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Ouvrage qui parut à la fin du treiziéme fiécle, * passa alors pour un Roman. On ne put s'imaginer en Europe, qu'il y eût à l'extrêmité de l'Asie , & au-delà de tant de pays barbares, une grande Nation polie & sçavante, cultivant les arts & le commerce, & gouvernée par des loix anciennes, ausi sages que celles de Solon, de Licur. gue & de Numa. Vers la fin du quinziéme siécle , plusieurs Européens, & sur-cour de sçavans & zélés Missionnaires, ayant pénétré dans la Chine, dont l'entrée avoit été jusqu'alors fermée à tous les Etrangers, on connut enfin

par leurs relations, que celle de Marco Polo n'étoit point une fable; & on fut très-surpris de voir leur témoignage unanime s'accorder avec celui du Voyageur Venitien, dont jusqu'alors on avoit fait si

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de cas. Mais en même-tems, on passa à une autre extrêmité. On avoit long-tems refusé d'ajouter foi à un rapport sincére & fidéle: Tout-à-coup on devint crédule à l'excès ; un grand nombre de Relations, faites sans discernement par des Voyageurs mal informés, qui avoient

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* Marco Polo revine de ses voyages law 1295

à peine séjourné quelque mois à un port de la Chine , pallerent pour des vérités incontestables,& furent la sour. ce de mille préventions, dont bien des gens sont encore aujourd'hui entêtés : par exemple, que l'Histoire de la Nation Chinoise remonte au-delà du Déluge, & même de la Création du monde. Cependant rien n'est plus faux': fi quelques Chinois ont eu cette idée, elle est traitée de chiniérique par tous les Sçavans de cette Nation, & regardée à peu près comme l'est parmi nous l'opinion de ceux qui ont écrit que les François descendent des Troyens , & Pharamond d'Antenor. En général tous les Chinois, méprisant des conjectures qui n'ont aucun appui , s'en tiennent à leur Histoire autentique, qui fixe le commencement de leur Empire à Fo-hi : leur bonne foi & la droiture de leur jugement leur font même regarder comme très - obscur tout le tems qui s'est écoulé depuis Fo-hi jusqu'à rio, qui commença à régner l'an 2357. avant Jesus - Christ. Quoiqu'il y ait six Empereurs entre Fo-hi & Yao, ce n'est que depuis ce dernier que leur Chronologie leur paroit certaine.

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Les Relations infideles

dont je viens de parler , sont à peu près da genre de celles que feu M. l'Abbé Renaudot,comme vous sçavez,a traduites de l'Arabe en François,& publiées avec de sçavantes Notes en 1718. Ces deux Relations des Indes de la Chine , fai. tes par deux voyageurs Mahometans dans le neuviéme siécle, sont cependant très-curieuses; parce que malgré les fables qu'elles contiennent, elles s'accordent en plusieurs choses avec les Relations modernes les plus estia mées, telles que celles de Trigaud, de Seinedo, de Navarrete , & fur. tout de Martini.

Le P. Martin Martini, célébre Jésuite Italien, qui avoit long-tems vécu à la Chine, étant revenu en Euro. pe l'an 1651, publia plusieurs Ouvrages au sujet de ce grand Empire comme, De belloTartaros inter a Sinene fes : Historia Sinensis : Atlas Sinensis. Ce dernier est une descripcion géographique de la Chine, accompagnée d'une carte générale de ce pays, de quinze cartes particulieres , par rapport aux quinze Provinces ; d'une carte de la presqu'Ille de Corée, & d'une autre du Japon. Ces cartes avaient passé jufqu'ici pour exactes, & on en faisoie . cas. Mais le feu Empereur Cang-hi , mort en 1722, dont le régne a été fi long, li glorieux & li favorable au Christianisme, ayant ordonné en 1710 aux Missionnaires de son Empire, de dresler,suivant la méthodeEuropéenne, la carte générale de la Chine, avec les cartes particulieres des quinze Provinces, & de la Tartarie Chinoise cet ordre, qui fut éxécuté à grands frais , & avec tout le soin & le zéle pollible de la part des Missionnaires (tous Jesuites , à l'exception d'un Augustin, & très - habiles Mathématiciens ) produisit des cartes excellentes de ce vaste pays, qui par ce moyen nous est aujourd'hui connu plus en détail, & avec plus de précision, par rapport à la situation & à la distance des lieux , que la plûpart des pays de l'Europe. Le P. du Halde a joint à la Description géographique de la Chine toutes ces cartes élégam ment gravées, dont les originaux ont été donnés au Roi, après avoir été sçavamment rédigés par M. Danville, célébre Géographe. L'Aureur dans la Pré

* Il faut prononcer Can-hi : le g après l'n ne s'exprime point dans la prononciation Chinoife , & marque seulement qu'il faut prononcer I'n comme l'n finale de non en Latin.

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face, entre dans un long & curieux dex tail du cravail des Millionnaires à ce sujet ; ou plûtôt il rapporte ce qu'en dit le P. Regis, l'un de ces Missionnaires Mathématiciens, qui fur employé à exécuter l'ordre de l'Empereur Cang-hi. Par ce détail on peut juger de la justesse & de l'exactitude de leur ouvrage , exécuté par la méthode des Triangles. Pour ce qui regarde le Thibet, s'il n'a pas été levé de la même maniere par les Missionnaires, du moins la carte en a été dressée sur divers routiers fort détaillés, & sur les mesures que prirent dans le Thibet même des Tartares Mathématiciens , envoyés exprès par l'Empereur. A l'égard de la carte particuliere de la Corée, elle a été tirée d'après celle qui est dans le Palais du Roi de ce pays-là, & elle a été examinée sur les frontieres par

les Missionnaires employés à dresler la carte de la Tartarie.

Cette partie seule du grand Ouvra. ge du Pere du Halde doit le rendre infiniment précieux à la République des Lettres ; mais le reste n'eft pas moins eftimable. Vous connoissez le Livre du Pere Le Comte, Jesuite Missionnaire de la Chine, écrit avec tant d'agrément. Quelque cas que vous

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