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Apr, J. C.

qui y trouverent toutes fortes de provifions, ils rentrerent dans la ville chargés de dépouilles, la citadelle fe rendit, 11. & Boëmond fut fait Prince d'Antioche.

Redouan.
Dekak.

L'an 1099

La prise de cette ville ouvroit aux Francs toute la Syrie. Les deux Princes Seljoucides Dekak & Redouan qui alloient Aboulma hafen. être le plus expofés, écrivirent au Khalif de Bagdad nommé Moftadher, pour lui faire fçavoir ces malheurs & implorer fon fecours. Le Khalif qui n'avoit aucune autorité dans la Syrie, & qui ne pouvoit rien par lui-même, en donna avis au Sulthan Barkiaroc; mais les plaintes des Mufulmans ne furent point écoutées. Dans le tems que l'armée Françoise fe difpofoit à partir d'Antioche, (a) l'Emir d'une forteresse voisine nommée Ezaz (b) implora le fecours des Croisés, contre Redouan. Cet Emir faifoit depuis long-tems des courfes fur le territoire d'Alep. Depuis l'arrivée des Francs, plufieurs femmes Chrétiennes étoient tombées en fa puiffance, entre autres celle d'un nommé Foulques qui avoit été tué. Un des Officiers de l'Emir, épris de la beauté de cette femme, alla ravager les Etats du Roi d'Alep, dans le dessein de l'obtenir de l'Emir, comme une récompense de ses fervices. Ces courfes devenues plus fréquentes obligerent Redouan à raffembler toutes fes troupes pour aller attaquer Albertus l'Emir d'Ezaz, & celui-ci moins puiffant, eut recours aux Guillaume Aquenf. Francs, leur envoya en ôtage fon fils Mohammed, & fit de Tyr. avec eux un traité. Trente mille Chrétiens conduits par le Duc de Lorraine & par plufieurs autres Princes s'approcherent d'Ezaz qui étoit affiégée par une armée de quarante mille hommes. Redouan leva auffi-tôt le fiége & reprit le chemin d'Alep. Sa retraite précipitée & ignorée des Chré tiens fut caufe que plufieurs de ceux-ci, en fortant d'Antioche, furent faits prifonniers, & que le Duc de Lorraine fut obligé de s'arrêter pour les délivrer. Il attaqua attaqua les troupes de Redouan qui emmenoient captifs un grand nombre de ces Chrétiens, obligea ce Prince à prendre la fuite, & après avoir rendu la liberté aux prifonniers, il fe rendit à Ezaz où il reçut l'hommage de l'Emir. Ce château fut en quelque façon

(a) Aboulmahafen dit un vendredi 23 de Schaban de l'an 492 de l'Hegire. Tome II. Part. II.

(b) Nos Hiftoriens la nomment Ha❤ fart.

N

L'an 1099.

Dekak.

réduit par-là fous la puiffance des Francs; dans la fuite ceuxApr. J. C. ci en abuferent & s'y rendirent en fi grand nombre qu'ils Redouan. devinrent incommodes aux Turcs. L'Emir fe repentit de les avoir appellés. Les habitans avec les Turcs des environs formerent une confpiration, & réfolurent de tuer Baudouin, ou au moins de le chaffer; mais le projet ayant été éventé, les Chefs furent aveuglés, & les moins coupables payerent des fommes confidérables.

Gefta Fran

corum.

Albertus

de Tyr

Pendant le tems que l'armée Françoise se préparoit à fe mettre en marche pour fe rendre à Jérufalem, le Comte Aquenf. de Toulouse étoit venu affiéger Bira (a), ville forte, située Guillaume dans le territoire d'Apamée, & éloignée de deux journées d'Antioche; cette ville fut prife; enfuite tous les Croifés s'étant réunis, ils allerent attaquer (6) la ville de Mara el nooman, à huit milles de Bira. Čette ville ne put être emportée le second jour, faute d'un affez grand nombre d'échelles ; mais l'arrivée de Boëmond avec de nouveaux fecours, mit les Croi fés en état de pouffer plus vivement les attaques. On lança de part & d'autre des feux grégeois, des pierres & d'énormes rochers; malgré la résistance des habitans, la ville fut forcée, les Francs y pénétrerent l'épée (c) à la main, & elle fut livrée à la fureur du foldat. Les Hiftoriens Chrétiens reprochent aux Francs d'avoir pouffé la cruauté jusqu'à ouvrir les corps Gefa Fran- morts pour y trouver des piéces d'argent, & d'avoir mangé de la chair humaine; les Hiftoriens Arabes, d'avoir manqué aux traités qu'ils avoient faits avec les habitans, c'està-dire, de ne point entrer dans leur ville, & de fe contenter d'y envoyer une garnifon. Il y avoit eu à cette occasion quelques troubles dans la place, les Francs en avoient profité pour s'en rendre maîtres, & ensuite égorger les deux Gefta Fran- partis. Quelques-uns échapperent au maffacre général. Boë mond leur avoit fait dire de fe retirer dans un Palais, on les fit tous prifonniers. Enfuite Céfarée, Hama, Hemeffe, Ramla Guillaume & un grand nombre d'autres villes de Syrie livrerent passaAboulfedha ge aux Francs. Les Croifés ne rencontroient point d'en

corum.

Aboulmahafen.

orum.

de Tyr.

(a) Les Hiftoriens des Croisades la nomment Al-bira.

(b) L'an 492 de l'Hegire.

(c) Lei de Décembre. Selon Aboulmahafen, ils en décamperent fur la fin de Redgeb de l'an 492.

Dekak.

hemis; toutes les places, pour fe racheter du pillage, leur Apr. J. C. apportoient des vivres, quelques-unes qui oferent réfifter, L'an 1099. furent prifes d'affaut. C'est ainsi qu'ils traverferent les Etats Redouan. des Princes de la Syrie, Seljoucides & Ortokides, entrerent Aboulmadans ceux des Khalifs d'Egypte, & parvinrent jusqu'à Béit en hafen. el cods, autrement Jérufalem qui appartenoit alors à ces Aboulfaderniers Princes.

Quoique les détails de ce fiége & les conquêtes des Francs dans cette partie de la Syrie foient étrangeres à l'Hiftoire des Seljoucides, on me permettra de rapporter ici en peu de mots ce que les Hiftorieus du pays en ont dit. Cette fameufe ville étoit alors gouvernée par un Emir nommé Iftikhar eddoulet, qui y avoit été mis par Mostaali Khalif d'Egypte. Les Francs qui l'affiégerent pendant quarante jours, firent conftruire deux tours qu'ils approcherent des murailles. La premiere fut placée à la porte de Sion, la feconde entre les portes d'Amoud & d'Afbath. Les Mufulmans brûlerent la premiere; mais par la feconde les Chrétiens pénétrerent jufques fur les murailles, & s'emparerent de la ville. Alors les Mufulmans fe retirerent dans les deux Mosquées appellées Sakhra & Acfa. Cent mille périrent. Les Francs firent cent mille prifonniers, tuerenr tous les vieillards & les gens infirmes, prirent les femmes, & pillerent les deux fuperbes Mofquées de Sakhra & d'Acfa. Ils y trouverent foixante-dix chandeliers, dont vingt étoient d'or, & du poids de mille mithcals, les cinquante autres d'argent, pefant trois mille fix cens dragmes Syriennes, un baffin d'argent du poids de quarante rothl Syriennes.

y

La perte de tant de villes & de richeffes, répandit la confternation parmi tous les Mufulmans; les peuples. difperfés ne fçavoient de quel côté ils devoient chercher un afyle. Une troupe confidérable, avec un Cadhy nommé Zéïneddin, partit de Damas pour fe rendre à Bagdad. Lorsqu'ils furent introduits dans le Divan du Khalif, ils arracherent leur barbe en jettant de grands cris, le Cadhy fit pleurer par fon difcours tous ceux qui étoient préfens: mais on ne leur donna que des larmes, & point de fecours pour chaffer de la Syrie les Francs.

par

radge.

Elmacin

Aboulma

hafen

Apr. J. C.

L'an 1099.

Dekak.

Tout ce pays enlevé d'abord aux Khalifs par quelques Emirs Arabes, conquis enfuite par les Turcs, étoit alors partaRedouan. gé en plufieurs Royaumes. Les Khalifs d'Egypte en occupoient une partie, les Seljoucides poffédoient les Royaumes de Damas & d'Alep, les Ortokides étoient maîtres de la partie Septentrionale, & de ce qui eft voifin de l'Arménie. Les Francs avoient fondé un Royaume à Jérufalem. Antioche, Edeffe ou Roha, & dans la fuite Tripoli formoient des Prin cipautés particulieres, qui relevoient des Rois de Jérufalem. L'an 1100. Il s'établit encore dans le même tems (a) un nouveau RoyauAboulfedha me dans la partie de l'Arménie voifine de la Syrie, c'est-à-dire, dans Khelath, ville qui avoit appartenu long-tems aux Grecs, & qui leur fut enlevée par les Mérouanides, dont la domination s'étendoit jufques dans le Diar-bekr. Ces Princes devenus odieux à leurs fujets par la tyrannie qu'ils exerçoient, obligerent les habitans de Khelath d'avoir recours à un Turc nommé Sokman, & furnommé el Cothbi, parce qu'il avoit été efclave de Cothb-eddin Ifmaïl, Prince de la famille des Seljoucides qui étoit établi dans l'Adherbidgiane. Sokman follicité par les habitans de Khelath, fe rendit dans cette ville, en chassa les Mérouanides & y fut proclamé Roi. Il porta le titre de Schah-arman, c'eft-à-dire, Prince d'Arménie (6). Il y avoit encore dans le Royaume de Moussoul Aboulma- quelques Emirs Turcs affez puiffans, & les Bathéniens ou bafen. Affaffins commençoient à s'établir en Syrie.

les

Telle étoit la fituation de ce pays dans le tems que Francs y entrerent, ils étendirent leurs conquêtes de tous côtés. Ils avoient tenté quelque tems auparavant de prendre Aboulfedha la ville de Dgiabala, gouvernée par un Cadhy nommé Aboulma- Abou Mohammed Obeïdallah (c). Pour conferver cette ville hafen. aux Musulmans, le Cadhy offrit de la remettre à Thoghteghin, Atabek ou Miniftre de Dekak Roi de Damas. Thoghte ghin y envoya auffi-tôt fon fils Tadge el moulouk Bouri qui en prit poffeffion. Mais la mauvaife conduite de cette Officier fut caufe que les habitans engagerent Abou-aly (d)

(a) L'an 493 de l'Hegire.

(6) D'Herbelot place mal-à-propos cet événement à l'an 578 de l'Hegire, de J. C. 11823

(c) Fils de Manfour. Il étoit plus connu fous le nom de Ben foulaihah.

(d) Fils de Mohammed, fils d'Ammar;il étoit furnommé Phakhr el moulk.

L'an 1100.

Gouverneur de Tripoli, pour les Khalifs d'Egypte, de venir prendre poffeffion de Dgiabala. L'armée d'Abou aly battit Apr. J. C. Bouri qui fut conduit à Tripoli, & de-là renvoyé à son pere. Redouan. Dgiabala fut foumife aux Egyptiens, & prefque auffi-tôt Dekak. aux Francs, de même qu'Arfouf & Céfarée.

Guillaume

Godefroy de Bouillon Roi de Jérufalem venoit alors de de Tyr, mourir, & Baudouin Comte d'Edeffe fon frere s'étoit mis en chemin pour aller prendre poffeffion du Royaume. Dekak Roi de Damas inftruit de fa marche, raffembla fes troupes dans le deffein de lui dreffer quelque embufcade, & de fe faifir de fa perfonne. Il s'empara d'un paffage dangereux & fort étroit, fitué proche le fleuve du Chien (a), entre des montagnes & des rochers inacceffibles fur le bord de la mer. Le nouveau Roi de Jérufalem ayant appris par fes coureurs le deffein & la position des Turcs, les vint attaquer avec les troupes, & les diffipa; mais le paffage étoit si étroit, qu'il fut obligé de s'arrêter pendant la nuit, exposé continuellement aux fleches de l'ennemi. A la pointe du jour il continua fa marche, ayant toujours les Turcs qui le harceloient, & il ne s'échappa qu'après de violentes escarmouches. Pendant que Dekak s'efforçoit de combattre ainsi les Chrétiens, fon frere Redouan, peu fenfible aux troubles L'an 1101; dont la Syrie étoit agitée, faifoit (b) périr ceux qui avoient le Benfchoumieux combattu pour la défenfe des Mufulmans. Le Comte nah. Aboulfedha de Toulouse (c) ou de S. Gile étoit venu affiéger Tripoli, où Aboulmacommandoit l'Emir Abou-aly, fils d'Ammar; ce Gouver- hafen. neur appella à fon fecours le Roi de Damas, & Dgenah eddoulet, Emir d'Hemeffe ; il y eut une action dans laquelle les Mufulmans furent vaincus, & Abou-aly ne trouva d'autre moyen pour conferver encore fa ville aux Egyptiens, que de donner aux Francs une fomme d'argent ; le Comte alla prendre Antarados, dont il tua tous les Mufulmans; de-là il marcha vers le château des Kurdes. Dgenah eddoulet Houffaïn, (d) Emir d'Hemeffe, un des plus braves Capitaines des Musulmans, informé du deffein des Francs, rassembla

(a) En Arabe, Nahar kelb.

(b) L'an 495 de l'Hegire.

(c) Les Arabes le nomment toujours

Sandgil..
(d) Fils de Moulaïb..

Elmacin.

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