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pas vrai

s'il n'était

que

sa felouque était en fort Roberts. mauvais état. Hélas! répondit-il, elle fait eau de

tous les côtés. Elle fait eau ? reprit Russel. Qu'en feriez-vous donc, fi elle vous était rendue ? D'ailleurs vous êtes sans matelots; car à présent tous les vôtres font à nous; & continuafit de lui représenter ses besoins, il s'efforça long-temps de lui faire fentir fa misere. Ensuite , venez; venez, lui dit Lo, nous examinerons votre affaire en recominençant à boire. On

à boire. On apporta du punch en abondance, & chacun se mit à parler de ses expé. ditions passées, à Terre-Neuve, aux Illes de l'Amérique, aux Canaries. L'heure du dîner étant arrivée, Lo les invita tous. On leur fervit des viandes qu'ils s'arracherent de la main l'un de l'autre, comme une troupe de chiens affamés. C'était ,

disaient ils, un de leurs plus grands plaisirs, & rien ne leut paraissait li martial

Le jour suivant, un des trois matelots qui avaient parlé la veille à Roberts, vint lui faire des excuses de leur peu d'empressement, qu'il rejeta sur un des articles de leur fociété, par lequel il était défendu, sous peine de mort, d'entretenir des correspondances secretes avec un captif. Il lui apprit qu'il n'avait pas beaucoup à se lover de fon pilote; qu'il le croyoit disposé à prendre parti avec les Pirates, & que le reste de les gens ne lui était pas plus fidèle ; de sorte que G on lui rendait la felouque, il ne lui resterait que son valet & un petit garçon pour la conduire ; qu'il aurait sou- Roberts. haité, lui & ses compagnons , de pouvoir lui offrir leurs services ; mais qu'ils étaient liés par un autre article, portant que si quelqu'un de la troupe proposait quelque chose qui tendît à la séparation, ou qui marquât quelqu'envie de se retirer , il serait poignardé, sur-le-champ, sans autre formalité. Il ajouta que jusqu'au moment où le pilote de Roberts avait déclaré que son maître connaissait parfaitement les côtes du Brésil, Russel avait témoi gné de l'inclination à le servir , & qu'il avait parlé de le dédommager de la perte de son bled & de son riz, en lui formant une petite cargaison de toiles, d'étoffes, de chapeaux, de souliers, de bas, de galons d'or & de quantité d'autres marchavdises, que les Pirates gardaient dans la seule vue de les donner à ceux qu'ils prenaient, lorsqu'ils les avaient déjà connus , & qu'ils se sentaient pour eux de l'amitié ; mais que Ruflel ayant changé de dispofition, ce serait peut-être envain que

Lo

prendrait les intérêts de Roberts

> parce que Rullel ayant été deux fois Général, avait conservé beaucoup d'ascendant sur toute la troupe, & que d'ailleurs il avait toujours traité les prisonniers avec moins de ménagement que Lo.

Aussi-tôt que cet homme eut quitté Roberts, Lo parut, lui parla de plusieurs sujets différens.

Roberts fut obligé de soutenir gaiement une conRoberts. versation fort fatiguante; car les lirates prennent

un air d'autorité fi absolue, qu'au moindre mécontentement ils outragent leurs prisonniers de coups ou de paroles, & le plus vil de la troupe s'en fait quelque fois un amusement. Russel arriva dans le même temps, & s'adressant à Roberts avec un visage riant, il lui dit, que plus il genfait à la proposition de lui rendre la felouque, moins il y trouvait d'avantage pour lui-même; qu'il l'avait pris pour un homme sensé ; mais que dans les instances qu'il faisait pour obtenir la chaloupe, il ne voyait que de l'obstination & du désespoir ; que pour lui il croyait l'honneur de la compagnie intéressé à ne pas souffrir qu'un galant homme courût volontairement à la perte; que lui voulant beaucoup de bien, il avait cherché pendant toute la nuit quelqu’expédient plus utile à ses véritables intérêts que la restitution de fa felouque, & qu'il croyait l'avoir trouvé; qu'il fallait commencer à mettre le feu à ce mauvais bâtiment : nous vous retiendrons, continua-t-il, en qualité de simple prisonnier, tel que vous êtes à présent, & dans cette suppolition, je vous promets & je m'engage à vous faire promettre par toute la compagnie, que la premiere prise que nous ferons sera pour vous.

, Ce secours, ajouta-t-il, servira mieux que votre

felouque Felouque à rétablir vos affaires, & pourra vous saveurs mettre en état de quitter la mer pour aller vivre Roberts. heureux avec votre famille.

Roberts lui fir des remerciemens; mais témoignant peu de goût pour ses offres , il le pria de considérer

que

loin d'être aussi avantageuses qu'il paraislait le croire, elles n'étaient propres qu'à consommer sa ruine. Quelle espérance aurait-il jamais de pouvoir disposer du vaisseau & de la cargaison qu'on pouvait lui donner ? Qui voudrait les acheter de lui, s'il n'était en état de prouver qu'il avait droit de les vendre ? & li le propriétaire en apprenait quelque chose, ne serait - il pas obligé de leur restituer la valeur entiere de leur bien , avec le risque d'être jeté dans un cachot , & de se voir mener peut-être au supplice ?

Cette réponse n'embarrassa point Russel. Il la traita d'objection frivole. A l'égard du droit fur le vaisseau & de la crainte d’être découvert, il prétendit que les Pirates pouvaient faire à Roberts un billet de vente , & lui donner par écrit d'autres titres qui allureraient sa poflession : qu'il était aisé d'ailleurs de se dérober à la connaislance des propriétaires ; parce que les Pirates savaient toujours soit par la déclaration du maître d'un vaisseau, foit

par ses papiers , dont ils avaient soin de se saisir , qui étaient les principaux intéreslés Tome I,

R

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dans une cargaison & quel était leur pays ou leur Roberts. demeure. Il ajouta que les écrits & les titres pou

vaient se faire sous un autre nom que celui de
Roberts , & lui servir jusqu'à la fin de la vente;
après quoi, il pourrait reprendre son véritable
nom , & s'assurer ainsi de n'être jamais dé-

couvert.

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Roberts se vit forcé de reconnaître qu'il y avait non-seulement de la vraisemblance, mais une espèce de certitude dans cette proposition. Il loua même l'esprit & l'habileté de Russel. Ceper:dant, après avoir confellé qu’un plan îi adroit pouvait le mettre à couvert, il eut le courage de déclarer qu'il était retenu par un motif beaucoup plus puissant que la pallion de s'enrichir : c'était la cɔnscience, dont il craignait les rem.ords. Delà, s'étendant sur la nécessité de la restitution, il touca plusieurs points qu'il crut capables de réveiller dans ses Auditeurs quelque sentiment de repentir. En effet son discours produisit différentes impressiocs Les uns le féliciterent sur son éloquence, & ici i dirent qu'il était propre à faire un bon Aumonier de vaisseau. D'autres lui déclarerent bruiçue. ment qu'ils n'avaient pas besoin de Prédicateur, & que les Pirates n'avaient pas d'autre Dieu que l'argent , ni d'autre Sauveur que leur épée. Mas il s'en trouva aussi quelques-uns qui loueret scs principes, & qui souhaiterent que l'humanit

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