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pain des

d'être nourri de la manne du ciel, du

anges & de Dieu même. On amasse cette manne en fouffrant volontiers les peines, & on se rend indigne du pain de Dieu en ne les souffrant qu'avec impatience.

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Nous serions infiniment heureux
fi

nous pouvions rencontrer l'échelle
misterieuse
par

defcen-
la facile deo homo

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coup dans

où les anges des, d'par

où les

hommes montent au ciel, pour devenir semblables aux anges. Que si nous nous élevions jufqu'à la montagne de Sion par le mépris de toutes les choses fensibles, nous nous trouverions tout d'un un lieu de paix, d'où les vents, les tempêtes & les nuages de la terre n'approchent point, & où le soleil de justice est toûjours dans son midi. C'est-là où nous aurions l'avantage de nous voir environnez de la verité, comme d'un bouclier, & qu'elle nous mettroit à couvert des fleches du mensonge & de l'erreur qui nous ont fait de fi dangereuses blessures.

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XV.

&c,

Il est vrai que quelque miserable que soit ici-bas notre séjour , la verité n'en est pas entierement bannie. Le monde sensible qui nous environne fait entendre & comprendre à tous ceux qui l'écoutent & le considerent, qu'il est l'ouvrage de Dieu. Les anciens philosophes ont connu cette verité; & il a plû à Dieu de la leur dé- Rom. . couvrir; mais parce qu'ils l'ont tenue captive dans l'injustice d'un mauvais usage, en attribuant leur connoissance & la lumiere de leur propre esprit à leur propre fageffe , Dieu les a livrez aux desirs de leur cæur, par un jugement terrible & d'autant plus formidable aux pecheurs qu'ils le craignent moins.

XVI.

C'est ce qui arrive encore tous les jours à une infinité de chrétiens, qui étant inftruits de la loi de Dieu lieu de la faire regner sur leurs mouvemens & sur leurs pensées, d'y assujettir leur esprit & leur raison, & de la prendre pour la regle de leur con

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M

duite , aiment mieux leurs tenebres
que

sa lumiere , & lui préferent les
sentimens de leur cæur. Ils opposent
à ses faintes loix la coûtume & l'habi-
tude qu'ils ont contractée en ne reli£
tant point à leurs desirs. Ils fuivent en
tout leurs passions & celles des por
sonnes qu'ils craignent, on dont ils
esperent quelque chose. L'avarice
l'ambition, l'amour du plaisir & tous
les autres vices font leurs regles auffi
bien que leurs maîtres, & ils difpofent
souverainement de toute leur vie. Ils
fe disent chrétiens avec des dispofi,
tions li éloignées de l'Evangile & fi
mauvaises,mais ils démentent leur foy
par leurs œuvres,

& fe rendent plus criminels que les anciens idolâtres, fe : Luc 12. lon cette parole de l'Evangile : Que

de ferviteur qui fait la volonté de son maître, & n'a point de soin de l'act complir, merite des châtimens beaucoup plus rigoureux, que celui qui

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&

47.

ne la fait pas.

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Afin que nous évitions un li pernicieux état , il faut que nous preferions la verité à toutes choses; que nous lui

facrifions tous nos sentimens; que nous la rendions la maîtresse & la directrice de notre raison ; que nous lui assujettissions aos interêts & notre orgueil ; & qu'ouvrant les yeux à fa lumiere qui nous fait voir ce que nous sommes, nous renoncions à la fauffe opinion que nous avons de nous-mêmes.

XVIII.

Aussitôt qu'elle aura tiré le rideau & le voile dont notre amour propre couvre nos miseres & nos défauts, nous reconnoîtrons avec étonnement que nous nous trompons beaucoup, fi nous pensons être quelque chose; puisqu'en effet, nous ne sommes rien, mais un rien de tenebres & de peché.

XIX.

Recevons donc avec docilité cette instruction de la verité divine , & tirons-en des confequences utiles à notre falut. N'ayons que du mépris pour nous ; agréons que tout le monde nous méprise ; & n'étant que des vers de terre , fouffrons que les hommes nous écrafent sous leurs pieds.

XX.

Pendant

que notre

notre conscience nous reproche que nous sommes pecheurs : la verité nous apprend quelle haine & quelle horreur nous devons avoir de nous-mêmes. Elle nous oblige d’exercer envers nous la rigueur que meritent des esclaves révoltez contre leur maître , aussi-bien que de nous traiter comme des criminels , Tujets aux plus rigoureux supplices, & indignes de toute sorte de graces. Elle nous enga. ge à nous condamner de bonne foi, à vouloir bien que tout le monde nous condamne, & à croire que les injustices apparentes que l'on nous fait , n'ont

de juste par rapport à nos pechez, & à la justice de Dieu.

rien que

la

XXI.

La derniere place étant la seule qui convienne à des pecheurs, il faut que cette vûe nous mette aux pieds de nos freres, & qu'elle nous les fasse regarder comme nos juges & nos maîtres : nous devons même reconnoître que la justice de Dieu leur donne droit de

disposer

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