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LES TURCS THOULOUNIDES.

EPU I S que les Turcs étoient parvenus à l’Empire de la Tartarie entiére , & que d'un autre côté les Arabes avoient fait de grandes conquêtes dans le Maourennahar & sur les fron

tiéres du Turkestan , ces deux Nations puissantes ne tarderent pas à devenir ennemies. Elles se firent long-tems la guerre & prirent l'une sur l'autre un grand nombre de prisonniers. Ceux qui tomberent entre les mains des Arabes furent dispersés dans l'Empire des Khalifs, où ils devinrent les esclaves des principaux Emirs. Plusieurs furent employés dans le serail des Khaliss. Comme les hommes les plus barbares sont susceptibles d'édu

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cation, les Turcs , instruits dans le Mahometisme & élévés
au milieu des Princes & des Grands de l'Empiredes Ara-

Après J. C.
bes, s'addonnerent aux sciences & à la politique ; ils des
vinrent capables d'occuper les plus grandes charges au-
près des Khalifs, & on fit la faute de les retirer de l'ef-
clavage pour les employer dans le gouvernement, à pro-
portion des talens que l'on reconnoissoit en eux. L'édu.
cation qu'on leur avoit donnée , en les dépouillant de leur
barbarie , n'avoit point changé le fond de leur caractère vif
& entreprenant, elle les rendit au contraire plus habiles à
exécuter les projets qu'ils pouvoient former , ils devinrent
par-là plus dangereux dans l'Empire des Arabes. Ces Turcs
toujours portés à l'indépendance, ne se virent pas plutôt re-
vêtus de grands gouvernemens , qu'ils chercherent à s'en
rendre les maîtres. Elévés dans le serail du Khalif ils en
connoissoient toutes les intrigues, & ils étoient à la tête
de toutes les entreprises hardies : ils furent bientôt en
état de faire trembler le Khalif qui ne pouvoit leur cacher
sa foiblesse. Une partie d'entre eux s'empara du gouver-
nement de l'Empire,

& les Arabes devinrent en quelque façon les sujets des Turcs ; d'autres s’attribuerent la Souveraineté & se rendirent indépendans dans les Provinces. Tel fut le fort de ces esclaves dans l'Empire que les Arabes avoient fondé en Alie sous la conduite de Mahomet & de ses successeurs.

Les Arabes , Nation célébre par son antiquité, & qui avoit été renfermée long-tems dans les bornes d'une prefqu’isle, où elle avoit été indomptable & gouvernée par fes propres Rois , étoit enfin sortie de cet état tranquile dans lequel elle étoit depuis un grand nombre de siècles. Elle se rendit formidable à tous ses voisins & fit des conquêtes rapides qui étonnerent tous les peuples. En peu de tems on vit cette nation subjuguer les pays qui sont depuis l'inde jusqu'en Afrique & en Espagne. Sans la bravoure d'un de nos Rois, la France & peut-être avec elle plusieurs autres pays du nord alloient être exposés à porter les chaînes de ces Mahometans; mais une domination fi étendue deyint funeste aux Arabes. Les yainqucurs sors

V

tis du fond de l'Arabie , porterent le siége de leur Empire Après J. C. dans des Provinces voilines où ils furent presque tous as

servis sous une domination qui leur devint étrangere : la liberté ne regna plus dans l'Arabie que parmi ceux de ses habitans, qui accoûtumés à mener une vie champêtre,fuioient la demeure des villes & passoient leurs jours sous des tentes , au milieu de leurs troupeaux.

Mahomet fut l'auteur de cette grande revolution. Il n'est point un de ces Conquérans qui dès le berceau font connoître leur penchant pour la guerre & pour la destruction du

genre humain ; éclairer les Arabes , les retirer de l’idolâtrie dans laquelle ils étoient plongés, leur enseigner l'unité d'un Dieu & à l'ombre de quelques vérités qui frapperent ses premiers disciples, achever de les séduire par tout ce qui peut flatter les passions d'un peuple naturellement porté à la débauche ; tels furent les moyens que l'imposteur mit en usage pour faire éclore tous les grands desseins qu'il avoit projettés. Aboulcasem Mohammed, ou pour nous conformer à l'usage, Mahomet, écoit fils d'Abdallah de l'illustre tribut des Coraïschites. Il ne fut point un avanturier; ses parens étoient considérés & tenoien les premiers rangs dans cette tribut. Il naquit à la Mec que; son plus grand malheur & ce qui le jetta dans la pauvreté, fut d'avoir perdu son pere avant que de naître , & sa mere à l'âge de fix ans. Il se vit par-là dans la dure nécellité de passer sous la tutelle de ses parens. Son grand pere Abdolmothleb eut soin de lui, Mahomet le vit mourir peu d'années après & fut conduit dans la maison de son oncle Abouthaleb qui acheva son éducation ou plutôt qui continua à le nourrir; car jamais Mahomet ne sçut lire ni écrire.

Une veuve nommée Khadidgia, qui faisoit un grand commerce dans la Syrie, jetta les yeux sur Mahomet , d'abord pour avoir soin de conduire ses marchandises dans les Provinces voisines , & peu après pour en faire son époux. Mahomet , moins occupé de la fortune qui étoit devenue très - considérable, roula dans sa tête de grands desseins, celui de changer l'ancienne religion de son pays &

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que

127 d'en chasser celles qui s'y étoient introduites telles le Christianisme & le Judaisme : il se forma un plan

Après J.C. de doctrine qui consistoit à croire & à n'adorer qu'un feul Dieu, & à rejetter le culte des idoles. Il voulut que ses Profelytes se fiffent circoncire , il leur ordonna d'observer exactement le jeune du mois de Ramadhan, de prier cinq fois par jour, de fe purifier par des ablutions fréquentes & de visiter le Temple de la Mecque. Cette nouvelle Religion étoit un assemblage grossier, en partie de ce que Mahomet avoit pû sçavoir dans quelques conversations qu'il eut avec des Chrétiens & des Juifs , & en partie de ce qu'il avoit confervé de l'ancien culte des Arabes. Telle est par exemple le pélérinage du Temple de la Mecque. Ce Temple célébre chez les anciens Arabes a été bâti selon leurs traditions, par Abraham & a été de tout tenis revéré par la Nation qui lui portoit alors un très-grand respect. C'est

pour cette raison

que

Mahomet refolut sans doute d'en conserver le culte.

Il n'annonça d'abord sa nouvelle Doctrine que dans le fein de la famille & au milieu de quelques amis ; les uns le crurent, & il devint la risée des autres. Sa femme fut la

premiére qui embrassa le Mahometisme, un esclave la fuivit : les Historiens ont conservé les noms de tous ces personnages, & en parlent avec respect. A l'âge de quarante ans il prêcha publiquement, mais il trouva dans les Coraïschites de puissans adversaires. On arma contre lui & il fut obligé de quitter la Mecque pour se retirer à Medine. Cette fuite que l'on nomme en langue Arabe Hedgirah devint une époque célébre dont les Mahometans se servirent pour compter les années. Mahomet ne se borna plus à prêcher , prit les armes & attaqua ses ennemis par tout où il put les joindre. Il enleva tous les convois qu'il rencontra , livra plusieurs batailles aux habitans de la Mecque; mais il éprouva quelquefois que son titre de prophéte & d'envoyé de Dieu ne lui donnoit pas toujours la fupériorité dans les combats. Il fut assez heureux cependant pour se rendre maître de la Mecque, & cette victoire lui valut un grand nombre de disciples : enfin

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Mahomet après avoir mené une vie assez traversée , mouAprès J. C.

rut à Medine âgé de 63 ou 65 ans. On le dépeint comme
un homme doux, affable, sincérement attaché à ses amis,
aimant'à secourir les pauvres, & ne rebutant personne.
Il aima extraordinairement les femmes ; mais ce défaut
lui étoit commun avec tous les Arabes. Tout ce que l'on
peut dire en peu de mots,

c'est
que

sous un extérieur de fimplicité, de douceur & d'ignorance , Mahomet cachoit les desseins les plus grands & les plus ambitieux, & qu'il fut assez habile pour faire naître des circonstances propres à le conduire à son but.

Après la mort de Mahomet son Empire encore foible & renfermé dans quelques cantons de l'Arabie ne paroissoit pas devoir sublister long-tems ; mais Aboubekr qui lui succéda, empêcha que la division ne se mît dans le parti, continua les projets du prophéte , deffit les rebelles & surtout un personnage qui se disoit prophéte , & qui traînoit à la suite un grand nombre d’Arabes. Bien - tôt il fut en état d'envoyer des troupes dans la Syrie & dans la Palestine, Les Musulmans en vinrent aux mains avec les Romains. Sous Omar successeur d'Aboubekr , ils pénétrerent dans la Perse: l'Empire des Sassanides qui y subliftoit depuis si long-tems reçut un échec qui hâta sa ruine. En Syrie, Damas, Hemesse , Jerusalem & plusieurs autres places furent prises par les Musulmans; de-là ils entrerent en Egypte. Jazdejerd dernier Roi de la famille des Sassanides fut vaincu & toute la Perse tomba sous la domination des Arabes. Omar mourut laissant sa Nation maîtresse de la Perse , d'une partie du Khorasan, de l’Egypte & de la Syrie. Othman poussa ses conquêtes jufqu'en Afrique, dans les Illes de la mer méditerranée, dans le Maquarennahar & sur les frontieres du Turkestan. Ic regne d'Aly se passa en troubles & en divisions, à la faveur desquelles la famille des Ommiades s'empara du Khalifat qui devint héréditaire dans cette famille. Moavia en fut le fondateur. Les conquêtes avoient été si rapides & fi fubites dans les commencemens de l'Empire des Mus fulmans que ces Arabes n'auroient pu en faire de nou.

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