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vouloient se déclarer pour les Chinois. Les Hoei-ke qui n'entreprenoient la guerre que pour piller , trouvant un avantage plus grand à trahir leurs alliés , traiterent avec les Chinois ; alors Kou-tse-y prit un vase de vin dont il arrofa la terre en souhaitant des millions d'années à l'Empereur de la Chine, au grand Khan & aux Généraux des deux armées, & toutes sortes de maledictions à ceux qui enfreindroient ce traité ; le Général Hoei-ke fit de même, & ses Prêtres approuverent ce serment. Aussi-tôt que les Tibetans eurent été informés de ce traité, ils prirent la fuite pendant la nuit, les Hoei-ke & les Chinois les poursuivirent : on les battit à Lim-tai, là on leur prit & on tua environ dix mille hommes ; on leur enleva en mêmetems tout leur butin. |

Les Hoei-ke qui venoient d'abandonner ainsi leurs alliés, parce que leur intérêt qui faisoit la seule regle de leur conduite les y portoit, n'en étoient pas devenus plus fidéles aux Chinois , & ne cherchoient que l'occasion de rompre la paix. La Khatoun, c'est ainsi que l'on appelloit la femme du grand Khan, étant venue à mourir, l'Empereur de la Chine , que la situation de ses affaires & la crainte que les Chinois ont eu de tout tems des peuples de la Tartarie, obligeoient à ménager ces peuples, envoya au † Khan un de ses principaux Officiers pour lui faire les compliments ordinaires sur la mort de la † cesse. Les Hoei-ke, plus avides d'or que de ces vaines formalités, se plaignirent à l'ambassadeur de ce que les services qu'ils avoient rendus aux Chinois, non - seulement n'étoient pas recompensés ; mais encore de ce que l'on n'avoit pas pavé un grand nombre de chevaux que l'on avoit fait venir de Tartarie : l'ambassadeur Chinois reprocha au grand Khan d'avoir fourni des secours à Hoaigneng, d'être venu avec les Tibetans ravager les frontieres , & d'avoir été le premier à enfreindre les traités. Les Chinois dans ces sortes d'occasions saisoient valoir la moindre grace, ils voulurent faire passer la paix qu'ils venoient de signer comme une grande récompense pour les Hoeike. Mais ces mécontentemens qui auroient pû # naitre \- 1j

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une nouvelle guerre , n'eurent aucune suite , le grand
Khan ne les faisoit paroître que pour tirer des présens ,
& l'Empereur de la Chine qui avoit besoin de la paix, dis-
simuloit & prodiguoit ses trésors. Ensuite le Khan fit de-
mander en mariage la fille de Hoai-gneng, l'Empereur ou-
bliant la revolte de cet Officier, & uniquement touché
des services qu'il en avoit reçus, adopta cette Princesse
& l'envoya au Khan. Ce fut encore une occasion pour
les Hoei-ke de vouloir exiger le payement de leurs che-
vaux & l'exécution des traités qu'ils avoient plus violé que
les Chinois. Leurs ambassadeurs étoient à la Chine y
exercerent en même-tems des violences que l'Empereur
n'auroit pas dû souffrir ; ils entrerent dans quelques temples
de Fo qu'ils pillerent, & y enleverent une troupe de jeunes
gens que l'Émpereur n'osa leur redemander. C'étoit ainsi
que ces Tartares sollicitoient depuis long-tems la paix &
la liberté du commerce que les Chinois ne vouloient point
leur accorder, mais § n'osoient leur refuser. La foibles-
se où se trouvoit l'Empire autorisoit les Hoei-ke à mettre
leurs chevaux à un très-haut prix ; la plûpart de ceux qu'ils
amenoient étoient maigres & incapables § servir ; les Offi-
ciers Chinois, chargés # veiller sur ce commerce, les rejet-
toient; mais l'Empereur leur ordonnoit de les recevoir Les
Hoei-ke tirerent de-là un profit immense & s'appercevant
combien on les redoutoit à la Cour de l'Empereur, ils ne
tarderent pas à reprendre les armes, & vinrent faire des
courses du côté de Ning-hia, pendant que les Tibetans,
dont la puissance augmentoit tous les jours , étoient en-
trés dans la partie occidentale du Chensi. Les Hoei - ke
furent battus & obligés de se sauver en désordre.
Dans la suite ils rentrerent dans le Chansi du côté de
Ta-yuen : les Chinois qui n'oserent aller à leur rencon-
tre, proposerent de faire construire quelques forteresses
pour les enfermer; mais on rejetta cet avis, un des Gé-
néraux marcha contre eux, & fut battu ; les Hoei - ke se
repandirent alors dans tout le pays , & y firent de grands

ravages, jusqu'à ce que le commandant de Tai-tcheou les

deffit & les contraignit de s'en retourner.

Jusqu'alors les Hoei - ke avoient toujours vêcu avec beaucoup de simplicité comme tous les Tartares, on n'avoit remarqué aucune différence entre le Prince & le sujet, & ils avoient été fort unis entre eux ; mais depuis que le commerce avec la Chine & surtout les présens considérables qu'ils en retiroient, leur eurent fait connoître le luxe, le grand Khan Teng-li commença à abandonner ces mœurs antiques ; il chercha à rendre Sa Majesté respectable par l'éclat de l'or; il bâtit de magnifiques palais & donna à ses femmes de superbes habits. Dans le tems que tous ses sujets lui représentoient que la mort de l'Empereur Tai-tçong qui venoit d'arriver , lui offroit une occasion favorable d'entrer dans la Chine, & qu'il faisoit tous les préparatifs nécessaires pour cette expédition un de ses principaux Officiers nommé Tun-mo-ho voulut arrêter les progrès du luxe, il blâma la conduite du grand Khan ; mais il ne fut point écouté. Alors Tun-mo-ho rassembla ceux des Hoei-ke auxquels cette expédition déplaisoit, il marcha contre le grand Khan & le tua ; il prit lui-même ce titre, & se fit appeller Ho-ko-tou-lou-pi-kia-khan. Il fit aussi-tôt demander à l'Empereur de la Chine le diplome d'investiture, & il l'obtint avec le titre de Vou - y -tchimkum-khan. Depuis long-tems il y avoit à la Cour de la Chine un grand nombre d'Hoei ke avec leurs ambassadeurs, ils y commettoient des excès qui obligerent enfin l'Empereur à 1eur ordonner de se retirer : ils emporterent avec eux beaucoup de richesses ; mais ils se conduisirent encore si insolemment dans leur route, & ils firent tant de dégât dans les campagnes que Tchang-kuam-tching demanda à 1'Empereur la permission de les attaquer. Ce Prince ne voulut pas le permettre ; mais quelques mauvais traitemens que ces barbares firent à un Officier, irriterent tellement Tchang-kuam-tching qu'il rassembla ses troupes & tua environ neuf cens Hoei-ke, il n'en reserva que deux qu'il renvoya en Tartarie pour informer le grand Khan des désordres que ses sujets avoient commis & de la punition qu'ils s'étoient attirée, L'Empereur pour appaiser le Khan

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v fit reconduire le corps de l'ambassadeur Hoei-ke en Tar# tarie. Le grand Khan envoya au-devant des Chinois son L'an 7 Ministre Kie-tsu-kia, qui les reçut dans le pays de T atong-fou dans le Chansi, blama leur conduite & voulut u'on lui remit quatre des meurtriers. Il les retint pen§ cinquante jours , ensuite le grand Khan fit dire à l'ambassadeur Chinois que tous ses sujets demandoient sa mort; mais qu'il ne vouloit point y consentir, & qu'il oublioit l'action des Chinois. Il redemanda encore l'argent qu'il prétendoit lui être dû pour le prix d'un grand nombre § chevaux qui avoient été vendus à l'Empereur. L'an 787. Dans la suite grand Khan envoya beaucoup de préLie-tai-ki- sens à Te-tçong Empereur de la Chine, & demanda en É.- . même-tems une Princesse Chinoise en mariage : l'Empereur, §- mécontent de la conduite que les Hoei-ke avoient tenue #m kao de tout tems à l'égard des Chinois, n'étoit point porté à lui "" accorder cette grace ; mais comme les frontieres septentrionales étoient entiérement dégarnies de cavalerie, Limi proposa à ce Prince de faire la paix avec les Hoei-ke parce que ce seroit un moyensûr de tirer des chevaux de Tartarie ; il lui conseilla en même-tems de faire alliance avec les Rois du Yun-nan, avec le Khalif de Bagdad , & avec les Indiens qui l'aideroient à détruire la puissance des Tibetans. Il l'engagea encore à oublier toutes les insultes qui avoient été faites aux Chinois par les Hoei-ke. L'Asie étoit alors partagée en six grands Empires , celui de la Chine dans l'orient , au midi le royaume de Yun : nan & l'Empire des Indes, dans l'occident l'Empire de Khalifs qui s'étendoit jusqu'aux frontiéres de celui du Tibet ; ceiui - ci occupoit le milieu de l'Asie & le nord étoit l† par les Hoei-ke. Les Tibetans étoient continuelement en guerre avec les Khalifs, & les Chinois avoient intérêt de rester unis avec ces derniers , afin d'être plus en état de repousser les Tibetans qui faisoient souvent des courses dans l'Empire. L'Empereur suivit le conseil de Li-mi, consentit à la paix & accorda une Princesse Chi- noise au grand Khan. o7o Aussi-tð que ce Khan eut été informé que la Princesse

étoit partie pour se rendre en Tartarie, il envoya au-de- . vant d'elle ses sœurs & les femmes de ses principaux Of- # ficiers ; elle fut reçue avec distinction , il lui donna le titre de Khatoun, & promit, en qualité de gendre de l'Empe· reur, de fournir aux Chinois du secours contre les Tibetans. Il demanda aussi qu'il lui fût permis de changer le nom de Hoei-ke en celui d'Hoei-hou. L'Empereur lui donna le titre de Tchang-cheou-tien-tçin-khan.

Le grand Khan mourut peu de tems après, & laissa L'an-ss. 1'Empire à son fils To-lo-sse auquel l'Empereur de la Chi- pime donna le titre de Tchong-tchin-pi-kia-khan. Ce Prin- kia khan. ce secourut la garnison Chinoise qui demeuroit dans Peting au nord d'Igour, & qui venoit d'être attaquée par L'an 79o, les libetans, Il n'eut pas le tems de rendre de plus grands services aux Chinois ; il fut tué par son frere qui voulut prendre le titre de Khan , mais les Hoei-ke s'étant revoltés tuerent cet usurpateur, & mirent sur le thrône O-tcho fils de Tchong-tchin. Son Ministre nommé Kie-khan-kiasu (a), alla au secours de la forteresse de Pe-ting, que les Toufans tenoient assiégée;illeur livra bataille, mais il ne put les obliger à lever le siège, & les ravages qu'il fit lui-même dans les environs forcerent les peuples à se soumettre aux Tibetans. Alors tout ce que les Chinois possedoient dans cette partie de la Tartarie, à l'exception d'Igour se rendit aux Tibetans. Le grand Khan obtint ensuite de l'Em

ereur le titre de Fong-tching-khan , il vint attaquer les § à Ling-tcheou dans le Chensi où il les battit & envoya les prisonniers à l'Empereur.

Fong-tching-khan ne laissant pas d'enfants après sa mort, Lan7 . son Ministre Kq-to-lou, qui depuis long-tems avoit l'admi- #o nistration de toutes les affaires , & le commandement des armées, fut choisi par la nation pour être grand Khan. Il envoya un ambassadeur à la Chine pour instruire l'Empereur de son avenement à l'Empire , & l'Empereur Te-,. tçong lui donna le titre de Hoai-sin-khan. Les historiens L'an 8o5 . ' qui pouvoient nous instruire des événemens de son regne

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