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commerce fe fait par des échanges. Atkins obferve que les provisions qu'on reçoit le plus vo- Ganaries. lontiers à Madere font la farine, le bœuf, le pilchard & le hareng, le fromage, le beurre, le fel & l'huile. Ce qu'on recherche après ces alimens, ce font des chapeaux, des perruques, des chemises, des bas, toutes fortes de groffes étoffes, & de draps fins, fur-tout les noirs, qui font de la couleur favorite des Portugais. On demande auffi des meubles & des uftenfiles, comme de la vaisselle d'étain, des écritoires, du papier, des livres de compte, &c. Les Habitans donnent du vin en échange; le vin commun fur le pied de trente Milreys la pipe; la Malvoifie fur le pied de foixante. Chaque milrey monte à douze fchellings & demi, dont fix & demi, fe paient en marchandifes de la même valeur & fix en billets. Mais lorsqu'il est question d'un envoi confidérable, ils accordent une plus forte remise. Comme ils transportent enfuite ces marchandifes au Bréfil, elles font quelquefois d'une grande cherté à Madere.

Dans le temps de la vendange, les pauvres n'ont guères d'autre nourriture que le pain & le raisin. Sans cette fobriété, il leur ferait difficile d'éviter la fièvre dans une faifon fi chaude; & les plaifirs des fens auxquels ils s'abandonnent

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fans réserve, joints à l'excès de la chaleur, ruineCanaries. raient bientôt les plus vigoureux tempéramens. Auffi les Portugais même les plus riches s'impofent des régies de fobriété dont ils ne s'écartent prefque jamais. Ils ne preffent point leurs convives de boire. Les domeftiques qui fervent dans un repas ont toujours la bouteille à la main, mais ils attendent fi exactement l'ordre des maîtres pour leur offrir du vin, qu'un fimple figne ne ferait pas entendu. Cette affectation de tempérance eft portée fi loin, qu'un Portugais n'oferait uriner dans les rues, parce qu'il s'expoferait au reproche d'ivrognerie.

Les Habitans de Madere ont beaucoup de gravité dans leur parure & portent communément le noir, par déférence, comme Ovington fe l'imagine, pour le Clergé de l'lfle, qui s'y est mis en poffeffion d'une extrême autorité. Mais ils ne peuvent être un moment fans l'épée & le poignard. Les valets mêmes ne quittent point ces ornemens inféparables l'un de l'autre. On les voit fervir à table, l'affiete à la main, l'épée au côté, jufques dans les plus grandes chaleurs ; & leurs épées font d'une longueur extraordinaire.

Les maisons n'ont rien néanmoins qui fente le fafte. L'édifice & les meubles font de la même

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fimplicité. On voit peu de bâtimens qui aient

plus d'un étage. Les fenêtres font fans vitres & Canaries.
demeurent ouvertes pendant tout le jour. Le soir
elles fe ferment avec des volets de bois. Le pays
ne produit aucun animal venimeux. Mais il s'y
trouve un nombre infini de lézards qui nuifent
beaucoup aux fruits & aux raifins. Les ferpens
& les crapaux, qui multiplient prodigieufe-
ment aux Indes, s'accommodent peu de l'air de
Madere.

L'Ife a cependant perdu de fa fertilité depuis l'origine de fes plantations. A force de fatiguer laterre on a tellement diminué fa fécondité, qu'on eft obligé dans plufieurs endroits de la laiffer reposer pendant trois ou quatre ans ; & lorfqu'elle ne produit rien après ce terme, elle eft regardée comme abfolument ftérile. Cependant on n'attribue pas moins cette altération à la mollefle des Habitans qu'à l'épuifement du terrein, L'incontinence, régne à Madere dans toutes les conditions. Ovington rejette une partie de ce défordre fur l'ufage établi de fe marier fans fe connaître & fouvent fans s'être vus. Une Dame de Madere qui fe propofait de donner fa fille à un jeune homme de la ville, ayant appris qu'il avait toujours joui d'une fanté parfaite, fans s'être amulé avec les femmes de

mauvaise vie, & fans jamais avoir gagné de maCanaries, ladie honteufe, conclut que tant de fagefle ne pouvait venir que d'une conftitution faible, & ne le crut pas propre à devenir fon gendre.

Le meurtre eft dans une forte d'eftime à Madere. Il y eft devenu comme une marque de diftinction; & pour jouir d'une certaine renommée, il faut avoit trempé fes mains dans le fang. La fource de ce déteftable usage est la protection que l'Eglife accorde aux meurtriers. Ils trouvent un afyle inviolable dans les moindres Chapelles qui font en grand nombre. Funchal en eft rempli, & les campagnes même en ont plusieurs. C'est aflez qu'un Criminel puiffe toucher le coin de l'Autel, pour braver toutes les rigueurs de la Juftice. Le plus rude châtiment qu'il ait à craindre et le bannissement ou la prison, dont il peut même fe racheter par des préfens. Ainfi, quand la Nature a placé l'homme dans un féjour où elle a tout fait pour fon bonheur, il déshonore & corrompt ces beaux préfens par la fuperftition, fource du crime & de la barbarie.

Le Clergé eft fi nombreux, qu'il parait furprenant que tant de riches Eccléfiaftiques puif

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fent être entretenus dans ce degré d'opulence par le travail d'un fi petit nombre d'Habitans. Pour diminuer l'étonnement, les Portugais répondent qu'on n'admet perfonne au Sacerdoce, s'il ne jouit déjà de quelque bien qui l'empêche d'être à charge à l'Eglife.

Les Eglifes font les lieux où l'on ensévelit les morts. On orne avec beaucoup de foin le cadavre; mais on l'enterre fans cercueil, & l'on ne manque pas de mêler de la chaux avec la terre, pour le confumer promptement, de forte qu'en moins de quinze jours fa place peut être remplie par un autre corps; précaution qui semble diminuer le danger de cette abfurde coutume de changer les Temples en cimetieres. Comme l'Eglife Romaine a décidé fur le fort des Hérétiques, elle ne traite pas leurs cadavres avec beaucoup de ménagement. Les Anglais, qui meurent à Madere, font moins confidérés que les carcaffes mêmes des bêtes; car on leur refufe toute forte de fépulture, & leur partage eft d'être précipités dans la mer. Ovington rapporte un exemple de cet ufage, qu'il traite de barbarie, dans un Marchand Anglais qui mourut fous les yeux. Tous les Marchands de la même Nation voulant l'enterrer avec décence, & le fauver du moins de la rigueur du Clergé, prirent le parti de le Tome I. Q

Canaries.

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