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arflan I.

l'attaquer , il fit débarquer ses soldats, & obligea Dalassene Apr. J. c. à se retirer dans une petite ville voisine. Le lendemain les Kilidge- deux armées se livrerent un combat; la cavalerie Turque qui voltigeoit de tous côtés accabla de fleches le

corps

des Francs qui étoit dans l'armée Grecque, & les obligea de prendre la fuite après des efforts incroyables ; les Grecs les suivirent fans avoir combattu, & se réfugierent dans la ville, pendant que les Turcs qui s'étoient rapprochés de la mer s'emparerent de plusieurs vaisseaux ; les autres ne trouvanc de salut

que dans la fuite, gagnerent la ville de Bolis. L'Emir Tzachas fit alors proposer la paix au Général Grec, il

y eut quelques conférences; mais Dalassene qui se défioit des Turcs, ne voulut rien conclure fans Jean Ducas frere de l'Impératrice qu'il attendoit. Tzachas partit sur le champ pour Smyrne dans le dessein d'y lever de nouvelles troupes, alors Dalassene rassembla tout ce qu'il put de vailseaux , & alla surprendre Chio dont il se rendit maître. Pendant la guerre que l'Empereur faisoit aux Scythes, Tzachas parcourut & ravagea toutes les Illes de l'Archipel, & retourna ensuite à Smyrne, où il se fit déclarer Roi, & y fit construire un grand nombre de vaisseaux; son dessein étoit, après avoir soumis les Iles, de venir faire le fiége de Conftantinople , niais Alexis Comnène ne lui en donna pas le tems. Jean Ducas fit une descente près de Mitylene où commandoit Galabatzas frere de Tzachas; les deux armées ne cesserent de se harceler pendant trois mois. Enfin, les Grecs qui commençoient à perdre courage, firent de nouveaux efforts & battirent les Turcs: Tzachas lui-même, qui étoit venu au secours, demanda la paix & la permission de se retirer à Smyrne. On donna des ôtages de part & d'autre ; elle fut signée & presque aussi-tôt violée par

les Grecs. Dalassene qui s'avançoit vers Mitylene avec une flotte plus nombreuse que celle des Turcs , les attendit dans leur retraite. Jean Ducas lui représenta inutilement le traité que l'on venoit de conclure ; Dalassene répondit qu'il n'y avoit

; aucune part, & qu'aucun ferment ne le retenoit , il attaqua« la flotte Turque & fit égorger tous ceux qui la montoient. Comme il ne s'attacha qu'aux gros vaisseaux, il manqua Tza

L'an 1092

chas. Cet Emir avoit eu la précaution de ne monter qu'une

Apr. J. C. simple barque avec laquelle il revint à Smyrne. Jean Ducas & Dalassene réunirent leurs troupes, & reprirent toutes les

&

Kilidge

arslan I. Illes.

Cette déroute n'avoit point abbattu le courage de Tzachas; il songea à réparer ses pertes & à venir attaquer de nouveau les Grecs; alors Alexis Comnène qui ne pouvoit le vaincre par la force , eut recours à la ruse , il lui suscita un nouvel ennemi,c'étoit le Sulthan Kilidge arslan son beau-pere. Tzachas (a) s'étoit attribué dans Smyrne une autorité souveraine, & ne reconnoissoit pas celle du Sulthan.L'Empereur chargea Dalassene de se rendre à Nicée, & d'engager ce Prince à se déclarer en faveur des Grecs, & de faire la guerre

à Tzachas. Cette négociation eut tout le succès qu'il en attendoit. Le Sulthan

se mit à la tête de ses troupes & s'approcha d’Abydos, pendant que Dalassene s'y rendoit avec sa fotte: Tzachas en faisoit alors le siége. L'arrivée de deux ennemis si puissans le découragea, & le força d'implorer la clémence du Sulthan; Kilidge Arsan lui fit un accueil gracieux, mais bientôt après il le fit étrangler dans un festin où Anne Comcet Emir s'étoit enyyré. Une paix qui n'avoit été ménagée nène, que par la ruse & la trahison, ne fut pas de longue durée; les Turcs rentrerent presque aussi-tôt dans la Bithynie qui étoit fans défense, & recommencerent leurs courses.

Ces Peuples naturellement vagabonds, & qui ne trouvoient leur avantage que dans la guerre, n'avoient pas encore vécu assez long-tems parmi les Nations policées, pour se fixer dans les villes & s'adonner au commerce ou aux arts, Ils vivoient encore sous leurs tentes , aux environs des villes qu'ils avoient soumises , avec leurs troupeaux, changeant souvent de demeure, comme ils vivoient autrefois dans les plaines de la Tartarie: ils faisoient de grands ravages dans l'an 1096. l'Empire Grec. Ceux qụi étoient répandus dans la Syrie & dans la Palestine ne cessoient de persécuter les Pélerins Chrétiens qui alloient à Jérusalem. Les cruautés qu'ils commet

(a) Anne Comnène dit que Tzachas de Tzachas. Ou il y a faute dans son étoit gendre du Sulthan ; plus bas elle texte, ou ces rinces avoient épousé la dit que le Sulthan avoit épousé la fille fille l'un de l'autre,

Apr. J.'c.

alan I.

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toient de toutes parts envers les Chrétiens & la profanation Dan 1996. des Lieux Saints; les révolutions fréquentes qui arrivoient Kilidge dans ces pays Orientaux, qui faisoient craindre que

dans la suite il ne seroit plus permis aux Chrétiens d'y aller en pélerinage; peut-être la foiblesse des Princes de l’Afie,qui laissoit entrevoir une apparence de succès & d'établissement en Syrie, susciterent à Kilidge Arslan de nouveaux ennemis , qui du fond de l’Europe vinrent ravager la plus grande partie de les Etats. Les Francs animés par le zele de la Religion ne fongerent plus qu'à délivrer Jérusalem , & les Chrétiens Orientaux. Parmi ces Francs, une multitude de gens fans aveu & de libertins sortirent de l'Europe , & ne passerent en Alie, que pour s'enrichir

se livrer de plus en plus à leurs vices & y trouver l'impunité ; les crimes de ceux-ci, le fanatisme de quelques autres, & le mélange bizarre de Religion & de Chevalerie auquel on étoit accoutumé alors, ont fait désapprouver dans un liécle plus éclairé ces sortes de guerres ; on n'en a plus jugé que par les fuites, c'est-à-dire , par les désordres de quelques-uns des Chefs, désordres dont les Turcs euxmêmes rougirent, tout Barbares qu'ils étoient, mais qui font la suite ordinaire des guerres. Voilà ce qui rend condamnable à nos yeux une expédition dans laquelle nos ancêtres ont donné les plus grandes preuves de valeur & de zele pour la Religion. Dans la suite, les mæurs Asiatiques ont achevé de corrompre la plậpart de ces Chefs,comme elles avoient énervé auparavant le courage des Romains. Cette grande expédition

. qui changea la face de l'Asie Occidentale , qui coûta à l'Eu

rope des millions d'hommes, & qui ruina un grand nombre Arne Com- de familles de

France , fut entreprise à l'instigation d'un FranAlbertus çois nommé Pierre (a) l'Hermite originaire de Picardie. Il Лаисп. prêcha le premier la Croisade en France. Tous les Peuples en

traînés

par

ses discours, arborerent la Croix sur leurs habits. Les Abbas Gui- Seigneurs engagerent ou vendirent leurs biens à des ReliGefia Fran- gieux pour obtenir le pardon de leurs fautes, en chassant de

Jérusalem les Infidéles. Des milliers de François, d'Allemands & d'autres Nations de tout sexe & de tous états,

(a) Anne Comnène l'appelle Cucupe- le hommes de pied, & cent mille cheirus, & dit qu'il avoit quatre-vingt mil- vaux.

nene.

Robertus Nlonachus.

bort.

Corum.
Sanut,

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و

conduits

par
Pierre l'Hermite se rendirent à Conftantinople,

Apr. J. de-là passerent en peu de tems à Nicomédie', & vinrent en- L'au 1096. fuite à (a) Helenopolis où ils demeurerent pendant environ Kilidge.

ar an L deux mois.

Tant de Peuples différens & mal disciplinés ne resterent pas long-tems unis entr'eux; les Allemands (6) & les Lombards se séparerent sous la conduite d'un nommé Rainaud, & se transporterent au-delà de Nicée, où ils s'abandonnerent à toutes sortes de cruautés. Anne Comnène les accuse d'avoir mis en piéces les enfans à la mammelle pour les faire cuire.

. Les Turcs fortirent de Nicée, & allerent les attaquer, mais ils furent obligés de rentrer dans leur ville. Ces Barbares, je veux dire, cette troupe d'Allemans, retournerent à Helenopolis, d'où leur inconstance & la haîne qu'ils s'attirerent de tous les autres Croisés, les obligerent de décamper. Ils allerent prendre le château de Xerigord (c), résolus d'y attendre le reste de l'armée Chrétienne. Ils s'y occuperent à faire des courses sur les terres du Sulthan. Kilidge Arllan (d) rassembla une armée de quinze mille hommes, & vint les (e) surprendre dans leur retraite; après avoir remporté quelque avantage fur un petit corps que ces Chrétiens avoient mis en embuscade, il fit des saignées qui empêcherent que l'eau ne pénétrât dans la Forteresse. Les Chrétiens accablés par la soif avoient recours au fang des chevaux & des ânes pour

se désaltérer. Cette situation affreuse dans laquelle ils resterent pendant huit jours, les mit au désespoir

. Rainaud. leur chef avec ses gens, sous prétexte de faire une sortie , les abandonna lâchement, & se retira chez les Turcs où il embrassa le Mahométisme; les autres Chrétiens furent en partie faits prisonniers, & en partie passés au fil de l'épée. Les François qui étoient campés à Helenopolis, ne respire

à rent que la vengeance, en apprenant la défaite de ces premiers

(a) Albert d'Aix dit qu'ils vinrent nomme, comme tous les autres Histocamper près de Civitot , & qu'ils y de- riens des Croisades , Soliman, mais il meurerent environ deux mois.

le fait fils d'un Soliman plus ancien. Il (b) Anne Comnène les appelle Nor- faut l'appeller Kilidge arsan. Anne:

Comnène le nomme Cliziasthlan. (c) Robert le Moine & le Gejta Fran- (e) Robert le Moine place cet événecorum le nomment Exerogorgo. ment à la S. Michel.

(d) L'Auteur du Gefa Francorum le

>

)

mans.

Apr. J. C.

L'an

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Virry.

pène.

Gefla Fran

corum.

Zonare.

Croisés. Pierre l'Hermite étoit alors à Constantinople; Gauin 1996. tier Sans-avoir, un des Chefs de la Croisade , qui étoit dans Kilidge- le camp, ne les retint qu'avec peine; mais ses efforts & ses

représentations devinrent inutiles , lorsque huit jours après, les Turcs sortis de Nicée, enleverent quelques Pélerins qui étoient dispersés dans les campagnes: Reinold de Breis,

Gautier Sans-avoir, (a) Gautier de Breteuil & Foulques Jacques de

d'Orleans, accusés de lâcheté par Godeffroy Burel , furent Anne Com- contraints de se mettre à la tête des troupes. Toute l'armée,

Albertus au nombre de vingt mille hommes de pied & de cinq cens Aquens cavaliers , sortit du camp, où on ne laissa que

les malades & les femmes : on marcha vers Nicée à travers une forêt. Les Guillaume Croisés n'avoient pas encore fait trois milles, que Kilidge Foulques de Arslan fondit sur eux, & les mit en déroute; il les poursuivit, Chartres. & en fit un si grand carnage , que peu échapperent. Gau

Robertus tier Sans-avoir , Reinold de Breis & Foulques d'Orleans
Monachus. furent tués sur le champ de bataille ; Gautier de Breteuil

& Godeffroy Burel , regagnerent le camp d'Helenopolis
&
où les Turcs entrerent avec eux; le massacre recommença :
tout fut égorgé, & les Turcs n'épargnerent que les enfans
les mieux faits, les jeunes filles & les Religieuses, qu'ils
firent conduire à Nicée, où elles éprouverent dans les Sés
rails toutes les horreurs de la captivité.

De tant de Chrétiens qui avoient accompagné Pierre l'Her

mite dans cette Croisade, environ trois mille se réfugierent e les au

dans une vieille forteresse à demi ruinée, qui étoit située sur le bord la mer. (b) Ils en fermerent les portes avec de grosses pierres qu'ils mirent par derriere ; mais les Turcs qui les avoient suivis jusques dans ce dernier retranchement, environnerent la place. Ils ne s'amuserent point à escalader les murailles; les Francs réduits au désespoir auroient vendu cherement leur vie, ils se contenterent de lancer en l'air un grand nombre de fleches qui retombant dans le Château dont la couverture avoit été détruite, tuoient ou blessoient beaucoup de monde. Les Francs étoient dans cette

a les au

tres.

Guillaume de Tyr.

tres.

(a) Albert d'Aix le nomme Gautier (6) Près de Civitot, qu'Anne ComSenzavehor ; l'Auteur du Gefta Franco- nene appelle Kibot, rum, Sine-habere.

situation,

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