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Car il n'y a chose si semblable à une autre chose, il n'y a rien de si égal que

nous le sommes nous autres hoinmes entre nous tous ; & 4s si la dépravation des Coutumes & la diversité des opinions ne se jouoient pas de l'imbé. cillité de nos esprits, & ne tournoient pas en habitudes les premiers plis qu'elles nous ont fait prendre, il n'y auroit point d'homme qui se ressemblât si fort à soi-même, que tout le monde s'entreressembleroit. C'est pourquoi quelque définition

que

l'on donne de l'homme, elle peut s'appliquer à tous, ce qui prouve assez clairement qu'il n'y a entre eux aucune différence essentielle , puisque s'il y en avoit quelqu'une, la même définition ne pourroit pas servir à tous.

En effet, la raison qui seule nous donne tant d'avantage sur les bêtes, au moyen de laquelle nous opinons , nous prouvons, nous refutons, nous discourons, nous formons des raisonnemens, nous en tirons les conséquences ; cette raison est commune à tous les hommes, & s'il y a entre eux quelque différence pour la science, du moins n'y en a-xil pas

dans les moyens

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Nam & sensibus eadem omnia comprehenduntur : & ea, quæ movent sensus, itidem movent omnium, quæque in animis im. primuntur, de quibus antè dixi,

inchoaræ intelligentiæ, similiter . in omnibus imprimuntur: inter

presque est mentis oratio, verbis discrepans, sententiis congruens. Nec est quisquam gen. tis ullius , qui ducem naturam nactus , ad virtutem pervenire: non possit.

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Nec folùm in rectis, fed etiam, in pravis actibus, insignis est humani generis fimilitudo:nam & voluptate capiuntur omnes; quæ etsi 'est illecebra turpitudinis , tamen haber quiddam naturalis, boni : lenitate enim & luavitate delectans, fic ab errore mentis,

de l'aquérir. Nous appercevons tous par

les sens les mêmes choses, & ce qui frappe les sens d'un seul frappe les sens de tous les autres ; les premiéres espéces imparfaites dont j'ai parlé qui s'impriment dans les esprits, lont semblablement marquées dans ceux de tous les hommes; & dans tous les hom. mes la parole est le truchement de l'ame, truchement qui, quoiqu'il exprime différenıment leurs pensées, est pourtant toujours le même ; en un mot, il n'y a point d'homme, de quel. que nation qu'il soit, qui, quand il aurala nature pour guide, ne puisse parvenir à la vertu.

Et cette ressemblance qu'ont les hommes entre eux, ne se remarque pas seulement aux choses où ils suivent la droite raison, 46 elle est sensible dans, les choses mêmes où ils s'en détournent le plus. Tous se laissent gagner å la volupté qui, quoiqu'elle ne soit en effet qu'un appas de la turpitude, cependant à certains traits se feroit prendre

pour le vrai bien ; car c'est sous cette apparence flateuse & pleine de douceur qu'elle s'insinue dans l'esprit: comme quelque chose de vraiment:

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tanquam salutare aliquid, af: ciscitur. Similique inscitiâ mors fugicur, quasi diffolutio naturæ: vita expetitur, quia nos in quo nati sumus, continet : dolor in maximis malis ducitur, cùm sua asperirate , tum quod naturæ interitus videtur fequi. Propterque honestatis & gloriæ fimilitudinem, beati, qui honorati

, funt , videntur, miseri autem, qui inglorii. Molestiæ, lætitiæ, cupiditates, timores,' similiter omnium mentes pervagantur : nec, si opiniones aliæ funt apud alios ; id circò, qui canem & felem , ut Deos, colunt, non eâdem superstitione, quâ cæteræ gentes conflictantur. Quæ autem natio non comitatem, non benignitarem, non gratum ani: mum,

& beneficii memorem dis ligit ? quæ superbos , quæ maleficos, quæ crudeles, quæ in- . gratos pon aspernatur , nom

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bon. En conséquence de la même erreur nous fuyons la mort, parceque nous y croyons voir la dissolution de no tre nature; nous souhaitons la vie , parcequ'elle nous retient dans l'état auquel nous sommes venus par notre naissance, & nous mettons la douleur au rang des plus.grands maux ; tant à cause du sentiment fâcheux qui l'accompagne, qu’à cause de l'appréhension que nous avons que

la mort n'en soit une suite. C'est pareillement à cause des rapports qui sont entre l'honnêre & l'honneur , que l'on regarde ceux qui sont honorez comme des gens heureux, & au contraire ceux qui ne le sont pas. Enfin nos esprits sont tous semblablement susceptibles des inquiétudes, des joyes, des desirs, & des craintes ; & si les opinions ne sont pas les mêmes chez les uns que chez les autres, il ne s'ensuit pas de là

que

les peuples, par exemple, qui se font des Dieux d'un chien ou d'un chat, soient travaillez d'un autre genre de superftition que les autres nations. Mais en quel Pays ne chérit-on pas la douceur;. la bonté, la sensibilité aux bienfaits, & la reconnoiffance ? ou n'a-t-on pas.

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