me fournit l'occafion de reprendre les mêmes matiéres dont j'ai parlé ailleurs. Nous réfléchiffons en même tems fur les fautes des deux partis, comme fur ce qu'ils ont pratiqué de bon & de remarquable.

Si l'affaire s'eft paffée dans un païs couvert, dans des lieux mêlez, coupez, difficiles, & où une armée ne combat que par parties détachées ou fur un petit front, je propofe & je donne des difpofitions différentes, & ainfi de toutes les autres affaires qui regardent les diverfes fituations des lieux, où les armées font obligées de combattre, mais je ne m'écarte jamais de ma méthode, qui s'accommode à tout; en cela bien différente de celle que nous fuivons.

Il eft aifé de comprendre par le nombre des Volumes de cet Ouvrage, la grandeur des matiéres qu'il renferme, & combien il importe de forner & de l'enrichir de Plans & de Figures; il y en aura près de 350, & l'on ne fauroit guéres s'en difpenfer: car fans ce fecours il feroit trèsdifficile de bien comprendre les matiéres que je traite; mais on doit bien fe garder de croire que je donne mes imaginations pour des réalitez, comme font tant d'autres. Tout eft prouvé, tout eft réel à l'égard de l'antiquité militaire. Un Ami* de mérite que j'ai auprès de d'Albé moi, & qui deffine parfaitement, s'eft chargé de l'éxécution des deffeins, & a fuivi mes idées avec toute la régularité & l'éxactitude poffible.

Le Sieur

my.

Je me fuis trouvé trop refferré dans cette Préface pour être en état d'entrer dans un plus grand détail de cet Ouvrage. Je me borne feulement aux deux premiers Volumes: les matiéres des fuivans font en fi grand nombre, que je ne pourrai guéres me difpenfer de les accompa

gner

gner de Préfaces, où nous répondrons aux critiques fi nous le jugeons à propos.

Comme mon Traité de la Colonne eft la base de tout mon Corps de fcience militaire, & le fondement de tout mon Systême de guerre, elle en fait auffi la tête. Elle n'eft pas tout-à-fait telle qu'elle a été donnée dans les Nouvelles Découvertes, on la fortifie d'un grand nombre de preuves, qui achéveront de convaincre ceux que les premiéres ont ébranlez. j'y ai ajouté encore des Figures, des éxemples & des faits remarquables Anciens & Modernes qu'on ignoroit, & que j'ignorois moi-même, qui ne laifferont pas que de furprendre & de défarmer, s'il eft poffible, ceux au goût defquels cette façon de combattre n'a pas été, plutôt par efprit de contradiction que par raifon: car je les défie d'en alléguer aucune tant foit peu fuportable, & qui puiffe faire juger qu'ils entendent l'infanterie, & qu'ils connoiffent fa force. En un mot il n'y a guéres de Chapitre où je n'aie inferé quelque nouveau raisonnement, quelques nouvelles réfléxions, & quelques nouvelles maximes que la vérité produit assez naturellement, & qui paroîtront, j'efpére, en leur place. C'est l'avantage des Systêmes fondez fur des véritez démontrées, de conduire à un grand nombre d'autres: ce qui n'eft pas un petit embarras à ceux aufquels ces véritez déplaisent, & qui les rejettent hardiment lorfqu'elles paroiffent contraires à leurs préventions. Ne craignent-ils pas que la vénérable routine ne foit défertée, & qu'ils ne perdent tout leur credit? Leur crainte n'eft point mal fondée, puifque cette routine menace ruine, & que j'en fappe les fondemens.

J'ai jugé d'autant plus néceffaire de répandre plus de preuves dans cet Ouvrage, que je fuis venu dans un tems où des fentimens tels que les miens, tout raifonnables & démonftratifs qu'ils font, ne peuvent manquer d'effaroucher certains efprits opiniâtrément attachez à la coûtume: pour les habiles, ils me feront favorables: je parle ici des Officiers particuliers, favans dans l'infanterie, comme des Généraux les plus renommez de l'Europe, qui ont approuvé & reçû mon Syftême, & qui m'ont fait l'honneur de me le marquer dans les lettres qu'ils m'ont écrites.

Le nombre des entêtez est toujours le plus grand, & il ne manquera pas de fe foulever. Car le moien que les routineurs puiffent s'accommoder d'un Systême qui les réduit dans l'abfolue néceffité d'étudier & de s'appliquer à leur métier. Et pourquoi y feront-ils obligez? Le voici, c'eft que mes principes étant à la portée de toutes fortes d'efprits, & pouvant s'apprendre comme ceux des autres fciences, il leur fera honteux de ne rien favoir de la guerre, pendant que ceux qui ne font pas guerriers pourront par la lecture de mon Livre, en raisonner & en parler beaucoup plus favamment que ceux qui n'ont d'autre titre à produire que leur expérience : il faudra donc néceffairement qu'ils apprennent, de peur de trouver des gens de tous états qui les relèvent à chaque pas

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qu'ils

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qu'ils feront. Voilà ce que j'avois à dire de ce premier Tome: paffons au fecond, où nous nous réduirons à une fimple idée, sauf à dire quelque chofe de plus dans une Préface.

L'attaque & la défense des places des Anciens en fera la matiére, fans paffer à d'autres que par diverfion. Le fiége de Lilybée, qui eft un des plus célébres; & peut-être le plus favant de l'antiquité, m'a fervi comme de texte à expliquer, & j'ai formé là-deffus un Ouvrage régulier & très-considérable. J'ai rangé les matiéres, qui font infinies, de la maniére qui m'a femblé la plus commode & la plus méthodique. J'ai puifé, à peine le croira-t-on, d'un homme auffi peu favant que je le fuis: car je fens bien que je ne le fuis pas; j'ai puifé, dis-je, dans un fort grand nombre d'Auteurs : ceux qui font plus favans que moi dans cette forte de Litterature, n'en feront nullement furpris; mais ils le feront de ma patience bien plutôt que de mon esprit.

On y trouvera toutes les pratiques & les méthodes différentes des Anciens dans ces deux belles & favantes parties de la guerre, car ils y étoient plus habiles que nous ne le fommes; c'eft de quoi peut-être nos habiles Ingénieurs ne conviendront pas. Ils fufpendront, s'il leur plaît, leurs décisions jufqu'à nouvel ordre : car il faut que le Livre paroiffe. Tout cela eft enrichi de Figures, & d'une infinité d'éxemples, de réfléxions & de raisonnemens; j'y améne des preuves, je préviens les objections, j'appuie tout de témoignages; & lorfque ces fortes de flambeaux me manquent, j'ai recours aux conjectures, qui ne m'échapent pas au befoin, presque affûré qu'il n'y en aura aucune de rcbutée.

Je ne pense pas qu'il y ait rien de plus amufant & de plus inftructif qu'un Traité particulier fur une matiére comme celle-ci, lorfqu'elle eft neuve & que celui qui fe met en tête de l'épuiser n'est pas dépourvû des connoiffances néceffaires pour une telle entreprise : l'expérience de la guerre doit être jointe à ces connoiffances pour pouvoir réuffir. Sans cette expérience je ne crois point qu'un autre, plus favant que je ne le fuis, s'en pût bien tirer. On trouvera ce Traité d'autant plus curieux & plus amufant, qu'il eft prefque tout parfemé & bigarré de Physique & d'expériences fur les refforts de l'air & du feu, car je fuis fur ce point-là d'un fentiment bien différent de ceux qui ont écrit fur cctte matiére.

m'a

Les machines de jet des Anciens m'en ont fourni l'occafion quant aux parties de l'air, car quant à celles du feu, la poudre qui a produit l'invention de nos diverfes bouches à feu, & celle de nos mines conduit à des expériences & à des découvertes toutes nouvelles fur les parties qui compofent les refforts de la flâme confidérée comme un fluide parfait.

Je hazarde mes conjectures fur leur nature & leur figure, car je n'ai que cela à donner, non plus que les autres, pour qu'ils puiffent pro

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