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de ne rendre pas injure pour injure ; & une partie de la science que nous devons avoir apprise dans notre monastere , consiste à sçavoir nous servir de telle sorte de la charité, que nous changions en bien tout le mal qu'on voudroit nous faire , afin que toutes choses cooperent à notre salut.

Puisqu'on n'accomplit la loi de Dieu qu'en portant mutuellement les fardeaux les uns des autres, nous ne devons pas

refuser de porter quelques accusations que

l'on fait de nous ; & quoiqu'elles ne soient

pas

exactes, ou qu'elles soient fausses, il ne nous est pas moins utile de les fouffrir , & nous n'y sommes pas moins obligez. Comme ce sont des croix que Jesus Christ nous envoye par sa providence, bien loin de les rejetter , il faut, à l'exemple de faint Paul, nous en servir pour y crucifier notre amour propre, pour y faire mourir ce qui reste encore en nous du corps du peché.

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Si nous n'avions point oublié

poufquoi nous sommes religieux, nous ne murmurerions jamais des accusations qu'on peut faire contre nous, & encore moins de la rigucur & de l'injuftice de nos superieurs; nous n'aurions jamais la pensée que leurs paroles font rudes, & que nous ne les pouvons supporter ; mais nous les goûterons avec plaisir, comme des paroles, où les vrais obéissans trouvent la vie éternelle.

qu'on

Si nous n'avons point d'autre dessein que de nous humilier, de nous mortifier, de mourir à nous-mêmes, nous n'aurons garde de nous plaindre, quand la bonté de Dieu nous fera rencontrer les moyens naturels, de pratiquer les actions ausquelles notre profesfion nous engage.

Les avares qui aiment l'argent avec passion, n'ont point plus de joie que quand on leur en donne beaucoup; ils le reçoivent de toutes leurs mains, sans fe mettre en peine si on a dû le leur donner , ou si on leur en donne trop. Un ambitieux n'a garde de se plaindre. quand on lui fait un honneur qu'il ne merite pas, ou qu'on l'éleve dans quelque dignité, dont il est indigne. Il en est ainsi des autres passions : l'ail & l'oreille ne se contentent jamais, ni de voir, ni d'entendre ; & l'extrême aviTome II.

X

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dité de ceux qui cherchent à contenter leurs fens, fait qu'ils ne disent jamais , c'est assez. Toute la joie, l'ambition, la gloire d'un religieux doit erre de souffrir, toute sa science consiste à savoir Jesus-Christ crucifié; il ne doit avoir de pensée, ni d'inclination que pour la penitence, & il ne faut pas qu'il y mette d'autres bornes que celles que Jesus-Christ y a mises, en obéissant à fon Pere jusqu'à la mort de la croix. Voilà les sentimens que nous devons avoir , quand il nous arrive quelque chose d'humiliant & de pénible, ensuite des rapports que Dieu permet que l'on fasse de nous.

IV.

Les personnes du monde qui aiment leur honneur , tâchent de s'acquitter exactement de tous les devoirs où leur profession les engage, quelque pénibles & dangereux qu'ils puissent être. Un soldat qui a quelque generosité, ne fe plaint point de ce que son capitaine le mene à l'aflaut, & de ce qu'il l'expofe à tous les dangers de la guerre: un matelot s'eftime heureux quand il trouve un vaisseau où il

peut

s'em

barquer, sans se mettre en peine des tempêtes qui arrivent fi souvent sur la mer; & un laboureur desire ardemment le temps de la moisson, qui est le temps de son plus grand travail

. Comment donc des personnes qui font profession de la vie religieuse , c'est-à-dire, d'une vie humble & mortifiée ; comment ceux qui prétendent être les disciples de Jesus-Christ, c'està-dire , d'un Dieu qui s'est chargé volontairement de tous nos crimes, & qui en a voulu porter la peine dans un corps

fait à la ressemblance du peché osent-ils se plaindre comme d'un grand mal de ce qu'on les accuse de quelques fautes?N’ont-ils point de confusion de vouloir passer pour des personnes innocentes, quand ils voyent le faint des faints ne paroître sur la terre que comme un miferable criminel ?

Ils craignent où il n'y a nul sujet de crainte, quand ils apprehendent li fort

que leurs superieurs ne fe préviennent contr'eux , & ne les jugent plus coupables qu'ils ne font. Ils ne considerent pas combien cet état leur feroit avantageux; puisque c'est celui de Jesus-Christ. Il a trouvé tous les hommes prévenus contre lui; & sur cette prévention ils lui ont fait souffrir les peines qui nous étoient dûes. Quel avantage, de pouvoir à l'exemple du Fils de Dieu , fouffrir l'humiliation que nous n'avons pas merité ! Quelle joie devons-nous avoir, quand il se presente des occasions où nous pouvons nous laisser traiter comme des criminels, & mourir sur la croix

pour des pechez que Dieu permet qu'on nous impute.

V,

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Si nous avions foin de vivre de la foy, nous verrions que nous ne pouvons nous fauver que dans la voie où Dieu lui-même nous a conduits ; que c'est par fa providence que nous sommes engagez à vivre avec des personnes qui jugent à propos de nous accus ser ; & que quoiqu'ils le fassent peutêtre trop legerement ou avec quelque malignité, il n'est pas moins vrai qu'il est de notre devoir de les supporter avec patience.

Si nous avons un superieur qui se prévienne facilement contre nous, qui nous condamne fur les moindres apparences, qui nous traite avec plus de rigueur que nous n'en attendions de

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