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sions que les Grecs faisoient du côté de Nicée, & par le
passage fréquent des Chrétiens Occidentaux qui se rendoient
en foule dans ses Etats. Il s'en croyoit délivré, lorsqu'il en
vit paroître de nouveau deux cens soixante mille, tant Lom-
bards que François & Allemands. Les premiers avoient pour
Chefs l'Evêque de Milan, Albert Comte de Blandras, son
frere Wido, Hugues de Mont-béel, Othon neveu d'Albert,
& Vigbert Comte de Parme. Ils arriverent à Nicomédie
vers les Fêtes de Pâques. Conrad Connétable de l'Empe-
reur Henri III. les joignit avec les Allemands, & ils furent
suivis d'Etienne Comte de Blois, d'Etienne Duc de Bour-
gogne, de Hugues le Grand, & de plusieurs autres Seigneurs
François. L'Empereur Alexis Comnène leur avoit donné
pour guides des Turcoples. Les Comtes Raimond & Etienne
de Blois vouloient que l'on suivît la route que Godefroy de
Bouillon avoit prise. Les Lombards qui avoient trop de
confiance dans leur nombre, persisterent à prendre le che-
min des montagnes ; ils se flattoient d'aller faire le siége de
Bagdad, & de pénétrer jusques dans le Khorasan. On fut
obligé de les suivre, & après trois semaines de marche, dans
l'abondance & la débauche, on parvint aux montagnes & on
s'empara d'une forteresse où l'on tua deux cens Turcs ; mais
on ne put prendre celle de Gargara. Les Turcs commence-
rent à harceler les Chrétiens. Raimond & les troupes de
l'Empereur Alexis Comnène, corrompus par les présens du
Sultham , conduisirent l'armée Chrétienne à travers des dé-
serts affreux où elle manquoit d'eau, & dans les endroits où
les Turcs avoient dressé des embuscades ; trahison qui fit
périr beaucoup de monde. Sept cens François furent placés
à l'avant-garde , & autant de Lombards à l'arriere-garde ,
our repousser les Turcs qui ne cessoient d'inquiéter l'armée.
† Lombards furent bientôt défaits par cinq cens de ces
Turcs , qui attaquerent ensuite l'infanterie & tuerent environ
mille hommes. Les Lombards furent accusés de lâcheté ,
mais personne n'osa prendre leur poste. Il n'y eut à la fin que
le Duc de Bourgogne avec cinq cens Cuirassiers qui voulut
s'y exposer, & il le soutint avec tant de courage qu'on ne
perdit pas un seul homme. Les autres Chefs de l'armée y
" Tom. II. Part. II. -

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ZTE vinrent ensuite tour-à-tour , & marcherent ainsi pendant L§ quinze jours au milieu des déserts & à travers les monta#o gnes. La disette commençoit à se faire sentir dans l'armée · Chrétienne, sans qu'on pût espérer de trouver des vivres, les Turcs enlevant tous les Soldats qui osoient s'éloigner du gros de l'armée pour en chercher. Après que les Chrétiens eurent traversé ces dangereux passages, & dans le tems u'ils établissoient leur camp dans la plaine qui est au pied § montagnes de la Paphlagonie, ils apperçurent le Sulthan Kilidge Arslan, suivi du fils de Danischmend, de (a) Redouan Roi d'Alep, & de plusieurs autres Princes Turcs avec vingt mille hommes. Ils furent tout-à-coup assaillis, les Turcs pénétrerent d'abord jusques dans le camp où ils firent un grand carnage, mais trouvant trop de résistance de la part des Fran

çois & des Lombards, ils furent contraints de se retirer. Cependant la disette & les fatigues du voyage firent encore moins périr de monde, que l'imprudence, la mauvaise discipline & le peu d'union qu'il y avoit parmi ces Chrétiens dans un pays ennemi. Le lendemain de cette action, trois mille Croisés fous la conduite de Conrad & de Bruno son neveu, voulurent s'avancer dans le pays vers Marasch , ils s'emparerent d'un château où ils † au fil de l'épée toute la garnison Turque; mais dans le tems que chargés du butin, ils continuoient leur route à travers les montagnes où ils s'étoient engagés imprudemment, les Turcs les investirent de toutes

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cette troupe, qui regagna le camp général après avoir perdu
tout le butin qu'elle avoit fait.
Les Croisés reprirent leur route; ils placerent à l'avant-
garde les Lombards qui eurent continuellement sur les bras
l'armée des Turcs. Ces Barbares accabloient les Chrétiens par
la multitude des fleches qu'ils lançoient en prenant aussi-
tôt la fuite. Albert § des Lombards, qui ne put sou-
tenir plus long-tems leurs attaques, prit lafuite avecsa troupe.
Conrad Chef des Allemands, des Saxons, des Bavarois &
des Lorrains vint prendre la place des Lombards, résista

@ Albert d'Aix le nomme Brodoan, appellé Caragel, peut-être Caradgia• & il dit qu'il y avoit encore un Emir

pendant quelque tems , & fit de même. Le Duc de Bour-
gogne y accourut, & se retira après d'inutiles efforts. Etien-
ne Comte de Blois qui voyoit tout en désordre, s'avança
avec les François, combattit jusqu'au soir, & fut enfin obli-
é de se sauver dans le camp. Raimond avec les Proven-
çaux & les Turcoples de l'Empereur de Constantinople vint
au secours; mais abandonné par cette milice étrangere, il ne
se sauva qu'avec peine avec dix de ses gens, sur le haut d'une
montagne où il combattit encore long-tems. Le Comte de
Blois avec deux cens Cuirassiers, alla le débarrasser & le ra-
mena au camp. Après cette terrible journée, les Turcs char-
gés de butin retournerent dans le leur qui n'étoit éloigné
que de deux milles. Pendant la nuit le Comte Raimond avec
les Turcoples prit la fuite, & se retira dans un Château (a)
qui appartenoit à l'Empereur Alexis Comnène. Le reste de
l'armée Chrétienne fut tellement découragé, qu'Officiers
& Soldats se mirent à la débandade, laissant dans le camp
leurs femmes, leurs enfans & tous leurs bagages. Les Turcs
accoururent aussi-tôt, violerent & massacrerent les femmes,
allerent ensuite à la poursuite des Chrétiens qui étoient si
épouvantés, qu'ils se laissoient égorger sans se défendre.
Cette journée coûta aux Croisés cent soixante mille hommes,
le reste se sauva comme il put à Constantinople.
L'Asie mineure vit périr plus de Chrétiens Occidentaux
dans leur passage, qu'il n'en périt dans les guerres de la Sy-
rie. Peu de jours après que le Sulthan en eût détruit un si
grand nombre, il apprit que Guillaume Comte de Nevers,
qui étoit parti de France avec quinze mille hommes, sans
compter les femmes, venoit d'arriver à Civitot, & s'étoit em-
paré d'Ancyre (b). Ils avoient ensuite passé le fleuve Halis,
& s'étoient approchés d'une petite ville habitée par des Grecs
quiavoient été au-devant d'eux avec les Evangiles & les Croix,
ce qui n'avoit pas empêché que leur ville ne fût mise au pil-
lage. Ces Croisés avoient pris leur route vers Amasie. Kili-
dge Arslan & le fils de Danischemend,informés qu'ils commen-
çoient à manquer de vivres, diviserent leurs troupes en trois

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· te. Le fils de Danischmend n'étant pas le plus fort, prit la

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& pénetrerent jusqu'à Stancon, qu'ils ne purent prendre ; ils allerent ensuite à Héraclée, où ils eurent à combattre contre

la soif pendant trois jours, les Turcs ayant bouché les puits

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à Héraclée, où ils rencontrerent une riviere dont ils avoient

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Jusqu'alors le fils de Danischmend avoit agi de concert avec le Sulthan contre les Chrétiens, l'un & l'autre avoient

fait leurs efforts pour les arrêter dans leur passage & les empêcher de pénetrer en Syrie. Boëmond étoit retenu prisonnier à Malathie par le fils de Danischmend. L'Empereur Alexis Comnène offroit au Turc deux cens soixante mille

Bezans pour le racheter Kilidge Arslan en prétendit la moitié;

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core dans ces pays quelque autorité; mais ne pouvant rien

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tablir l'ordre dans ce pays qui avoit beaucoup souffert des guerres civiles. - Cette conquête porta l'ambitieux Sulthan à se révolter en- 4bcu#dha

tierement contre les Sulthans de Perse, qui étoient la principale branche des Seljoucides. Il abolit la seule marque de souveraineté qui leur restoit encore dans ce pays, c'est-à-dire, que dans le khothba ou la priere publique, il fit retrancher le nom du Sulthan Mohammed, pour y prononcer le sien à la place. Cette action le rendit odieux à tous les Princes de la Syrie.Après qu'il eut rétabli la tranquillité dans Moussoul, il alla chercher Dgiaouli en faveur duquel Redouan Roi d'Alep & plusieurs autres Emirs s'étoient déclarés. Il les rencontra sur le bord de la riviere de Khabour. On combattit courageusement de part & d'autre. Kilidge Arslan abandonné par les siens, se jetta dans cette riviere où il se défendit jusqu'à ce

(a) Le 25 de Redgeb de l'an 5oo

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