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Cothbeddin

mais ce Prince l'accorda (a) à Saladin qui avoit eu tant de Apr. J. C. répugnance à se rendre en Egypte. Au reste, il ne jetta les Noureddin yeux sur lui, que parce qu'il espéroit que cet Emir n'auroit

point assez d'autorité pour contenir les troupes, & qu'alors ce seroit une occasion favorable de détruire la puissance de ces Grands-Vizirs. Adhed donna à Saladin le titre de Maleks en-naser, c'est-à-dire, Roi victorieux.

Aucun des Emirs de l'armée de Noureddin ne voulut ni regarder ni servir Saladin,

tous l'abandonnerent, comme le Khalif l'avoit prévû. Un Docteur de la Loi nommé Dhia eddin Issa el hekari, alla d'abord trouver l’Emir Seifeddin Aly (b), & l'engagea dans le parti de Saladin , ensuite Schehabeddin el haremi oncle du Vizir , auquel il représenta qu'il ne devoit point contribuer à la perte du fils de fa fæur; il fit entendre à Cothbeddin inal & à Aïn eddoulet el yarouki , qui étoient Kurdes d'origine comme Saladin , qu'il ne restoit plus qu'eux à se soumettre, & qu'ils devoient s'attacher à faire passer cet Empire dans leur nation ; que par les divisions qui régnoient entr'eux , les Turcs alloient en devenir les maîtres. C'est ainsi que Dhia eddin Iffa sçut ramener au parti de Saladin tous les Emirs de l'armée de Noureddin. Cet Emir se trouva maître absolu , mais il n'étoit , ainsi

que

son oncle Schirkouh , que le Lieutenant de Noureddin , & tout ne se faisoit dans l'Égypte qu'au nom de ce Prince ; c'étoit en son nom qu'on faisoit la priere publique. D'un autre côté, Saladin par ses largesses parvint à gagner les cæurs de tout le monde, & le Khalif fut trompé dans ses espérances.

Lorsque Saladin se vit une fois affermi dans le Royaume d'Egypte, il fit prier Noureddin de renvoyer en Egypte ses freres; mais Noureddin lui fit réponse qu'il ne croyoit pas qu'il fût à propos qu'ils allassent dans ce pays , où peut-être par la suite ils s'opposeroient à ses desseins, & exciteroient des troubles qui faciliteroient le retour des Francs. Parmi ces freres de Saladin étoit Schamfeddoulet touranschah son aîné. A la fin Noureddin consentit à leur départ. Il demanda à Touranschah s’il resteroit volontiers soumis à son frere ;

(a) Sur la fin de Dgioumadi elakher

(6) Fils d'Ahmed,

de l'an 564

L'an 11696

Benelaihiro

ce ,

Touranschah promit de le secourir de toutes ses forces, alors

Apr. J. C. il partit , & il tint parole dans la suite.

L'établissement de Saladin dans l’Egypte allarma tous les Noureddin Francs; par cette conquête Noureddin fe trouvoit en état de Cothbedfaire partir des flottes de l'Egypte pour croiser sur toutes les Guillaume côtes de la Syrie où ils étoient établis ; il pouvoit empêcher de Tyr. le passage des Pélerins , & par-là détruire entiérement le Royaume de Jérusalem. A la vûe de tous ces malheurs qui les menaçoient, les Francs tinrent un grand conseil dans les quel il fut arrêté que le Patriarche de Jérusalem , l'Archevêque de Césarée (a), l'Evêque d'Akka (b), passeroient en Occident pour demander des secours à Louis, Roi de Fran

à Henri Roi d'Angleterre , à Guillaume Roi de Sicile, & aux autres Souverains de l'Europe; mais une tempête qui s'éleva pendant la nuit endommagea si considérablement le vaisseau , qu'elle-l'obligea de rentrer dans le port. Fréderic Archevêque de Tyr, & Jean Evêque de Paneas , furent chargés alors de passer en Europe ; ce dernier mourut peu de tems après à Paris , & l'autre ne fit qu'un voyage inutile.

Pendant que ces Députés étoient dans l'Occident où ils Guillaume ne recevoient que des promesses ; l'Empereur de Constantinople équippa une flotte considérable qu'il envoya au secours des Francs. Elle étoit composée de cent cinquante grands vaisseaux, appellés Galées, qui étoient à deux rangs de rames y & portoient en avant un bec ; de soixante autres vaisseaux plus grands pour porter la cavalerie , & de dix ou douze autres encore plus considérables, appellés Dromons; ceux-ci étoient chargés de toutes les provisions, des armes & des machines. Megalducas Mauresius, Général fort expérimenté dans la guerre, & Alexandre de Conversana conduisirent cette. Aotte (c) à Tyr & ensuite à Akka. Au mois d'Octobre toutes les troupes des Francs & des Grecs s'affemblerent à Ascalon, & se mirent en marche vers l'Egypte. Elles se rendirent à petites journées à Pharamia , ville prefque déserte', située proche la premiere embouchure du Nil appellée Carabes. Tout ce chemin étoit devenu plus long (a) Ernesius.

() Au mois de Septembre. (b, Guillaume

de Tyre

Cothbeddin.

passer les

Apr. J. c. depuis quelque-tems. Les flots de la mer , à force de battre L'an 1169. continuellement contre les monceaux de sable qui s'étoient Noureddin accumulés sur le rivage , avoient ouvert un passage , & après

être entrés dans la plaine , ils avoient formé un vaste marais , dont l'embouchure étoit assez étroite. Il en étoit résulté un avantage considérable pour toutes les villes voisines, ce marais s'étoit rempli d'une quantité prodigieuse de poisson de toute espece que l'on y venoit pêcher de tous les environs ; mais ceux qui vouloient aller de Syrie en Egypte, en suivant le bord de la mer, étoient obligés de faire un détour d'environ dix milles le long du marais, avant que

de pouvoir regagner le rivage. Les Francs trouverent à Pharamia la flotte des Grecs qui étoit partie d'Akka. Elle servit à faire

troupes

de l'autre côté du Nil, laissant Taphnis à la gauche. De-là elles se rendirent toutes à Damiete (a),& camperent entre la ville & la mer, en attendant que la flotte les eut rejoint de nouveau.

Sur le bord du fleuve il y avoir une tour très-fortifiée, d'où partoit une chaîne qui étoit attachée aux murs de la ville , & qui empêchoit que l'on ne pût pénétrer plus haut. Par ce moyen les habitans recevoient librement des secours du Caire, & il leur arrivoit continuellement des troupes. Les Francs qui comptoient emporter cette ville d'emblée, se virent dans la nécessité d'en former le siége en régle, & de dresser un grand nombre de machines; mais les assiégés leur en opposerent d'autres , & la négligence & même la trahison de quelques Francs étoient cause que celles des assiégés avoient la supériorité. La flotte manqua de vivres , les Grecs étoient obligés de se disperser dans la forêt des Pal-, miers qui est aux environs & de

manger

les branches les plus tendres pour appaiser leur faim; les Francs craignoient en leur fournissant des vivres de se trouver dans la même situation. Les pluges qui tomboient en abondance augmente toient les maux de l'armée Chrétienne. Il souffloit alors un vent du Midi qui augmentoit la rapidité du courant du Nil, où toute la flotte s'étoit rassemblée comme dans un lieu de

(a) Le Qx des kalendes de Novembre, gire. dans le mois Sepher de l'an sos de l'He

sûreté

و

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fûreté. Les habitans remplirent un brûlot de bois secs & d'autres matieres gralles, le lâcherent sur le fleuve en le dirigeant l'an 1169:

Apr. J. C. vers les vaisseaux. Six de ceux qu'on appelle Galées furent Noureddin entiérement brûlés, & toute la flotte eût éprouvé le même din. fort sans le Roi Amaury qui vint au secours. Les Francs Benelathir. resterent ainsi pendant cinquante jours devant Damiete. de Tyr. Voyant alors qu'il étoit impossible de la prendre , ils se préparerent à se retirer , après avoir fait une espece de trêve avec les habitans , par l'entremise de quelques Emirs Egyptiens qui n'étoient pas portés pour Saladin.

Cet Emir s'étoit plaint à Noureddin de ce que plusieurs grands Seigneurs de l'Egypte s'étoient déclarés en faveur des Francs, & Noureddin pour conserver ce pays y avoit envoyé des troupes , en même tems que de son côté il étoit entré dans la Sýrie où il avoit fait beaucoup de ravages , qui ne contri- Benelaidir. buerent pas peu à la levée du siège de Damiete. L'expédition Aboulfedha de Noureddin avoit non-seulement pour but de faire une diversion mais encore d'arrêter les courses

que quelques Francs faisoient dans les Etats ; ils venoient de lui enlever (a) la forteresse d’Akkar , après avoir fait prisonnier Khathlagh L'an 1970, qui y commandoit pour Noureddin. De plus, comme ce Prince envoyoit alors Nodgemeddin ayoub , pere de Saladin , dans l'Egypte avec quelques troupes , & qu'un grand nombre de Marchands Musulmans s'étoient joints à cette armée, afin de faire leur voyage plus en fûreté, il crut devoir pour empêcher qu'ils ne fussent insultés par les Francs, s'approcher du château de Krak ou Pierre du desert, & en former le fiége. Dans le tems qu'il étoit occupé à battre les murailles de cette place, il apprit que deux Généraux Francs nommés par les Arabes , l’un le fils de Unfroy & l'autre Carib, fils de Dakik, venoient secourir Krak avec deux cens cavaliers & mille Turcoples ; il marcha contre eux avant qu'ils fussent en plus grand nombre ; mais ceux-ci ne jugeant pas à propos de l'attendre , Noureddin se répandit dans tout leur pays qu'il ravagea , & établit son camp à Aschtara ; un Emir nommé Schehab eddin Mahmoud (6) qui possédoit le château de

(a) Dans le mois Rabi elakher de l'an (6) Fils d'Elias, fils d'Ilghazi , fils 565

d'Ottoc. Tom. II. Part. II

Dd

Cothbeddin.

Bira , fe mit en marche avec deux cens cavaliers

pour Apr. J. C: nir le joindre dans cet endroit. Lorsqu'il fut arrivé à Léboua, Noureddin dans le territoire de Baalbek, il monta à cheval pour aller à

la chasse ; mais il rencontra trois cens cavaliers Francs qui

faisoient des courses dans les environs, il tomba sur eux & les. Benelathir. Aboulfedha mit en déroute. Parmi les morts étoit le chef des HospitaGuillaume liers qui étoit maître du château des Kurdes , & que les Boliaeddin. Francs eftimoient à cause de son courage. Sa tête fut portée à

Noureddin. Ce Prince étoit encore campé à Aschtara lorfqu'il fut informé que de grands tremblemens de terre venoient de détruire (a) la plậpart des villes de la Syrie. Au rapport des Historiens on n'en avoit point encore senti de si violens , les villes les plus considérables furent renversées , & les habitans ensevelis sous les ruines; de ce nombre étoient Baalbek , Hemesse, Hama , Schizour ou Césarée , & Alep. Dabord Noureddin n’apprit que ce qui regardoit Baalbek, il s'y rendit en diligence pour en faire réparer les fortifications ; mais lorsqu'il sçut le sort des autres villes il laissa dans Baalbek des troupes, courut à Hemesse & à Hama où il fit de même, & ensuite au château de Barin qui étoit dans le voisinage des Francs , & qui par cette raison l'inquiétoit d'avantage ; toutes ses fortifications avoient été détruites , il y laissa une garnison, & après avoir donné des ordres afin qu'on travaillât jour & nuit pour le réparer , il se rendit à Alep qui avoit souffert plus que toutes les autres villes. Il n'y avoit pas une maison dans laquelle on pût demeurer , & les habitans étoient campés hors de la ville: il fut présent aux travaux & les accéléra , il craignoit toujours que les Francs ne profitassent de ce désastre pour entrer dans ses Etats ; mais ceux-ci, qui avoient également souffert du tremblement , loin de fonger à entreprendre quelque expédition, n'étoient occupés qu'à réparer leurs pertes. Toute la ville d'Antioche dont les murailles & les tours étoient d'une solidité à toute épreuve, étoit renversée. Celle de Tripoli (b) avoit perdu presque tous ses habitans , Tyr avoit souffert considérablement.

Pendant que Noureddin étoit occupé à faire reconstruire

(a) Le 11 de Schoual de l'an s6s.

(6) Le trois des kalendes de Juillete

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