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fallu que

Demeurons - là ,

poursuivit Asmo. dée. Quand nous aurons vu passer tous les Captifs, j'acheverai l'Histoire de celui-ci. Je vous raconterai de quelle forte, après que la Justice se fut emparée de tous ses biens, à l'occasion de ce fu. neste événement, il eut le malheur d'è. tre fait esclave en voyagant sur mer.

Pendant que vous me faisiez le recit que vous avez fait, dit Don Cleofas, j'ai remarqué parmi ces infortunez, un jeune homme qui avoit l'air si triste, li languiffant, qu'il s'en est peu je ne vous aye interrompu, pour vous en demander la cause. Vous n'y perdrez rien, répondit le Dénion. Ję puis vous aprendre ce que vous souhaitez de sçavoir. Ce Captif, dont l'abattement vous a frapé, est un enfant de famille de Valladolid. Il étoit en esclavage depuis deux ans chez un Patron qui a une femme très jolie. Elle aimoit violem. ment cet Esclave, qui payoit son amour du plus vif attachement. Le Patron s'en étant douté s'est hâté de vendre le Chrétien de peur qu'il ne travaillât chez lui å la propagation des Turcs. Le tendre Castillan, depuis ce temslà, pleure sans cesse la perte de sa Patrone. La liberté ne peut l'en confoler.

Un

Un Vieillard de bonne mine attire ines regards, dit Léandro Pérez. Qui est cet homme-là ? Le Diable répondit: C'est un Barbier natif de Guipuscoa qui va s'en retourner en Biscaye après quarante ans de captivité. Lorsqu'il tomba au pouvoir d'un Corsaire

en allant de Valence à l'Isle de Sardaigne, il avoit une femme

deux garçons & une fille ; il ne lui reste plus de tout cela, qu'un fils, qui, plus heureux que, lui , a été au Pérou, d'où il est revenu avec des biens immenfes dans son pays, où il a fait l'acquisition de deux belles Terres. Quelle satisfaction, reprit l’Ecolier, quel ravissement pour ce fils, de revoir fon pere, & d'étre en état de rendre ses derniers jours agréables & tranquiles!

Vous parlez, répartit le Boiteux, en enfant plein de tendresse & de sentiment. Le fils du Barbier Biscayen est d'un naturel plus coriace. L'arrivée imprévuë de son pere lui causera plus de chagrin, que de joye. Au lieu de le retenir dans sa maison à Guipuscoa, & de ne rien épargner pour lui marquer qu'il est ravi de le posséder, il pourra bien le faire Concierge d'une de ses Terres. Derrière ce Captif qui vous paroît de

si bonne mine, il y en a un autre qui ressemble comme deux goutes d'eau à un vieux Singe. C'est un petit Médecin Arragonnois. Il n'a pas été quinze jours à Alger. Dès que les Turcs ont fçû de quelle profession il étoit ils n'ont pas voulu le garder parmi. eux. Ils ont mieux aimé le remettre fans rançon aux Peres de la Merci, qui ne l'auroient assurément pas racheté & qui ne l'ont ramené qu'à regret en Espagne.

Vous qui êtes si compàtiffant aux peines d'autrui, ah! que vous plaindriez cet autre Esclave, qui a sur sa tête chauve une calotte de drap brun fi vous sçaviez tous ler maux qu'il a soufferts à Alger pendant douze ans, chez un Renégat Anglois, son Patron. Et qui est ce pauvre Captif, dit Zambulo? C'est un Cordelier de Navarre, répondit le Démon. Je vous avouë que je suis bien-aise qu'il ait pâti comme un misérable, puisqu'il a, par ses discours de morale, empêché plus de cent Esclaves Chrétiens de prendre le Turban.

Je vous dirai avec la même franchise, repliqua Don Cleofas que je suis fa ché que ce bon Pere ait été si long-tems à la merci d'un Barbare.

Vous avez tort de vous en affiger , & moi de m'en

réjouir,

réjouir ,, répartit Asmodée. Ce Religieux a si bien mis à profit les douze années de souffrances, qu'il est plus avantageux pour lui d'avoir passé tout ce tems-là dans les tourmens, que dans sa cellule, à combattre des tentations qu'il n'auroit pas toujours vaincuës.

Le premier Captif après ce Cordelier, dit Léandro Pérez, a l'air bien tranquille pour un homme qui revient de l'esclavage. Il excite ma curiosité à vous demander ce que c'est que ce personnage. Vous me prévenez , répondit le Boiteux, j'allois vous le faire remarquer. Vous voyez en lui un Bourgeois de Salamanque, vehpere infortuné, un mortel devenu inse,ble aux malheurs à force d'en avoir éprouvé. Je suis tenté de vous aprendre sa pitoyable Histoire & de laifer-là le reste des Captifs, auffi-bien, après celui-ci, il y en a peu dont les Avantures méritent de vous être racontées.

L'Ecolier, qui déja commençoit à s'ennuyer de voir passer tant de cristes figures, témoigna qu'il ne demandoit pas mieux. Aufli-tôt le Diable lui fit le recit contenu dans le Chapitre suivant.

CHA

CHAPITRE IX.

De la derniére Histoire qu’Asmodée racon

ta ; comment en la finisant, il fut toutcoup interrompu ; de quelle maniére desagréable pour ce Démon, Don Cléo

fas, e lui furent séparez. PAblos Ablos de Bahabon, fils d'un Al

cade de Village de la Castille vieille, après avoir partagé avec un frere & une fæur la modique succession que leur pere, quoique des plus avares, leur avoit laissée, partit pour Salamanque, dans le dessein d'aller grossir le nombre des Ecoliers de l'Université. Il étoit bien fait, il avoit de l'esprit , & il entroit alors dans sa vingt-troisiéme année.

Avec un millier de Ducats qu'il pos. sédoit, & une disposition prochaiiie à les manger, il ne tarda guéres à faire parler de lui dans la Ville. Tous les jeunes gens recherchérent à l'envi fon amitié. C'étoit à qui feroit des parties de plaisir ,. que Don Pablos faisoit tous les jours. Je dis Don Pablos,

parce qu'il avoit pris le Don pour être en Tome II.

Í

droit

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