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Cathédrale, où l'on n'a rien épargné pour la beauté
de l'Edifice, & pour l'établissement du Clergé. Le Canaries.
Gouvernement eft formé fur celui de Portugal,
où l'appel des causes fe porte en derniere inftance.
Le circuit de l'Ifle eft d'environ trente lieues. Sa
terre eft haute. Les beaux arbres qu'elle produit
en abondance, croiffent fur des montagnes, au
travers defquelles on a trouvé l'art de conduire
l'eau par diverfes machines. Elle a une feconde
Ville nommée Machico, dont la rade eft auffi fort
avantageufe aux vaiffeaux. On compte dans l'Ifle
de Madere fix Inganios ou Manufactures, où l'on
fait d'excellent fucre (a). Elle produit une abon-
dance extrême de toutes fortes de fruits; poires,
pommes, prunes, dattes, pêches, melons, patates,
oranges, limons, grenades, citrons, figues, &
des légumes de toute efpèce. L'arbre qui donne
le fang de dragon, y croît auffi. Mais rien ne lui
fait tant d'honneur que fes excellens vins, qui se
tranfportent dans tous les autres pays du monde.

Du côté du nord, à douze lieues de diftance,
on trouve une autre Ifle, nommée Port-Saint,
ou Puerto Santo, dont les habitans vivent de leur

(a) On ne tire plus de fucre de Madere depuis qu'il eft devenu l'un des principaux objets de culture dans les Colonies d'Amérique. A Madere, comme aux Canaries, on préfère la culture des vignobles.

Canaries.

propre économie. L'Ifle de Madere produifant peu de bled, ils se font livrés à l'agriculture, qui les rend indépendans du fecours de leurs voifins. A fix lieues de Madere, du côté de l'Est, on trouve quelques Ifles, nommées les Déferts, qui dans une fort petite étendue, ne produisent que de l'orchel & des chèvres.

Entre Ténérife & Madere, la Nature a placé, presqu'à la même distance de ces deux Isles, celle qu'on nomme les Sauvages, ou les Selvages. Elle n'a pas plus d'une lieue de tour, & l'on n'y a jamais vu d'arbre ni de fruit. Cependant les chèvres y trouvent de quoi fe nourrir entre les rochers & les pierres.

Suivant Cada Mofto, le Prince Don Henry envoya la premiere colonie à Madere, vers l'année 1431, fous la conduite de Triftan Teflora & de Jean Gonzalès Zarco, qu'il en nomma Gouverneurs. Ils firent entr'eux le partage de l'lfle. Le canton de Macham échut au premier, & celui de Funchal à l'autre. Les nouveaux habitans penferent auffitôt à nettoyer la terre. Mais ayant employé le feu pour détruire les forêts, il leur devint fi impoffible de l'arrêter, que plufieurs perfonnes, entre lef quelles Gonzalès étoit lui-même, ne purent échapper aux flammes qu'en fe retirant dans la mer, ou pendant deux jours ils demeurerent dans l'eau jufqu'au cou, fans aucune nourriture, Madere était

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alors habitée dans fes quatre parties; Machico, Santa-Crux, Funchal & Caméra de Lobos. C'étaient Canaries. du moins les principales habitations; car il y en avait de moins confidérables, & la totalité des habitans montait à huit cens hommes, en y comprenant une Compagnie de cent chevaux. Il n'eft pas furprenant que depuis tant d'années ils fe foient multipliés jufqu'à fe trouver en état, fuivant le récit d'Atkins, de mettre aujourd'hui dix-huit mille hommes fous les armes.

Les campagnes de l'lfle font fort montagneufes, mais elles n'en font pas moins fécondes & moins délicieuses. La Ville eft rafraîchie par fept ou huit rivieres, & par quantité de petits ruiffeaux qui defcendent des montagnes. On ne faurait voir fans admiration la fertilité des lieux les plus hauts. Ils font auffi cultivés que les plaines d'Angleterre, & le bled n'y croît pas moins facilement. Mais la multitude des nuées qui s'y forment eft pernicieuse au raisin.

Le Capitaine Uring était à Funchal en 1717. Il raconte qu'elle eft défendue par deux grands Forts, & que fur un roc, à quelque distance du rivage, elle en a un troifieme qui eft capable d'une bonne défenfe par fa fituation. Derriere la Ville, continue-t-il, le terrein s'élève par degrès jufqu'aux montagnes, & s'étend en forme de cercle dans l'efpace de plufieurs milles.

Cette campagne eft remplie de jardins, de vi Canaries. gnobles, & de maisons agréables; ce qui rend la perfpective charmante. Il tombe des montagnes une abondance de belles eaux, qui font conduites aflez loin par des aqueducs, & qui fervent aux Habitans pour arrofer, & pour embellir leurs jardins.

Funchal, dit Atkins, qui y était en 1720; eft la réfidence du Gouverneur & de l'Evêque, & forme une Ville grande & bien peuplée. Elle a fix Paroiffes, phifieurs Chapelles, trois Monafteres d'hommes & trois de l'autre fexe. Les Religieufes font moins refferrées à Funchal qu'à Lifbonne. Elles ont la liberté de recevoir les étrangers, & d'acheter d'eux toutes fortes de bagatellés. Le Collège des Jéfuites eft un fort bel édifice. A l'égard des Habitans, c'eft un mêlange de Portugais, de Nègres & de Mulâtres, que le commerce rend égaux, & qui ne font pas difficulté de s'allier par des mariages.

On convient généralement que l'air de Madere eft excellent. Ovington affure qu'il eft fort tempéré, & que le Ciel y eft prefque toujours clair & ferein. Il obferve, à cette occafion, que les climats, qui font, comme Madere, entre le 30. & le 40. degré de latitude, étant exempts des excès de froid & de chaud, font non-feulement les plus délicieux, mais encore les plus favo

rables à la fanté,

y

Moquer parle de Madere comme du plus charmant féjour de l'Univers. L'air, dit-il, Canaries eft d'une douceur admirable ; & l'on ne doit pas être furpris que les Anciens y aient placé les Champs Elifées. Ainfi, Moquet femble entrer dans l'opinion de ceux qui comptent Madere entre les Canaries.

Suivant la defcription d'Atkins, l'Ifle eft un amas de montagnes, entre-mêlées de vallées fertiles. Les parties hautes font couvertes de bois, qui fervent de retraite aux chèvres fauvages. Le milieu contient des jardins, & le bas des vignobles. Les chemins y font fort mauvais; ce qui oblige d'y tranfporter le vin dans des barils fur le .dos des ânes.

La defcription que Cada-Mofto nous a donnée de Madere, semble préférable à toutes celles, qui font venues après lui. Il obferve que le terrein, quoique montagneux, eft d'une rare fertilité qu'il produifait autrefois jusqu'à trente, mille ftares (a) vénitiens de bled,& qu'il rendait foixante-&-dix pour un; mais que faute d'habileté dans la culture, il ne rend plus que, trente, ou quarante ; qu'il eft rempli de fources excellentes, outre fept ou huit rivieres; que ce fut

(a) Le ftare eft une mesure de grains qui-pèfo trois livres.

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