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cette abondance d'eau qui fit naître au Prince Canaries. Henry de Portugal la penfée d'y envoyer des cannés de Sicile; que cette tranfplantation dans un climat plus chaud, leur donna tant de fécondité, qu'elles furpaflerent toutes les efpérances; que le vin y était fort bon de fon temps, quoiqu'alors extrêmement près de fon origine, & l'abondance fi grande, que les tranfports étaient déjà confidérables. Entre les vignes qui furent portées à Madere, le Prince Henry fit choisir à Candie quelques ceps de Malvoifie, qui réuffirent parfaitement, & qui font aujourd'hui de la Malvoifie de Madere un des meilleurs vins du monde.

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En général, le terroir de Madere eft fi favorable aux vignobles, qu'on y voit plus de grappes que de feuilles, & qu'elles y font d'une grofleur extraordinaire. On y trouve auffi, dans fa perfection, le raifin noir, qui fe nomme Pergola. Cada-Molto ajoute que les Habitans commençaient alors la vendange à Pâque.

"L'Ile ne produit rien avec tant d'abondance que du vin. On en diftingue trois ou quatre efpèces, qui viennent des ceps de Candie : celui qui a la couleur du champagne a peu de répu tation. Le pâle eft beaucoup plus fort. La troifieme efpèce qu'on nomme Malvoifié, est véri tablement délicieufe. Le quatrieme eft le tin:o

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qui n'est
pas moins coloré que la Malvoifie, mais
qui lui eft fort inférieur par le goût. On le mêle
avec d'autres vins, autant pour les conferver
que pour leur donner de la couleur. Cada-Molto
remarque qu'en le faifant cuver, on y jete une
forte de pâte, compofée de la pierre de je
qu'on pile avec beaucoup de foin, & dont on
met neuf ou dix livres dans chaque pipe. Le vin
de Madere a cette proprieté, qu'il fe perfectionne,
ou que s'il a souffert quelque altération il fe
répare à la chaleur du foleil. Mais il faut pour
cette opération, que la bonde foit ouverte, &
qu'il puifle recevoir l'air.

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Le produit d'un vignoble fe partage, dit-on, avec égalité entre le propriétaire & ceux qui cueillent & preffent le raifin. Cependant on voit la plupart des marchands s'enrichir, tandis que les vignerons & les vendangeurs languiffent dans lá pauvreté. Les Jéfuites étant en poffeffion du meilleur vignoble de Malvoifie, en titaient un profit confidérable.

On compte qu'année commune, l'Ile de Madere donne vingt mille pipes de vin. Il s'en confomme huit mille entre les Habitans, & le refte fe tranfporte aux Indes occidentales & dans d'autres pays, mais particulierement à la Barbade, où les Anglais le préfèrent à tous les vins de l'Europe.

Canaries.

Atkins prétend, comme Ovington que les Canaries, cendres des bois brûlés, aux premiers temps de la découverte, donnerent beaucoup de fécondité aux cannes de fucre, mais qu'un ver, qui commença bientôt à s'y introduire, ayant ruiné les plantations, elles furent changées en vignobles qui dédommagerent les Habitans par l'excellence de leurs vins. La vendange fe fait aujour d'hui dans le cours des mois de Septembre & d'Octobre, & le produit annuel monte à vingt-cinq mille pipes. Suivant le même Auteur, Madere n'a proprement que deux fortes de vins; l'un brunâtre ; l'autre rouge, qu'on nomme tinto, & qui, fuivant l'opinion commune, tire ce nom de ce qu'en effet il eft teint; quoique les Habitans s'obftinent à le défa

vouer.

Madere produit une finguliere abondance de pêches, d'abricots, de prunes, de cerifes, de figues & de noix. Les Négocians Anglais, à qui l'on a permis de réfider dans cette Ifle, y ont tranfporté d'Angleterre des grofeilles, des framboifes, des noifettes, & d'autres, fruits, qui ont mieux réuffi dans un climat chaud, que la plupart des fruits de Madere ne réuffiffent fous un Ciel auffi froid que le nôtre. La banane eft eftimée des Habitans avec une forte de vénération, comme le plus délicieux de tous les fruits;

jufques-là qu'ils fe perfuadent que c'est le fruit défendu, source de tous les maux du genrehumain. Pour confirmer cette opinion, ils alléguent la grandeur de fes feuilles, qui ont affez de largeur pour avoir fervi à couvrir la nudité de nos premiers peres. C'eft une espèce de crime à Madere de couper une banane avec un couteau, parce qu'on voit enfuite dans la fubftance du fruit quelque reffemblance avec l'image de Jéfus Chrift.

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Entre les arbres, Cada - Mofto vante beaucoup le cèdre & le nasso de Madere. Le premier eft fort haut fort › gros, & fort droit. Son odeur est très agréable. On en fait de belles planches, qui fervent particulierement pour les lambris. Le naffo eft couleur de rofe. Outre les planches, on en fait des bois de fufil, & des arcs d'un excellent reffort. On envoie les arcs aux Indes occidentales, & les planches en Portugal.

Atkins découvrit dans les jardins de Madere une curiofité qui lui parut fort extraordinaire. C'est la fleur immortelle qui, étant cueillie; dure plufieurs années fans fe faner. Elle croît comme la fauge, & la fleur reffemble à celle de la camomille. L'Auteur en prit plufieurs, qui fe trouverent auffi blanches & auffi fraî

Canaries,

ches à la fin de l'année, qu'au moment qu'il le Canaries. avait cueillies.

Cada-Mofto rapporte que de fon temps l'Isle était abondante en toute fortes de beftiaux & que les montagnes renfermaient beaucoup de fangliers. On y voyait des faifans blancs. Mais excepté les cailles, il n'y avait point d'animaux qui priffent la fuite devant l'homme. On fent qu'il doit en être autrement aujourd'hui. Quelques Habitans raconterent à l'Auteur que, dans l'origine de l'établiffement, on y trouva un nombre incroyable de pigeons qui fe laiffaient prendre avec un lacet qu'on leur jetait au cou, & qui ne fe défiant d'aucune trahison, regardaient ftupidement l'oiseleur. Il ajoute que ce récit lui parut d'autant plus vraisemblable, qu'on voyait encore la même chofe dans quelques Ifles nouvellement décou

vertes.

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Les principales provifions de l'Ifle font le chevreau, le porc, le veau, qui eft communément affez maigre, les légumes, les oranges, les noix, les yams, les bananes, &c. Comme il n'y a point de marchés fixes, la campagne envoie dans les Villes ce qu'elle juge nécessaire à la confommation. Uring fe plaint que communément les alimens y font fort chers. Le

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