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hommes. Les Francs revinrent devant Antioche chargés de
dépouilles, & conduisant avec eux mille chevaux dont ils
avoient un grand besoin.
Les assiégés attendoient toujours le secours de Harem ;
les Francs leur firent perdre bientôt cette espérance en
leur lançant deux cens têtes de ces Turcs, & en en faisant

· planter trois cens autres sur des pieux au pied des murailles

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| rance de salut que dans la victoire. Les Turcs ne purent

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dans la ville & y porta l'horreur & la désolation. Les Turcs
erdirent deux mille hommes, & Antioche étoit prise sans
† nuit qui fit cesser le combats
Les Princes Croisés continuerent les travaux, & firent

élever une forteresse à la tête d'un pont auprès duquel il

avoit une mosquée & un cimetiere; les Turcs avoient assé la nuit à enterrer dans cet endroit leurs morts; & la populace de l'armée Chrétienne avoit été rouvrir ces tombeaux pour s'emparer de toutes les choses précieuses qu'on y mettoit. Le Comte de Toulôuse avec cinq cens hommes, eut la garde de cette forteresse; les Turcs n'avoient plus de sortie libre que par la porte d'Occident qui étoit entre la montagne & l'Oronte, par-là ils faisoient entrer leurs convois, on résolut d'y élever un fort; Tancrede se chargea de l'exécution & en vint à bout. La ville fermée de toutes parts commença à sentir la disette, pendant que les Chrétiens recevoient par mer des provisions en abondance. On apprit alors que le Sulthan de Perse envoyoit une armée formidable au secours d'Antioche. Cette nouvelle découragea les Francs ; Etienne Comte de Chartres profita d'une maladie qu'il avoit, pour se retirer dans la Cilicie, en attendant cet évenement; plus de quatre mille hommes des siens le suivirent. Les Princes Croisés qui alloient se trouver dans un plus grand besoin de secours, résolurent unanimement de défendre à qui que ce soit de sortir du camp sans permission. Dès le commencement du siége le Prince Boëmond avoit eu des liaisons avec un des Officiers de Baghi-sian, nommé Phirouz (a), originaire d'Arménie, qui offrit de lui remettre une tour où il commandoit. Boëmond on fit part aux Croisés, mais il exigea qu'on lui laisseroit Antioche. Tous les Croisés y consentoient à l'exception du Comte de Toulouse qui vouloit garder cette Place pour lui. Pendant cette contestation on apprit que Kerboga (b), Emir de Moussoul, & un des plus braves Capitaines de sa Nation, venoit par ordre du Sulthan de Perse, avec une armée de deux cens mille hom

(a) Guillaume de Tyr le nomme Fei- bagath. II portoit le titre de Couam edruS." - doulet, &, il avoit été remis en liberté (b) Guillaume de Tyr le nomme Car- après la mort de Totitousch.

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mes, au secours d'Antioche (a). Il étoit accompagné de Dékak Roi de Damas, de Thoghteghin, de Dgenah ed doulet Roi d'Hemesse, de Sokman, fils d'Ortoc, Roi de Maredin, d'Arslan schah Roi de Sandgiar, & de plusieurs autres Emirs Turcs. Il vint camper dans le territoire d'Edesse ou Roha,

, qui appartenoit alors aux Francs. Il fit le siége de cette place,

mais Baudouin l'obligea , après trois semaines, de décamper. Pour couvrir sa honte il prétexta la nécessité d'aller prom

tement délivrer Antioche, remettant la prise d'Edesse à son retour. Pendant ce tems-là les Princes Francs envoyoient de tous côtés des espions pour s'informer de la marche de cette puissante armée. Ils cachoient aux troupes qui étoient occupées au siége d'Antioche l'approche des ennemis. On proposa dans le Conseil de lever le siége pour aller à la rencontre de Kerboga ; d'autres vouloient qu'on laissât des troupes devant la ville : Boëmond profita § dans lequel étoient tous les Chefs de l'armée, pour fair valoir les liaisons qu'il avoit ménagées dans la ville, & la nécessité d'accepter les offres de Phirouz. Le seul Comte de

Toulouse ne voulut rien relâcher des droits qu'il prétendoit

avoir sur Antioche ; mais on passa outre , & Boëmond se
prépara à exécuter son projet la nuit suivante. Il fut arrêté
qu'à la neuvieme heure les Princes Croisés sortiroient à la
tête de leurs troupes, sous prétexte d'aller au-devant de
Kerboga , & que vers la premiere veille, ils rentreroient en
silence dans le camp.
Dans le tems que ce projet alloit être exécuté, les Turcs
qui étoient dans Antioche soupçonnerent qu'il se tramoit
quelque trahison, & en accuserent les Chrétiens; Baghi-fian
les interrogea tous, & Phirouz comme les autres; mais cet
Officier répondit avec tant de confiance, en proposant de
changer tous ceux qui avoient la garde des tours & des
murailles, qu'on le jugea innocent. On résolut de suivre
son conseil; mais on ne le fit pas assez promptement. On

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le mQment qu'il étoit à conférer avec ce Prince du haut

(a) L'an 491 de l'Hegire. .

des murailles, un des principaux Officiers de Baghi-sian passa avec un grand nombre de soldats & de flambeaux, pour examiner si les sentinelles n'étoient pas endormies. Il recommanda à Phirouz de veiller avec soin sur les mouvemens des Chrétiens. Aussi-tôt qu'il fut passé, Boëmond & les autres Princes se rapprocherent de la tour en silence avec leurs troupes. Après leur avoir donné le mot du guet, Phirouz lâcha une échelle de corde; mais aucun soldat n'osa s'y risquer; Boëmond indigné de leur lâcheté, monta avec une intrépidité sans exemple & parla à Phirouz, personne ne fut encore assez hardi pour le suivre, & il fut obligé de descendre pour les encourager & les faire revenir de l'étonnement dans lequel il les voyoit. Alors, tous coururent à l'échelle, monterent sur les remparts, égorgerent les sentinelles de dix autres tours & ouvrirent une porte. Les Francs entrerent en foule dans la ville, les assiégés se réveillerent & n'apperçurent partout que des Francs ; les Grecs , les Syriens & les Arméniens, qui pendant le siége avoient reçu mille avanies, se joignirent aux Croisés; on égorge de tous côtés les Turcs qui cherchent à se sauver. Plus de dix mille hommes sont passés au fil de l'épée. Baghi-sian prend la fuite & s'éloigne de cette ville qui étoit au pillage. Une playe qu'il avoit s'étoit ouverte , la force du mal & le désespoir d'abanner sa famille & tous les Musulmans, lui cause le transport au cerveau, il tombe de cheval, quelques cavaliers qui l'accompagnent veulent le faire remonter, mais la foiblesse ne lui permet plus de se tenir; les cavaliers le quittent pour se sauver eux-mêmes & le laissent à terre. Un Arménien occupé à couper du bois le rencontra comme il alloit rendre les derniers soupirs, lui coupa la tête & la porta aux Princes Francs. Le siége d'Antioche (a) avoit duré neuf mois. Les Francs y trouverent des richesses immenses. Les Historiens

Orientaux disent qu'il périt dans le sac de cette ville cent

mille hommes. -
Il restoit encore à prendre la citadelle dans laquelle trois
mille hommes s'étoient retirés avec Sansadonia (b) & Bul-

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| (a) Elle fut prise le 3 de Juin de l'an Dgioumadi elaoual. Jo98. Aboulfedha dit. dans le mois (b)"Peut-être Schamseddounia.

Guillaume de Iyr. Jacques de Vitry.

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dag, fils de Baghi-sian. Elle étoit située sur le sommet d'une montagne & bien munie de provisions. Les Francs l'assiégerent inutilement. L'approche de Kerboga & de tous les autres Princes I urcs les obligerent de songer à se défendre, & à rassembler à la hâte des vivres dont ils manquoient ; le pays étoit ruiné par le long séjour des armées.Le second jour de la prise d'Antioche, on commença à voir paroître les troupes de Kerboga. Trois cens cavaliers bien armés s'avancerent jusqu'aux portes de la ville, & le lendemain toute l'armée parut & investit la place. Les Princes Croisés partagerent entre eux les différentes portes ; mais ils ne purent empêcher que les Turcs ne fissent entrer des troupes dans la citadelle; dn commença les attaques qui ne furent point avantageuses aux Francs. Les Turcs pénétroient par la porte de la citadelle jusques dans la ville, & on fut obligé de tirer un large fossé que l'on fortifia de bastions. Les efforts des Turcs pour empêcher ces travaux, firent répandre beaucoup de sang de part & d'autre; quelques Chefs des Croisés abandonnerent la ville, & on fut contraint de leur faire prêter serment à tous, qu'ils resteroient jusqu'à la fin de la guerre. Les Francs enfermés de toutes parts, étoient réduits à manger ce qu'il y a de plus vil, les plus robustes n'étoient point en état de supporter la fatigue & la faim. La garde des murailles étoit tellement négligée, que peu s'en fallut que les Turcs ne surprirent une des tours. La famine augmentoit de plus en plus, & obligeoit la plûpart des soldats à déserter ou à s'exposer au milieu des ennemis pour aller chercher des vivres au bord de la mer, où il y avoit quelques vaisseaux Grecs & Latins. Mais les Turcs s'en étant apperçus, en arrêterent un grand nombre dans le passage, & envoyerent vers la mer deux mille cavaliers qui tuerent les matelots, & mirent le feu à la plûpart des vaisseaux. Ceux qui purent échapper prirent le large, publierent les malheurs des Francs, & porterent la désolation sur toutes les côtes. Aucun vaisseau n'osa apporter du secours dans Antioche.

Cette ville souffroit une famine horrible lorsque l'on ap

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