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de Tyr.

que quelques apparences de troubles ne lui permettoient Apr. J. L'an visi: pas de continuer sa route. Ce n'étoit qu'une excuse par Noureddin laquelle il cachoit la crainte qu'il avoit que Noureddin ne le Seifeddin. fit arrêter. Noureddin décampa de Krak dans le tems que Guillaume les Francs sous la conduite du Connétable Unfroy marchoient

au secours de la place. Irrité de la désobéissance de son Lieutenant, il menaça d'aller en Egypte & de l'en chasser. Saladin ne fut pas plûtot informé des desseins de Noureddin , qu'il fit assembler toute sa famille & ses Emirs

pour Benelathir. délibérer sur ce qu'il avoit à faire dans une circonstance si

délicate. Après qu'il leur eût exposé le sujet de son ins quiétude, Tekieddin omar son neveu dit publiquement qu'il falloit prendre les armes contre Noureddin s'il venoit en Egypte. Nodgemeddin ayoub pere de Saladin en entendant ce discours lui imposa silence sur le champ, ensuite se tournant vers Saladin , il lui dit : « Je suis votre pere, & voici » votre oncle Schehabeddin el haremi ; croyez-vous que

dans toute cette assemblée il y ait quelqu'un qui vous aime » & vous veuille plus de bien que nous ? Non, lui repartit Saladin ; fçachez donc, continua Nodgemeddin , que

fi · votre oncle & moi étions en présence de Noureddin, » nous ne pourrions faire autre chose que de nous profter» ner à ses pieds, & que s'il nous ordonnoit de vous cou» per

la tête, nous lui obéirions. Si nous pensons ainsi , jugez par-là quels doivent être les sentimens de ceux qui vous

sont moins attachés, il n'y a aucun des Emirs qui sont • ici présens, ni de ceux qui sont dans les troupes qui • osât s'opposer à Noureddin. Ce pays lui appartient, c'est » lui qui vous y a établi son Lieutenant, & il est le maître

de vous déposer; ensuite se tournant vers les autres » Emirs: Nous sommes , leur dit-il, les esclaves de Noureddin , & il peut disposer de nos vies w. Après que

i'afsemblée se fût retirée , Nodgemeddin dit à son fils Saladin : « Vous avez manqué de prudence en faisant connoître » vos sentimens à tous ces Emirs, ils vous trahiront; croyez » que Noureddin en sera instruit, & qu'il ne tardera pas » venir en Egypte pour vous en chasser; écrivez lui

promps u tement , & faitęs lui des soumissions. »

Nodgemeddin

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à

Seifeddin.

Nodgemeddin ne se trompoit pas. Noureddin étoit déja informé de tout ce qui avoit été dit dans cette assemblée; Apr. J. C. mais les lettres de Saladin appaiserent ce Prince qui ne Noureddin s'occupa plus que du soin de garantir les Etats des incurfons des Francs. Comme l'étendue de son Empire ne luipermettoit pas d'être assez promptement inftruit de toutes leurs démarches, & qu'ils étoient maîtres des places qu'ils assiégeoient avant qu'il en eût reçu la nouvelle, il prit la résolution d’établir dans tous ses Etats, & principalement fur ses frontieres, des pigeons de postes. Des hommes avoient de ces pigeons qui étoient pris d'une ville voisine où étoient leurs nids, aussi-tôt qu'on étoit informé de quelque incursion, on s'écrivoit , & on attachoit la lettre à l'oiseau qui s'envoloit & revenoit promptement à son nid; là d'autres Officiers prenoient cette lettre qu'ils attachoient à un autre pigeon, ainsi de ville en ville la nouvelle étoit portée jusqu'à Noureddin. Il ne tarda pas à connoître l'utilité de cet établissement, il fut inftruit le jour même

par le moyen de ces pigeons, d'une incursion que les Francs venoient de faire sur ses frontieres, il s'en servit encore pour faire assembler ses troupes . Il alla investir les Francs & les battit dans le tems qu'ils le croyoient fort éloigné. d'eux.

Ce n'étoit plus que contre Noureddin & son Lieutenant. L'an 11721 Saladin que ces Francs faisoient la guerre dans la Syrie , Guillaume ils étoient l'ennemi le plus redoutable que ces deux Princes eussent à combattre. Saladin qui se flattoit de régner un Aboulma-, jour en Egypte , ne cessoit de porter la guerre dans leur hafen. pays ,

il faisoit par-là sa cour à Noureddin ; mais ce qui le touchoit le plus, c'est qu'il espéroit que ces conquêtes lui appartiendroient dans la suite. Noureddin venoit de se rendre à Moussoul (a); Saladin qui en fut inftruit sortit aussi. tôt de l’Egypte avec ses armées, traversa le désert & vint camper dans le lieu qui est appellé la cannaye des Turcs il vouloit paroître avoir dessein de se joindre à Noureddin; le Roi Amaury.vint aussi-tôt camper proche Bersabée élois

de Tyr.

Bohaeddin.

(a) L'an 568 de l'Hegire.

Tome II, Part, II.

ES

ques courses.

L'an 1173•

gnée de-là d'environ seize milles. Mais Saladin ne resta pas Noureddin en cet endroit; il entra dans le pays appellé la Syrie sobal, Seifeddin. & vint alliéger les châteaux de Krak & de Schoubek ou de

Mont Royal, places qui incommodoient beaucoup les caravannes qui alloient en Egypte; il employa plusieurs jours devant ces forteresses, sans pouvoir s'en rendre maître , & il retourna dans son pays. Lorsqu'il sçut que Noureddin avoit quitté Moussoul, il revint peu de tems après, & fit quel:

Noureddin étoit alors occupé à rétablir dans le petit RoyauBinela:hir. me de Malathie & de Siouas Dhoulnoun qui en avoit été Albinededma dépouillé par Kilidge arslan, Sulthan d'Iconium. Dhoulnoun

étoit passé en Syrie & avoit imploré le secours de Noureddin ; ce Prince qui avoit autant de répugnance à porter la guerre dans les pays des Musulmans, qu'il avoit d'ardeur à marcher contre les Francs, voulut d'abord engager Kilidge ar an à rendre à Dhoulnoun les pays qu'il lui avoit enlevés ; mais ce Sulthan ayant refusé de le satisfaire, Noureddin alla assiéger les deux villes de Marasch (a) & de Bahsna (b),

ainsi

que de plusieurs autres qui étoient dans les environs ; un détachement de ses troupes prit Siouas. Alors Kilidge arslan lui ayant fait demander la paix, il ne voulut plus s'engager plus avant, il se hâta de la conclure à cause des fâcheuses nouvelles qu'il avoit apprises du côté des Francs. Il exigea ces trois conditions avant que de la figner , la premiere que Kilidge arslan dont la religion lui étoit fufpe&te, & qui étoit plus philosophe que Musulman , renouvelleroit fa profession de foi entre les mains de ses Ambassadeurs, La seconde qu'il enverroit en Syrie des troupes contre les Francs toutes les fois qu'il en feroit besoin, & que de son côté il les attaqueroit. La troisieme qu'il donneroit en mariage sa fille à Seifeddin ghazi, neveu de Noureddin. Après la conclusion de ce traité, Noureddin laissa dans. Siouas quelques troupes sous les ordres de Phakhreddin abdolmelih pour le service de Dhoulnoun , & retourna en Syrie où il reçut (c) des lettres de Saladin par lesquelles cet Emir lui (a) Dans le mois Dzoulcaada de l'an (6) Dans le mois Dzoulhedgé,

(s) L'an 569 de l'Hegire.

& s'en empara ,

568.

demandoit la permission d'envoyer une armée dans l'Yemen, pour en chasser les restes du parti duKhalif d'Egypte. Après que fan 11:25: Noureddin

У

eût consenti, Saladin envoya Touranschah qui Noureddin prit environ quatre-vingt places, entre autres Senaa & Ma- Seifeddiń. dain.

Noureddin s'appercevoit alors de tous les desseins de Sa- Benelashir. ladin , c'est-à-dire, que cet Emir ne tendoit qu'à se rendre indépendant dans l'Egypte, & qu'il n'étoit pas disposé à le suivre dans l'expédition qu'il se proposoit de faire contre les Francs. En conséquence, il fit lever à Moussoul, daris le Diarbekr, dans le Dgeziré, des troupes pour les placer en la Syrie dans les endroits par lesquels les Francs pouvoient entrer; pendant qu'avec le reste de son armée il se rendroit dans l'Egypte pour en chasser Saladin, & donner à un autre ce Gouvernement. Tels étoient les desseins de Noureddin lorsqu'il fut attaqué d'une esquinancie dont il mourut à Damas. Il fut dabord enterré dans le château, & L'an 11746 ensuite transporté dans le collége qu'il avoit fait bâtir dans cette ville. Ce Prince possédoit à la mort Moussoul, Diardgezire, la Syrie, l'Egypte; les Rois du Diarbekr lui étoient soumis. Schamseddoulet Touranschah frere de Saladin avoit conquis par ses ordres l’Yemen, ou l'Arabie heureuse, & la priere publique se faisoit en son nom dans les villes de la Mecque & de Médine. Noureddin étoit grand , avoit un air gracieux , les yeux doux, un visage large presque sans barbe; il a mérité l'estime de tous les Musulmans , & même des Chrétiens. Guillaume de Tyr parle de la justice , de sa prudence & de la religion ; Aboulfedha dit qu'un livre entier ne fuffiroit pas pour célébrer ses vertus. En général , il est regardé comme le plus fage & le plus juste de tous Benelashira les Princes du Musulmanisme. Il étoit religieux observateur de l'Alcoran, il ne portoit fur lui ni foye , ni or, ni argent, le vin étoit défendu dans tous ses Etats; on le voyoit sous vent se relever pendant la nuit pour faire fa priere; il donnoir le reste de fon tems au gouvernement de ses Etats, ou à la guerre contre les Francs. Il étoit le plus grand

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(4) Le 11 de Schoual de l'an 569, ax mois de Mai, selon Guillaume de Tyr.

L'an 1174.

Général de fon tems , & peut-être le plus grand Théologier, Apr. J. C.

suivant les principes de l'Imam Abouhanifa; il bannit de Noureddin ses Etats les usuriers & les concussionaires. Il vivoit luiSeifeddin,

même comme un simple particulier du produit d'un bien qu'il avoit acheté de la portion qui lui revenoit sur le butin qu'il prenoit aux ennemis. Les tributs étoient destinés au besoin de l'Etat , & il n'y touchoit jamais qu'en présence des Docteurs de la loi. La Reine son épouse qui ne s'accommodoit point de cette æconomie, se plaignit un jour à lui de ce qu'elle n'avoit pas assez de revenu: Je ne suis, lui répondit Noureddin, que le trésorier des Musulmans, je ne puis toucher aux sommes qui me font confiées pour leurs besoins, fans attirer sur moi la colere de Dieu. Je poffede encore trois boutiques à Hemesse, c'est tout ce que je suis en état de vous donner.

Sous son régne un grand nombre d'Etrangers étoient venus demeurer à Damas pour y vivre en paix sous un Prince si juste. Rien ne fit tant connoître l'idée qu’on avoit de fa justice , que ce qui arriva après sa mort , & horf-. que

Saladino le fut rendu maître de cette ville. Un de ces Etrangers avoit été insulté par un soldat , il voulut s’en plaindre à Saladin, mais il ne fut pas écouté; alors il defcendit du château en criant : 0 Noureddin , Noureddin , si vous étiez témoin de l'oppression nous sommes , vous auriez pitié de nous. est votre justice ! Il s'avançoit en même-tems vers le tombeau de ce Prince, suivi d'une multitude innombrable. La révolte alloit éclater ; mais Saladin pour conseryer Damas, se hâta de rendre justice à l'Etranger.

Noureddin avoit fait construire ou réparer les murailles d'un grand nombre de villes & de châteaux qui avoient été ruinées par les tremblemens de terre, entre autres celles de Damas, d'Alep, d'Hémesle, de Schizour, de Baalbek & autres places. Il fit bâtir des Colléges où l'on enseignoit suivant les principes d’Aboulianifa & de Schafeï , des Mosquées, des Hôpitaux auxquels il avoit afligné de grands biens, des bâtimens publics dans les chemins pour les Voyageurs, des tours sur les frontieres de ses Etats, pour observer les démarches des Francs, & par-toạt dans ces tours il avoit miş

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