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,

a

MOUTIER,

soùmis , lorsque l'an 868. l'on porta chez eux le Corps de Concat

Congrefaint Maur, que l'on avoit retiré de Glanfeüil, pour le fau- CAINNE DE

GATIONSDE ver de la

rage des Normans : ce qui lui a fait donner dans de Marla suite le nom de ce Saint. Mais fous le Pontificat d'Urbain II. les Moines du Mont-Cassin aïant encore reclamé Glanfeüil, il leur fut restitué, & ils l'ont possedé pendant près de deux siécles. A la verité si Glanfeüil n'a pas été Chef d'une Congregation, étant le premier Monastere de l'Ordre de saint Benoîc en France , il doit être regardé comme une source feconde qui en a produit une infinité d'autres , par rapport à la Regle de saint Benoît qu'il leur a communiquée, dont saint Maur avoit reçu l'Autographe, écrit de la main de ce saint Fondateur, en partant du Mont-Cassin,avec un poids, & un vase pour mieux observer ce qu'elle prescrit de la quantité du pain & du vin dans le repas.

Le Monastere de Marmoutier, qui fut l'un de ceux qui reçurent cette Regle, doitêtre regardé comme le Chef de la plus ancienne Congregation de l'Ordre de saint Benoît en

France, aïant eu plus de deux cens Prieurés de sa dépen-
dance. Cette celebre Abbaïe eut pour Fondateur le Grand
saint Martin Archevêque de Tours. Il exerça d'abord la
profession Religieuse à Milan, d'où aïant été chassé
Ariens , il palla dans l'isle d’Albengue, qui est proche la
côte de Gennes , où il mena pendant quelque tems une vie
solitaire. Il quitta ensuite cette retraite , sur l'avis qu'il eur
que Saint Hilaire qui avoit été bapni par les Hereriques,
recournoit en fon Diocéfe, & l'aïant fuivi en France, il
bâcit le Monastere de Ligugé proche Poitiers , où après.
avoir demeuré environ quinze ans, il en fur tiré pour rem-
plir le Siege de Tours. Etant devenu Evêque, il ne cessa
pas pour cela de vivre en Religieux , & pour pratiquer
toûjours exactement les exercices Monastiques , il fonda un
Monastere proche la ville Episcopale, dont la Communauté
fut en peu de tems de quatre-vingt Religieux, qui menoient
avec lui une vie austere & penitente. Personne n'avoit rien
en propre , tout étoit en commun, il n'étoit pas permis de
rien vendre , ni de rien acheter , quoique ce fût la coûtume
des Moines de ce tems-là. L'unique art que l'on y exerçoit
étoit de transcrire des Livres ; encore n'y avoit-t-il que les
jeunes qui y fusent emploïés ; & ies anciens ne s'occu.

нійј

par les

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GATIONSDE
FRANCE ET

MOUTIER,

CONGRE- poient que de la priere. Il étoit rare que l'on sortît de la

cellule , à moins que ce ne fût pour se rendre au lieu de la De Mar priere. Ils ne faisoient qu'un repas par jour ; l'usage du vin

n'étoit permis qu'aux malades , quoique le lieu ou le Monastere étoit fitué fut un grand vig: oble. La plûpart n'étrient habillés

que d'étoffes de poil de chameau ; & c'étoit un crime parmi eux d'avoir un habit qui ressentîc un peu la mollesse, quoiqu'il y eût dans cette Communauté un grand nombre de personnes de qualité. Telle étoit la Discipline qui s'observoit dans ce Monastere,qui fuc appellé Marmoutier , après la mort de saint Martin, comme qui diroit , le grand Monastere , pour le distinguer des autres que ce Saint avoit fait bâtir, principalement lorsque l'on en eut élevé un sur son tombeau, qui à porté son nom depuis , & qui est presentement un Chapitre de Chanoines Seculiers.

Lorsque ce Monastere de Marmoutier eut dans la suite reçu la Regle de saint Benoît, plusieurs Seigneurs l'enrichi. rent par les

donations qu'ils y firent , tant à cause de la grande devotion que l'on portoit en France à saint Martin son Fondateur, qu’à causc de faint Benoît, pour lequel on n'avoit pas moins de veneration, & dont la Regle étoit pratiquée avec beaucoup d'exactitude dans ce Monastere. Les Rois de France le prirent même sous leur protection. Mais peu

de tems après les Normans en interrompirent la Regularité : car y étant venus l'an 853. ils passerent au fil de l'épée cent seize Religieux , n'y en aïant eu que vingt-quatre qui sauverent leur vie, en se cachant dans des cavernes Leur Abbé Heberne s'étoit aussi retiré dans un lieu secret ; mais ces Barbares l'y aïant découvert, & s'étant saisis de lui , ils lui firent souffrir de cruels tourmens , pour l'obliger à declarer l'endroit où étoit le Tréfor de l'Eglise , & les grottes où s'étoient refugiés les Religieux ; mais ce fut inutilement, il ne voulut rien avouer. Les ennemis s'étant retirés,les Chanoines de saint Martin & les Bourgeois de Tours alletent confoler ces Religieux, qu'ils reconduisirent avec leur Abbé dans leur Eglile, & ausquels ils procurerent toutes fortes de secours. Six mois après ; comme on eut avis que les Normans retournoient vers la ville de Tours , & qu'ils avoient deflein de l'assieger , douze Chanoines de l'Eglise de faint Martin, pour soultraire son corps à la fureur de ces

MOUTIER,

ans.

63 Barbares , prirent ces saintes Reliques,& étant accompagnés CONGREde l’Abbé Heberne, & des vingt-quatre Religieux de Mar- FRANCE IT moutier, ils les transporterent à Cormeri, à Orleans,à faint DE MARBenoît du Coire, & enfin à Auxerre , où elles ont été

pendant trente & un ans;& comme si ce Saint eût voulu

procurer de l'honneur à ceux qui avoient eu soin de ses saintes Reliques, tous les Religieux de Marmoutier furent élevés à l’Episcopat, ou furent élus Abbés dans des Monasteres de Bourgogne, & l'Abbé Heberne qui ne quitta point le Corps de saint Martin , eut la joïe vers l'an 887. de le reporter à Tours, où après la mort de l'Archevêque Adalaud , il fut mis à la place, & gouverna le Diocése pendant vingt-sept

Marmoutier fut comme desert & abandonné pendant touc ce tems-là,& pendant presque tout le dixiéme siècle,il n'y eut que quelques Chanoines Reguliers qui y firent l'Office Divin , & des Laïques en furent Abbés. Hugues de France, dit le Grand , fils du Roi Robert III. posseda cette Abbaïe, aussi-bien que son fils Hugues Capet ; Mais aïant été donnée à faint Mayeul qui étoit aussi Abbé de Cluni , il la rendit aux Moines Benedictins, ce qui paroît être arrivé sur la fin du Regne du Roi Lothaire. On y mit d'abord treize Religieux d'une très sainte vie,ausquels on donna pour

Abbé Guilibert ou Wilibert. Mais quoique saint Mayeul eût été le Restaurateur de cette Abbàïe, elle ne fut pas pour cela soầmise à Cluni , non plus que beaucoup d'autres qui furent réfor

les Religieuix de cette Congrégation ; car le Pape Gregoire V.aïant confirmé à la priere de l'Empereur Othon 111. les Monasteres qui dépendoient de Cluni , il n'est point fait mention de Marmoutier dans les Lettres qui en furent expediées.

L'exacte discipline que l'on observoit dans ce Monastere lui attira l'estime de plusieurs personnes qui y firent des donations considerables : le nombre des Religieux augmenta , ils retirerent plusieurs Monasteres des mains des feculiers qui s'en étoient emparés : & sous le gouvernement de l'Abbé Albert, qui fut élu l'an 1034. il étoit devenu très illustre par le grand nombre de Monasteres qui lui étoient soùmis, & il le fut encore bien davantage dans la suite, puisque faint Odilon Abbé de Cluni étant mort à Souvigni dans le

mées par

MOUTIER.

CONGRE. Bourbonnois ; les Religieux de ce Monastere écrivirent &
DE FRANCE Albert Abbé de Marmoutier pour lui en donner avis,& lui
IT DEMAR: donnerent le titre d'Abbé des Abbés.

L'estime que l'on avoit pour les Religieux de Marmou-
tier s'augmenta de telle sorte , que vers l'an 1064. il n'y
avoit aucune Province qui ne voulût en avoir : c'est pour-
quoi quelque part que l'on allât, l'on trouvoit des Monafte.
res de la dependance de cette Abbaie : & même il y en euc
jusqu'en Angleterre. Entre les exercices de pieté de ces Re-
ligieux on louë sur tout celle qu'ils faisoienc paroître à l'é-
gard de leurs freres qui étoient à l'agonie. Le Pere Ma-
Dillon dans ses Annales parle avec éloge des jeûnes,des prie-
res , des macerations , & des penitences qu'ils pratiquoient
pour leur procurer une bonne mort : & parlant à ce sujet de
la mort d'un bon frere de ce Monastere , il fait remarques
qu'il reçur deux jours de suite le faint Viatique , & com-
munia sous les deux especes , apparemment suivant l'usage
qui fubsistoit pour

lors dans cette Abbaïe.
Deux Archevêques de Tours, nommés Rodolphe , in-
quietterent ces Religieux sur leurs Privileges : mais ils fu-
rent deboutés de leurs prétentions dans plusieurs Conciles
Provinciaux, où les Religieux furent maintenus dans leurs
Privileges : & comme ces Religieux étoient toûjours mo-
leftés sur le même fujet , le Pape Urbain FI. dans le Con-
cile de Clermont , après avoir fait la lecture du privileges
qui les soûmettoit immediatement au saint Siége , ordonna
qu'il feroit observé, & confirma le decret du Pape Gregoire
VII. qui défendoit à tous Evêques d'indiquer aucuns
Itation publique dans l'Eglise de Marmoutier , afin que les
Religieux ne fussent point interrompus dans leurs exercices ,
ni d'exiger aucune obéissance,ou soumission des Abbés , ni
de fulminer aucune excommunication contre le Monastere
ou ces Religieux , quelque part qu'ils demeurassent : ce qui
étoit seulement reservé au souverain Pontife, sous la prote-
etion duquel ils étoient.

Chopin dit que les Rois de France se qualifient Abbés de
ee Monaitere , & que quand ils y font leur entrée , ils ju-
rent sur les saints Evangiles, comme les autres Abbés-,
qu'ils en conserveront les privileges & les franchises. Les
Comtes d'Anjou se qualifioient Moines de ce Monastere: &

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un

S. COLOM

BAN.

un Archevêque de Tours aïant voulu excommunier GO- ORDRE DE
defroi, Duc de Normandie, & Comte d'Anjou , ce Prince
lui répondit qu'il ne craignoit point son Excommunication,
àcause qu'il étoit Chanoine de saint Martin & Moine de
Marmoutier. Des deux cens Prieurés, qui comme nous l'a-
vons dit cy-dessus,étoient de la dépendance de ce celebre Mo-
nastere,il y en avoit 26. dans le seul Diocese de Chartres. Le
Monastere deMarmoutier fut un de ceux qui composerent la
Congregation des Exempts , dont nous parlerons dans la
suite : mais la reforme y aïant été introduite par les Reli-
gieux Benedictins de la Congregation de saint Maur il
fui uni l'an 1637. à cette Congregation qui a fait rebâtir ce
Monastere avec beaucoup de magnificence.

Voiez Joann. Mabill. Annal. Bened. Tom. I. II. III. IV.
Yepés , Chronique generale de l'Ordre de saint BenoitzTome F.
Bulteau, Histoire de l'ordre de saint Benoit, Tome I.

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De l'Ordre de saint Colomban uni à celui de saint Benoît.
C

E ne sera point interrompre le cours de l'Histoire de

l'Ordre de saint Benoît, que de parler de celui de faint Colomban, puisque presentement ces deux Ordres font unis ensemble. Yepés, Bucelin & plusieurs autres Ecrivains n'attribuent point d'Institut particulier à faint Colomban. Ils prétendent même qu'avant que de sortir d'Irlande il embrassa la Regle de saint Benoît, & que s'il prescrivit à ses Disciples des Loix Monastiques , ce ne fut que pour servir de modification ou de supplement à cetre Regle. D'autres tiennent pour certain que l'Institut de saint Colomban à été different de celui de faint Benoît. Ces deux opinions ont fait naître une autre dispute, les uns soântenant que ces deux Regles furent reünies & gardées ensemble à Luxeuil & dans d'autres Monasteres avant le huitiéme siécle , & les autres contestant cette union & disant qu'elle ne fut intro duite dans les Abbaïes de l'Observance de saint Colomban que lorsqu'elles eurent besoin de reforme.

Il est certain que ceux qui ont pretendu que faint Colomban,avant que de sortir d'Irlande, avoit embrassé la Reş

Tome V.

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