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le bonheur de gagner la porte, & de fe fauver.

Alors Xaral voyant que fon ennemi lui échappoit, après avoir impunément deshonoré fa maison; tourna fa fureur contre la malheureuse Hypolite, & lui plongea fon épée dans le cœur; & fes deux parens très-mortifiés du mauvais fuccès de leur complot, fe retirerent chez eux avec leurs bleffures.

Demeurons-en là, poursuivit Afmodée, quand nous aurons vû paffer tous les Captifs, j'acheverai l'hiftoire de celui-ci. Je vous raconterai de quelle forte, après que la Juftice fe fut emparée de tous fes biens, à l'occafion de ce funefte évenement, il eut le malheur d'être fait efclave en voyageant fur mer..

V

Pendant que vous me faifiez le récit que vous avez fait, dit Don

Cléofas, j'ai remarqué parmi ces infortunés, un jeune homme qui avoit l'air fi trifte, fi languiffant, qu'il s'en eft peu fallu que je ne

vous aye interrompu, pour vous en demander la caufe. Vous n'y perdrez rien, répondit le Démon. Je puis vous apprendre ce que vous fouhaitez de fçavoir. Ce captif, dont l'abattement vous a frappé, eft un enfant de famille de Valladolid. Il étoit en esclavage depuis deux ans chez un Patron qui a une femme très-jolie. Elle aimoit violemment cet efclave, qui payoit fon amour du plus vif attachement. Le Patron s'en étant douté, s'it hâté de vendre le Chrétien, de peur qu'il ne travaillât chez lui à la propagation des Turcs. Le tendre Caftillan depuis ce temps - là pleure fans ceffe la perte de fa Patróne. La liberté

Liberté ne peut l'en confoler.

Un vieillard de bonne mine attire mes regards, dit Léandro Perez. Qui eft cet homme-là ? Le Diable répondit: C'est un Barbier, natif de Guipufcoa, qui va s'en retourner en Biscaye après quarante ans de captivité. Lorfqu'il tomba au pouvoir d'un Corfaire en allant de Valence à l'Ile de Sardaigne, il avoit une femme, deux garçons & une fille. Il ne lui refte plus de tout cela qu'un fils, qui plus heureux que lui, a été au Pérou, d'où il eft revenu avec des biens immenfes dans fon pays, où il a fait l'acquifition de deux belles Terres. Quelle fatisfaction, reprit l'Ecolier! Quel raviffement pour ce fils de revoir fon pere, & d'être en état de rendre fes derniers jours agréables & tranquilles. Tom. II. Sec. Part.

Bb

Vous parlez, repartit le Boiteux, en enfant plein de tendreffe & de fentiment. Le fils du Barbier Biscayen eft d'un naturel plus coriace. L'arrivée imprévûe de fon pere lui caufera plus de chagrin que de joye. Au lieu de le retenir dans fa maifon à Guipufcoa, & de ne rien épargner pour lui marquer qu'il eft ravi de le pofféder, il pourra bien le faire Concierge d'une de fes Terres.

Derriere ce Captif qui vous paroît de fi bonne mine, il y en a un autre qui ressemble comme deux goutes d'eau à un vieux finge. C'est un petit Médecin Aragonois. Il n'a pas été quinze jours à Alger. Dès que les Turcs ont fçû de quelle profeffion il étoit, ils n'ont pas voulu le garder parmi eux. Ils ont mieux aimé le remettre fans

rançon aux Peres de

la Merci, qui ne l'auroient affûrément pas racheté, & qui ne l'ont ramené qu'à regret en Efpagne.

Vous qui êtes fi compatiffant aux peines d'autrui, ah ! que vous plaindriez cet autre efclave qui a fur fa tête chauve une calotte de drap brun, fi vous fçaviez tous les maux qu'il a foufferts à Alger pendant douze ans, chez un Renégat Anglois fon Patron. Et qui eft ce pauvre Captif, dit Zambullo? C'est un Cordelier de Navarre, répondit le Démon. Je vous avoue que je fuis bien-aise qu'il ait pâti comme un miférable, puifqu'il a, par fes difcours de morale, empêché plus de cent Efclaves Chrétiens de prendre le Turban.

Je vous dirai, avec la même franchife, repliqua Don Cléofas,

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