Imágenes de páginas
PDF
EPUB

transporter entre les rochers, dans l'efpérance Canaries. qu'il y ferait à couvert des recherches eccléfiastiques. Mais ils furent trahis dans leur marche. Les Portugais fe rendirent en foule au lieu de la fépulture,exhumerent le corps, & l'exposerent aux infultes publiques; après quoi, ils le jeterent dans l'Océan. On en ufe de même aux Indes orientales, dans tous les pays de la domination Portugaife. Il n'y a pas de lieu qui paraisse affez vil pour y enterrer un Hérétique; on appréhende que les vapeurs de fon cadavre n'infectent toute l'étendue d'un canton Catholique. Cependant la haine des Prêtres fe laiffe quelquefois adoucir par une fomme d'ar gent. L'Auteur rapporte l'exemple d'un enfant qui avait été fecrétement enterré. Le Clergé Portugais exigea que l'enfant fût exhumé pour recevoir le baptême des Catholiques ; &, après cette cérémonie, il confentit qu'on lui rendit la fépulture.

Les Chanoines de l'Eglife Cathédrale jouiffent du plus heureux fort du monde, fi le bonheur confifte à ne connaître ni la pauvreté ni le travail. Leur Régle les oblige, à la vérité, de fe rendre à l'Eglife dès quatre heures du matin. Mais comme cette heure ne favorife point affez le goût qu'ils ont pour le repos, Ovington a remarqué

qu'ils ont foin tous les jours de faire retarder l'horloge, afin qu'elle faffe entendre quatre Canaries heures, lorsqu'il en eft réellement cinq; &, par cet artifice, ils ménagent tout-à-la-fois leur fommeil & leur réputation,

CHAPITRE III.

Voyages aux Iles du Cap-Verd.

AVANT D'ENTRER dans aucun détail fur Roberts. le continent d'Afrique, nous jeterons un regard fur les Ifles du Cap-Verd que l'on rencontre entre le Tropique & la Ligne, dans la route des Indes par la grande mer. Le Capitaine Anglais Roberts fera notre guide. Nous nous arrêterons d'abord fur fes aventures, parce qu'elles peignent les mœurs de la piraterie, mœurs affez extraordinaires pour mériter d'être connues. Enfuite nous pafferons à la defcription de ces Ifles, en fuivant toujours le récit de ce même Roberts qui, dans le fejour qu'il y fit, eut le temps de les obferver en Voyageur & en Commerçant.

Roberts partit pour la Virginie, en 1721, fur le vaiffeau du Capitaine Scot. Arrivé à la Virginie, il devait prendre le commandement d'un navire nommé le Dauphin, appartenant à des Marchands de Londres, & chargé d'une cargaifon pour la côte de Guinée. On ne trouve d'abord rien de remarquable dans fon trajet que

[ocr errors]

la rencontre d'une baleine morte que dévorait
un nombre prodigieux d'oifeaux, quoique la Roberts.
terre la plus proche fût à plus de trois cens
lieues. Scot mouilla aux Iles du Cap-Verd qu'il
parcourut l'une après l'autre, & dans lesquelles
il féjourna près d'un an. Enfuite, comme il devait
mettre à la voile pour la Barbarie, Roberts
acheta une felouque, nommée la Marguerite,
d'environ 60 tonneaux, pour commercer en fon
propre nom. 11 la chargea de marchandises qu'à
fon retour il croyait vendre avec avantage aux
Ifles du Cap-Verd. C'eft dans le voisinage de
ces Ifles que l'attendait fon malheur.

Vers le foir, il découvrit trois bâtimens ; &
le premier, qu'il obferva foigneufement avec fa
lunette, lui parut gros & chargé. Il ne douta
point que les autres ne fuflent de même, &
qu'ils n'arrivalent enfemble. Cependant comme
le calme continuait, & qu'ils ne faisaient aucun
figne, il paffa la nuit à l'ancre. Mais le vent
s'étant levé avec le foleil; il apperçut bien-
tôt, fur le vaiffeau qu'il avait obfervé, un grand
nombre d'hommes en chemifes, & une longue
bordée de canons, qui lui rendirent cette ren-
contre fort fufpecte. Il était trop tard pour fe dé-
rober par
la fuite. Déjà le vaiffeau était fort
proche. Cependant lorfqu'il fut à la portée du
canon ce vaiffeau arbora le pavillon d'Angle-

[ocr errors]

terre, ce qui rendit l'efpérance aux Anglais. Roberts. Roberts fe hâta de faire paraître auffi le fien. Il remarqua que le vaiffeau portait environ 70 hommes & 14 pièces d'artillerie. Le Capitaine fe faifant voir fur l'avant, demanda à qui appartenait la felouque, & d'où elle venait. Roberts répondit qu'elle était de Londres & qu'elle venait de la Barbarie. Fort bien, lui dit-on, c'est ce qu'on n'ignorait pas. Là-deffus on lui ordonna brufquement d'envoyer fa chaloupe.

Roberts ne fit pas difficulté d'obéir. Le Capitaine du vaisseau était un Portugais, nommé Jean Lopez, comme on l'apprit enfuite; mais qui fachant fort bien la langue Anglaife, avait jugé à propos de fe faire paffer pour un Anglais, né vers le Nord de l'Angleterre, fous le nom de John Ruffel. Il demanda aux deux matelots que Roberts lui avoit envoyés, où était le Patron de la felouque. Ils lui montrerent Roberts, qui était à fe promener fur fon tillac. Auffi-tôt la fureur paraissant dans ses yeux, il l'accabla d'injures. Roberts était en mules & en chemife, auffi peu capable de défenfe, par fa fituation que par la petiteffe & le mauvais état de fon bâtiment. Il comprit dans quelles mains il était tombé, & qu'en déclarant fon mépris par le filence, il s'expofait à fe faire tuer d'un coup de balle. Sa réponse fut une marque honnête d'étonnement fur la manicre dont

[ocr errors]
« AnteriorContinuar »