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Après J. C.

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» je craignois que votre courage ne vous portât attaquer » un Prince qui en avoit beaucoup. Il est mort, je suis veuve, Mahmoud. » chargée de la gutelle d'un enfant & de la

regence

d'un Etat , ma crainte cesse , parce que je vous connois trop généreux pour vouloir mesurer vos armes avec les mien» nes, & trop éclairé pour ne pas considérer que l'issu d'une

guerre est toujours fort incertain, quoique son entreprise depende de notre volonté. Dans le cas où vous remportea riez sur moi l'avantage que vous vous promettez, seroit»ce une gloire pour vous d'avoir vaincu une veuve & un » pupille ? Si vous êtes vaincu, que dira-t-on de ce Prince,

qui après avoir foumis,tant de vastes pays est obligé de fuir » devant une femme ?

Cette lettre produisit l'effet que la Princesse s'étoit pro- l'an 1099. mis , Mahmoud résolut de differer l'exécution de ses

pro

Aboulfedha jets, & d'attendre la mort de Seïdat qui étoit avancée en âge. Elle ne tarda pas à arriver (a), & tout favorisa les prétentions de Mahmoud , les débauches continuelles du jeune Prince, la foiblesse de son esprit , les menées des Emirs qui aspiroient au gouvernement, porterent la division dans l'Etat. Trois principaux Emirs étoient chacun à la tête d'une faction. Madgd-eddoulet incapable de prendre une résolution hardie , s'adressa à Mahmoud , & lui

porta

ses plaintes. D'un autre côté la milice se plaignit aussi à Mahmoud de la conduite de Madgd-eddoulet. Le Sulthan des Indes saisit cette occasion pour se rendre maître de ses Etats. Mahmoud se mit à la tête de ses armées, entra dans l'Eraque. Persique par le Mazanderan , & se présenta devant Rei, capitale de l'Empire de ces Bouïdes. Il avoit ordonné qu'on prit Madgd-eddoulet; mais ce Prince le prévint , & eut la simplicité de venir se mettre entre ses mains. On rapporte que Mahmoud lui demanda s'il avoit lû quelque part que deux Rois pouvoient se trouver dans un même endroit avec une égale puissance, & sur ce que Madgdeddoulet lui répondit que non, qui vous a donc obligé, dit Mahmoud, de venir sans néce îité vous jetter entre mes

(4) L'an 420 de l'Hegire.

Tome II.

Y

Après J. C. Mahmoud.

Dherbelot.

mes mains , & me rendre par-là maître de votre personne &
des vos Etats ? Madgd-eddoulet fut conduit prisonnier à
Ghazna, oú il finit les jours, & Mahmoud s'empara des
villes de Rei , d'Ispahan , de Casvin , & de tous les Etats
qui appartenoient à cette branche des Bouïdes. Les peu-
ples attachés à cette famille ne se soumirent qu'avec peine
å une nouvelle domination , & il fallut que Mahmoud usa
de la deniere sévérité pour les réduire. Il fit périr tout à la
fois
quatre

mille homines qui s'étoient révoltés à Ispahan, il punit de même les habitans de Casvin. Il donna le gouvernement de cette province à son fils Masoud, & s'en retourra ensuite à Ghazna.

On rapporte qu'après la conquête de l'Eraque Perfique,la caravane qui partoit.de ce pays pour se rendre dans les Indes , fut volée & pillée par une troupe de voleurs qui couroit dans le désert appellé Nedubendan. Une veuve qui avoit perdu son fils dans cette action , vint à la Cour de Mahmoud pour lui demander justice. Le Sulthan se contenta de lui dire que l'Eraque étoit si éloignée de sa capitale, qu'il étoit fort difficile de remédier à tous les désordres qui pouvoient y arriver. Eh, pourquoi , repartit hardiment la veuve , soumettez-vous plus de pays que vous n'en pouvez gouverner, & comment au jour du Jugement répondrez-vous, lorsque Dieu vous en demandera compte? Le Sulthan frappé de cette réponse , combla la veuve de riches préfens , & fit en même-tenis publier dans toute l'Eraque qu'il seroit dorénavant garant de la vie & des biens des Marchands qui alloient par caravanne aux Indes, il les fit escorter par cent soldats ; mais comme ce nombre n'étoit pas suffisant pour

arrêter les courses des voleurs, à la premiere caravanne , il fit mêler de l'arsenic avec des fruit & en passant dans le désert les soldats abandonnerent ces fruits qui furent aussitôt pillés,& firent périr la plus gran

de partie de ces bandits , le rette ayant été passé au fil de Aboulfa- l'épée. radge. Après la conquête de l'Eraque , Mahmoud de retour à . L'an 1030. Ghazna fut atteint d'une fiévre lente , dont il mourut (a)

(A) Il mourut dans le mois Dgioumadi ci acual ou selon d'autres dans le mois Kabielakher de l'an 421 de l'Hegirc,

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Aboulfedha

dans la foixante - uniéme année de son âge, étant né l'an Après... 970. Ce Prince doit tenir un des premiers rangs parmi les héros Musulmans, par les grandes vertus dont il étoit doué, par son zèle pour la propagation de fa Religion , par son courage, son activité, la prudence; tel devoit être un Prince qui a fait de si grandes conquétes. L'Histoire abrégée & imparfaite de son regne que nous venons de tracer doit nous faire regreter que quelque Ecrivain n'ait pas entrepris de nous faire connoître d'avantage Mahmoud. Quelles lumie, res n'en résulteroit-il pas d'ailleurs sur l'Inde qu'il a si souvent parcourue. J'ai tâché de rapprocher sous un seul point de vûe tout ce qui m'a été pollible de rassembler dans les manuscrits. Mahmoud , tout héros qu'il étoit, eu de grandes foiblesses , on lui reproche surtout une avidité extrêine d'amasser des richesses. Avant que de mourir il voulut jouir pour

la derniere fois de tous ses thrésors, on les lui apporta en sa présence , il les examina avec attention, il jetroit de grands soupirs en les considérant, mais ils n'étoient pas capables de le garantir de la mort. Il falloit les abandonner. Il eut tout lieu de contenter cette passion ; l'Inde qui depuis long-tems n'avoit été exposée à aucune invasion étrangere , étoit le plus riche pays du monde. Mahmoud fit dans son tems ce que Thamas Kouli-khan a fait de nos jours, mais il pénétra beaucoup plus loin que le conquerant moderne. Mahmoud étoit laid de visage , & il s'en affligeoit : il

Dherbelot, croyoit que la beauté dans un Prince étoit nécessaire , & qu'elle ne contribuoit pas peu à lui gagner le ceur de ses sujets , il craignoit que la diformité ne les éloignât de fa personne. Son

Vizir le guérit de cette foiblesse , en lui persuadant que la vertu & les qualités du coeur & de l'esprit étoient la véritable beauté, que la bonne mine n'est qu'un avantage passager , auquel on doit d'autant moins faire attention, que sur mille de ses sujets, à peine un le voyoit , au lieu que la vertu du Prince se faifoit connoître de tous, & qu'elle seule pouvoit le rendre l'objet de leur amour. Mahmoud profita de cet avis, & fut le modele des Rois. Sa laideur lui devint encore utile par les sages ref éxions

rendit graces

à Dieu ,

qu'elle lui fit faire , que la connoissance de nos défauts deAprès J. C Mahmoud, voit nous porter à excuser ceux des autres.

On rapporte de ce Prince un exemple de justice bien

singulier,& qui mérite de trouver place dans son histoire. Un D'Herbelos, de ses sujets vint se plaindre à lui qu'un Turc de ses trou

pes l'obligeoit à lui abandonner sa femme & ses enfants,& à
fortir de la maison, Mahmoud lui promit justice, & lui ordon-
na de l'avertir lorsque ce Turc reviendroit. Trois jours après
cet homme annonça à Mahmoud que le Turc étoit dans sa
maison. Mahmoud sortit aussi-tôt de son palais avec quel-
ques gardes , & lorsqu'il fut arrivé dans l'endroit , il fit
éteindre toutes les lumieres & tailler en piéce le Turc.
L'exécution faite , Mahmoud voulut connoître celui qu'il
avoit fait mourir. On ralluma les fambeaux, & lorsqu'il
l'eut vû, il se profterna à terre
demanda à manger & se retira. L'homme étonné de cette
conduite , se jetta à ses pieds , lui demanda pourquoi il avoit
fait éteindre la lumiere , pourquoi après la mort du Turc
il s'étoit mis en priere,& enfin pourquoi il avoit pû se résou.
dre à prendre un fi mauvais repas ? Mahmoud lui répondic
avec bonté qu'il avoit crû que l'auteur du crime ne pou-
voit être qu'un de ses enfants ; mais que voulant lui ren-
dre justice , & craignant d'en être empêché par la tendresse
qu'il auroit pû avoir, pour ne point être exposé à sa vûe,
il avoit fait éteindre la lumiere

pour le punir

punir , qu'ayant ensuite connu que ce Turc ne lui étoit de rien , il en avoit rendu graces à Dieu, & avoit demandé à manger, parce que jusqu'alors , dans le chagrin où il étoit plongé, il n'avoit pû rien prendre. Action supérieure à celle de ce Romain qui a été si vantée ; Mahmoud s'épargne le barbare spectacle de la mort de son fils qu'il condamne au supplice, & rend én même-tems justice à un sujet.

Mahmoud vainqueur de tant de pays, avoit envoyé une ambassade extraordinaire vers le Khalif, il ne demandoit pour récompense des services qu'il avoit rendus à la Religion, qu'un titre d'honneur que les Khalifs étoient seuls en possession de distribuer. On ne les obrenoit encore qu'avec peine & à force de sollicitations. Politique singuliere chez

Dherbelor.

les Orientanx. Un Khalif dépouillé de toute son autorité voyoit les plus grands Princes lui tenir les étriers ou la bride Après J. C.

Mahmoud. de son cheval. Les Sulthans lui rendoient ces devoirs moins par Religion que pour en imposer au peuple qui voyoit lans peine dans le Khalif un Souverain asservi , mais qui exigeoit qu'on lui renait toute sorte de respects en qualité de Pontife. Mahmoud sollicita long-tems un vain titre , & le Khalif ne se résolut à lui accorder sa demande que dans la crainte qu'il ne tournât ses armes du côté de Bagdad. Encore usa-t-on d'adresse, Mahmoud étoit fils d'un esclave , le Khalif lui donna le titre équivoque de Veli, qui signifie Ami & Seigneur , Serviteur & Valet. Mahmoud qui pénétra l'intention du Khalif, lui envoyą un présent de cent mille piéces d'or pour ajouter une seule lettre qui déterminoit la signification du mot; le Khalif fit dresser les patentes que l'on donnoit ordinairement dans ces occalions, & y fit mettre le titre de Vali , c'est-à-dire Maître.

Mahmoud fut enterré à Ghazna dans un palais qu'il avoit fait construire des dépouilles de l'Inde , & auquel il avoit donné le nom de Palais de la félicité. Il laissa l'Empire de Ghazna à son fils Mohammed. L'aîné nommé Masoud,avoit eu l'Eraque. Lorsqu'il lui donna cette province, il voulut favoir de lui comment il vivroit avec Mohammed, qu'il nommoit pour lui succéder. Masoud lui répondit : comme vous avez vécu avec votre frere Ismail. Nous avons vû plus haut que Mahmoud lui avoit enlevé la Couronne , & l'avoit enfermé dans un château. Cette réponse le toucha vivement. Il vit que la discorde alloit le mettre entre ses enfants, Masoud ne voulut jamais jurer qu'il ne feroit point de mal à son frere , que Mohammed n'eut lui-même juré Aboulfedha de partager avec lui tous les thrésors de Ghazna. Mais Dherbelos. l'intérêt de Maloud lui fit bien-tôt oublier ses ferniens. Il étoit à Ispahan, où selon d'autres à Hamadan dans l'Eraque, lorsqu'il apprit la mort de son pere. Il fit sçavoir à son frere qu'il ne songeoit point à lui disputer ses Etats , mais qu'il prétendoit être nommé le premier dans la priere publique, c'étoit assez faire connoître qu'il vouloit être regardé comme le maître & le Sulthan , &

que

Mohammed devoit lui être soumis. Celui-ci le sentit & se disposa à fous

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