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POLYBE,

D E

9
NOUVELLEMENT TRADUIT DU GREC
Par Dom VINCENT THUILLIER, Bénédietin de la

Congregation de Saint Maur.
AVEC UN COMMENTAIRE

OU
UN CORPS DE SCIENCE MILITAIRE,
ENRICHI DE NOTES CRITIQUES ET HISTO RIQUES,
OU TOUTES LES GRANDES PARTIES DE LA GUERRE,
foit pour l'Offensive, soit pour la Défensive, font expliquées,

démontrées , & représentées en Figures.
Ouvrage très-utile non seulement aux Officiers Généraux, mais même à tous ceux qui

suivent le parti des armes,
Par M. DE FOLARD, Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,

Mestre de Camp d'Infanterie.
Τ Ο Μ Ε P R E MI E R.

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A AMSTERDAM,
AUX DE'P ENS DE LA COMPAGNIE

MDCCXXIX,

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P R E F A C E

DU COMMENTATEUR

NTRE les défauts dont un Philosophe de nos jours accuse les Commentateurs, le plus ordinaire est, à l'entendre, qu'ils s'imaginent que leurs Auteurs méritent Malebr. l'admiration de tous les hommes, & qu'ils se regardent Recherie aussi comme ne faisant qu'un avec eux, & dans cette

vûe , ajoute-t'il, l'amour propre joue parfaitement son jeu. Je dois être d'autant plus en garde sur ce défaut, qu'il m'a été déja reproché par des gens, il est vrai, de qui je n'aurois pas dû me défier, fi l'on fe rendoit justice à soi-même avant que de condamner les autres: car enfin loripedem re&tus derideat; mais de quelque part que me viennent les avis, il est bon d'en profiter, foit pour me corriger de mes défauts, soit pour éviter d'y tomber; quoique je fache fort bien que ce que je dis de moi, est bien moins par vanité, que pour servir à ma justification. Quoiqu'il en soit, je déclare nettement que je ne prétens rien à la gloire de Polybe, je la lui laisse toute entiére, & fans vouloir m'en attribuer la moindre parcelle: mon Commentaire n'est

pas tant pour expliquer cet Auteur célébre de l'antiquité, que pour tirer des faits qu'il raconte les principes de la science des armes qu'il possédoit à un dégré si éminent, & pour mettre à la portée de tout le monde les réfléxions qu'il nous donne lui-même sur ces faits. Polybe est plus pour le Commentaire, que le Commentaire n'eft pour Polybe.

Je prie que le mot de Commentaire n'allarme personne. Ce n'est point ici un assemblage de notes triviales, furannées & pédantesques, prises ou maraudées par-ci par-là, & transférées de plusieurs Livres dans un seul, sans autre mérite que la translation; ce n'est rien de tout cela, je marche en habit de campagne dans mon stile: nul airain de Co-Préface rinthe, nulle pompe, nul précieux ridicule, nulle décoration de Rhé de l'His torique de Collége, c'est un corps de science militaire; & bien que je Romaig me fois assez étendu sur chaque partie, il s'en faut bien que je l'aie é ne, puisée. Et qui pourra trouver cette partie trop longue, lorsqu'il fera réflexion aux avantages qui en reviennent?

Quand nous avancerions que la guerre est la plus belle, la plus noble & la plus importante de toutes les sciences, & qu'elle renferme mê. me celle des moeurs, nous n'avancerions rien que de véritable. Quoi de plus grand & de plus élevé, puisqu'elle est celle des Rois, des Princes, Tom. I.

des

des Grands du monde, & celle enfin des honnêtes gens? C'est cette étude qui doit faire leur principale occupation, puisque c'est là leur métier, & qu'ils n'en ont point d'autre à faire sans Cortir de leur état.

Les Princes, qui ne s'y sont pas appliquez, le sentent dans l'occasion avec une douleur très-mortifiante, par la comparaison qu'ils font d'eux avec leurs Généraux qui l'ont étudiée. Domitien se trouva dans ce cas,au rapport de Tacite, qui dit qu'il haïssoit Agricola, à cause qu'il étoit plus grand Capitaine que lui, enrageant d'être surpassé par un sujet en la gloire des armes, qui à son avis devroit être l'appanage des Princes.

il n'y a que l'étude de la guerre dans quelque état de fortune où l'on se trouve, qui puisse nous faire espérer de parvenir un jour au suprême commandement des armées. Quel est l'état qui égale un particulier à fon Souverain, qui le rend dépositaire de toute la puissance, de toute la gloire, & de toute la fortune des Etats, & qui fait un Conquérant d'un homme d'une naissance vile & abjecte, mais qui est d'une valeur extraordinaire? Qu'on lise l'Histoire pour s'en convaincre.

s'en convaincre. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il se trouve autant de Princes qui ont éprouvé de plus grandes infortunes par leur ignorance dans les armes, & le mépris qu'ils en ont fait, que par leurs vices & lcur lâcheté. Combien en voit-on dans l'Histoire qui ne sont grands & célébres que par le mérite des autres? - Mais il est très-rare de trouver des hommes dans une Cour corrompue & fainéante, qui ne soient pas eux-mêmes corrompus & fainéans, à l'exemple du Prince. Le malheur encore des Souverains, est qu'ils se trouvent incapables de faire un bon choix au milieu de cette foule de Courtisans efféminez & perdus, comme chez les Rois de Perse, qui couvrent toujours les vertus qui leur font ombrage.

Combien y en a-t-il qui sont tombez dans les plus grandes calamitez par cela seul? Ils choisissent leurs flateurs & leurs favoris, & laissent là les hommes capables de les bien servir & de les tirer d'embarras; leurs vertus leur font suspectes; ou du moins un reproche secret de leurs vices ou de leur incapacité. Cela me fait souvenir d'un bon mot du Philofophe. Antisthéne, qui voiant que chez les Athéniens la multitude ignorante décidoit de la paix & de la guerre, & disposoit des emplois les plus difficiles suivant son caprice, leur demanda en se moquant, d'où venoit qu'ils ne s'avisoient point d'ordonner par un de leurs Edits que les ânes fussent des chevaux, eux qui avoient le pouvoir de faire tout d'un coup, d'un sot un Général d'armée. .

Pour revenir à mon Commentaire, car la digression n'est pas longue, on sera peut-être surpris que je ne suive pas toujours la route ordinaire des Commentateurs, dont la fonction est de bien déveloper les pensées de leur Auteur , & de bien expliquer les choses plutôt que les paroles, de l'admirer en tout comme l'objet de leur culte, & de s'enchaîner dans leur texte sans le quitter, sans le perdre un moment de vûe. Il s'en faut bien que je m'y enchaîne autant qu'on le pense, cela va même plus

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