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DRE DE S.

Flandres & en Allemagne. Lorfqu'ils fortent par la ville, ils PROGRES font habillés comme les Ecclefiaftiques; ils portent feulement DE L'ORun petit fcapulaire, & dans la maison ils ont confervé quel- BENOIT. que refte d'habit Monacal, en mettant un camail par deffus le fcapulaire,& au Chocur une grande coule.

L

Il y a des Auteurs qui ont cru que faint Benoît n'avoit écrit la Regle que pour le Monaftere du Mont-Caffin; mais cette opinion fe détruit par le témoignage même de faint Benoît, qui dans le 55. Chapitre de cette Regle, ordonne que les vêtemens feront donnés aux Freres, felon la qualité des lieux où ils demeureront, & la temperature de l'air, & qu'il en faudra davantage aux païs froids qu'aux païs chauds; & quant à la qualité des étoffes, il ordonne aux Religieux de ne s'en point mettre en peine, mais de fe contenter de celles qui fe trouveront aux païs où ils demeure

ront.

Quelques-uns, comme Gallonius, Prêtre de l'Oratoire de Rome, dans fa défense des Annales de Baronius, & après lui Dom Pierre Menniti, de l'Ordre de faint Bafile,dans fon Calendrier des Saints de fon Ordre, ont auffi avancé que la Regle de faint Benoît n'avoit été publiée qu'après fa mort l'an 586. par Simplicius, troifiéme Abbé du Mont-Caffin Gallonius s'étant fondé fur un ancien Manufcrit de la Bibliotheque du Vatican, qui contient en partie la Regle de faint Benoît, à la tête de laquelle il y a une petite Preface, où on lit ces paroles: Simplicius Chrifti Minister Magiftri latens opus propagavit. Ce que Pierre Diacre du MontCaffin & Sigebert avoient auffi lu il y a plus de cinq cens. ans. Hæftenius avoit déja refuté Gallonius dans fes Difquifitions Monaftiques. Le Pere Mabillon le refute auffi dans fes Annales, & cite un ancien Manufcrit de 700. ans, qu'il a vu dans la Bibliotheque de M.de la Marre,Confeiller Pref. Toma au Parlement de Dijon, où au lieu de Latens, on lit Late: Benedict, ce qui change le fens, puifque dans l'un on lit que Simplicius a communiqué à tous l'Ouvrage de fon Maître qui étoit caché, & que dans l'autre on y lit qu'il a communiqué avec beaucoup d'étendue l'Ouvrage de fon Maître, c'est-à-dire, que la Regle de faint Benoît qui n'étoit connuë que dans les Monafteres qu'il avoir fondés, fut publiée prefque par toute la terre: & une preuve que faint Benoît l'avoit écrite pour

I. Annal

DE
DRE DE S.
BENOIT.

PROGRE's les Monafteres, & qu'il l'avoit fait connoître de fon vivant. L'OR- C'eft l'Autographe de la même Regle écrit de la main de ce Saint,qu'il donna à S. Maur quand il l'envoïa en France, & qui a été confervé dans l'Abbaïe de Marmoutier, jufques dans l'onziéme fiécle. Il eft vrai que Gallonius n'a rapporté ce manufcrit du Vatican, que pour prouver que faint Maur n'avoit point porté cette Regle en France,ni faint Placide en Sicile, & que plufieurs Ecrivains ont auffi douté de la miffion de faint Maur; mais après ce qu'en ont écrit fi fçavamment Dom Mabillon & Dom Thierry Ruinart, pour la prouver, on ne peut rien ajoûter, & il faut que les plus incredules cedent à la force de la verité.

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La premiere Miffion qui fe fit hors de l'Italie,fut celle de faint Placide, que faint Benoît envoïa en Sicile l'an 534. Tertulle pere de Placide, qui étoit riche, aïant donné à ce faint Patriarche des terres de grande valeur, il en prit poffeffion, & commença d'en joüir par Procureurs; mais aïant appris que des perfonnes puiffantes vouloient ufurper celles qui étoient dans la Sicile, il y envoïa faint Placide, avec Gordien & Donat, qui y bâtirent un Monaftere.

Saint Innocent Evêque du Mans, aïant envoïé à faint Benoît Flodegard fon Archidiacre, & Harderard fon Intendant, pour lui demander de fes Religieux, il choifit faint Maur, auquel il donna pour Compagnons Simplice, Conftantinien, Antoine & Faufte,pour aller faire dans le Maine l'établiffement que fouhaitoit le faint Evêque. Ils partirent du Mont-Caffin l'an 543. & arriverent la même année en France. Ce ne fut pas neanmoins dans le Maine que le premier Monaftere de cet Ordre fut fondé dans ce Roïaume:car S. Maur & fes Compagnons étant arrivés à Orleans, & aïant appris la mort de faint Innocent Evêque du Mans, & que celui qui s'étoit emparé de fon Siége, n'étoit pas difpofé à favorifer leur entreprise; ils allerent dans l'Anjou, où ils bâtirent le Monaftere de Glanfeüil qui a été une fource feconde, qui en a produit une infinité d'autres en ce Roïaume, qui font des plus celebres de cet Ordre ; & fi on vouloit croire les Chroniques d'Yepés, & le Menologe de Bucelin, faint Maur en auroit bâti jufqu'à cent foixante en France,qui en moins de quarante-deux ans auroient eu plufieurs millions de revenu ; & en auroit reformé un plus

été en

pas

PROGRE

DRE DE S
BENOIT

grand nombre. Mais comme ces Auteurs n'ont
cela plus exacts qu'en beaucoup d'autres chofes, on ne doit DE L'OR-
pas leur ajoûter plus de foi, que lorsqu'ils difent
que faint
Benoît envoïa de fes Religieux en Efpagne pour y multi-
plier fon Ordre. Yepés dit que le premier Monastere de
cet Ordre qui y fut fondé l'an 537. fut celui de faint Pierre
de Cardenas ; & Bucelin dit que dès l'an 533.faint Turibius,
qui fut dans la fuite Evêque de Palencia, y fut envoïé par
le faint Fondateur, avec plufieurs autres Moines. Il y fait
même aller auffi une autre Colonie l'an 539. Ces Auteurs à la
verité, n'ont parlé qu'après une Chronique fauffement
attribuée à Maxime de Sarragoffe, qu'Hæftenius a auffi
fuivie, qui au jugement des Sçavans eft pleine de fables
& de rêveries. Mais le P. Mabillon qui n'a cherché dans
fes Annales qu'à developper la verité, reconnoît que les
Benedictins n'entrerent dans ce Roïaume que plufieurs
années après. Et comme les Maures au commencement du
huitiéme fiécle y firent une irruption & ruinerent plufieurs
Monafteres, dont les Archives furent brûlées,le P. Mabillon
ne peut pas determiner en quelle année pofitivement la Regle
de faint Benoît fut connue dans ce Roïaume : il a recours,
comme bien d'autres, aux conjectures, & il croit que cette
Regle étoitobfervée dès l'an 633.dans quelques Monafteres, se
fondant fur le témoignage des Peres du IV. Concile de To-
lede,qui, comme nous avons déja dit,ordonnerent que ceux
qui auroient été offerts aux Monafteres par la devotion de
leurs parens,& qui y auroient reçu l'habit de Religion, ne le
pourroient plus quitter, mais demeureroient Religieux le
refte de leur vie: ce fçavant Benedictin croit que cela ne fe
peut entendre que de la Regle de faint Benoît,où il eft parlé
des enfans qui étoient offerts par leurs parens, qui promet-
toient avec ferment qu'ils ne leur donneroient jamais rien.
foit par eux ou par aucune autre perfonne interpofée, de peur
qu'ils n'euffent un moïen de fe perdre, c'est-à-dire, d'aller
contre leur vou, ou de retourner dans le fiécle: mais comme
la Regle de faint Bafile parle auffi des enfans qui font offerts
par leurs parens, le quatriéme Concile de Tolede pouvoit
auffi-bien parler des enfans qui étoient offerts dans l'Ordre
de faint Bafile, comme de ceux qui étoient offerts dans
l'Ordre de faint Benoît.

DE L'OR

BENOIT.

PROGRE'S Le tems que l'Ordre de faint Benoît paffa en Angleterre eft DRE DE S. plus connu. C'eft à cetOrdre que les Anglois font redevables de leur converfion. Le Chriftianifme y avoit à la verité été annoncé dès le deuxième fiécle,lorfque les Bretons en étoient les maîtres; mais il y avoit été prefque éteint depuis que les Anglois & les Saxons peuples Idolâtres en avoient chaffé les Bretons, & à peine y en reftoit-il quelque trace. Saint Gregoire y envoïa l'an 596. faint Auguftin, Prieur du Monastere de faint André de Rome, avec plufieurs autres Moines, qui en peu de tems retirerent des tenebres de l'Idolâtrie les peuples de ce païs, qui étoit divifé en plufieurs Roïaumes. Šaint Auguftin prêcha d'abord dans celui de Kent,& fut le premier Archevêque de Cantorberi. Non feulement les Benedictins fonderent plufieurs Monafteres dans le Roïaume d'Angleterre, mais l'Eglife de Cantorberi & toutes les Cathedrales qui furent erigées dans la fuite, tinrent encore lieu de Monafteres à ces Religieux qui deffervoient ces Eglifes ; ce qui a duré pendant plufieurs fiécles, & même jufques fous le Regne d'Henri VIII. qui commença le malheureux Schifme qui abolit la Religion Catholique dans ce Roïaume: quelques Eglifes Cathedrales, entr'autres celle de Cantorberi, étoient pour lors deffervies par des Benedict ins, & non pas par

des Chanoines.

ont

Ce n'eft pas feulement l'Angleterre que les Benedictins éclairée de la lumiere de la foy;la Frile eut auffi le même avantage par le moïen de faint Willibrod ou Wilbrod qui y prêcha l'Evangile l'an 690. Il y bâtit le Monaftere d'Eter nac, celui de Sturem,& un autre proche Treves. Saint Boniface Archevêque de Mayence étoit auffi Benedictin. C'est lui que l'Allemagne reconnoît pour fon Apôtre : il y fonda l'an 773. les Monafteres d'Omenbourg & d'Ordof, & l'an 774. le celebre Monaftere de Fulde, dont nous parlerons dans la fuite. Enfin il n'y eut point de Provinces où la Regle de faint Benoît ne fût connue dans la fuite,& les Monafteres de cet Ordre étoient en fi grand nombre l'an 1336. que le Pape Benoît XII.voulant reformer l'Ordre de faint Benoît, lui prefcrivit des Reglemens par fa Bulle appellée Beneditine, où il le divife en 37. Provinces, marquant même des Roïaumes entiers pour des Provinces, comme les Roïaumes d'Ecoffe,de Bohême, de Dannemark,de Suede,&c.ce qui fait comprendre

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