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roient d'un profond repos d'esprit , & trouveroient tous les fiécies heureux, & toutes sortes de gouvernemens raisonnables. . On ne feroit point une cabale de la pieté; on éviteroit mille scandales , qui deshonorent la Religion. Je voudrois que ce saint abandonnement s'étendit aussi jufques aux choses où nous pensons qu'il s'agit de la gloire de Dieu , jusqu'à nos amitiez que nous estimons saintes ; car c'est en cela qu'il se commer beaucoup de fautes : Les affections qui font purement naturelles , civiles ou sensuelles, sont suspectes d'abord ; mais celles qui ont la devotion, l'avancement spirituel , ou quelqu'autre bien pour prétexte, sont plus mal aisées à épurer. Nôtre paflion s'y mêle ; on s'engage dans le piége sans y penser ; nôtre fimplicité se laisse facilement surprendre s quelquefois nous allons jusqu'à l'injustice, & nous songeons autant å deffendre, ou nô tre premier choix ou l'ouvrage de nos mains, que le plus raisonnable parti. Enfin, la grande régle de l'Apôtre, nous fait nôtre leçon, & elle ne veut point que nous soïons ni à Paul ni à Cephas, mais à J.C. O quel avantage de n'être qu'au tres-bon Jesus ; de ne connoître que Jesus en la terre , & de n'aimer les choses qu'à proportion qu'elles sont en lui, & qu'il est en elles. Demandez-lui qu'il me fasse cette grace, & croïez

s'il vous plaît , que je me souviens trés-sou-
vent à l’Aucel , de tous vos besoins ; Dieu
les connoit , & je le conjure qu'il y sur-
vienne par celui auquel il ne peut rien re-
fuser. C'est en lui que je suis , &c.

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A Mademoiselle de Bourbon , sur le mépris

de la grandeur.
MADEMOISELLE,

Je suis bien glorieux d'apprendre que
celle qui est dans le cæur de tout le mon-
de, craigne de n'être pas dans ma memoi-
re. Quand elle seroit un temple , vous y
pourriez avoir place; jugez donc si je n'ai
pas interêt de vous y conserver, afin que
vous la rendiez précieuse , de
d'infidelle qu'elle est naturellement. C'est
principalement à l'Autel , Mademoiselle,
que vous m'êtes présente , parce que c'est
là que mon souvenir peut m'acquitter des
obligations que j'ai à votre bonté. Je de-
mande bien à Dieu qu'il ajoûre d'autres lys
à ceux de võure Couronne : mais ie ... de
mande aufli qu'il y mêle l'amour des épi-
nes de son fils , & qu'il vous affermisse

pauvre &

,

dans ces genereuses maximes du mépris de la grandeur où je vous ai vûë. Nộtre Seigneur ne hait pas les Princes & les Princesses ; mais il ne les aime pas fort tendrement. Ses caresses sont pour les pauvres, & parmi cette foule de Saints que l'Eglise honore, le nombre des Rois & des Reines est bien pecit. En effet, les Chrétiens sont oints dans le Baptême pour être Rois mais ils ne commencent l'exercice de leur Roïauté qu'aprés la mort; & tout ce qui a de la pompe & de la splendeur , a de la malignité, & quelque chose de contraire à la sainteté ; mais la grace est capable de porter les fardeaux les plus pesans, & je ne doute point que vous ne la demandiez souvent à Dieu : il me semble qu'il veut faire quelque chose de fort extraordinaire dans votre ame. Tâchez , s'il vous plaît, qu'il la trouve comme une cire capable de recevoir toutes ses impressions , & ne lui faites pas retirer la main qu'il avance pour vous attacher ; & en vous attachant, vous mettre sur la tête une couronne incomparablement plus riche que celle que vous portez. Elle merite bien que vôtre cæur se donne tout entier à lui pour la posseder, & je vous asseure que vous recevrez beaucoup pruu yuu ruuu ni aurcz aonne. Pour un Roi, quelque grand qu'il fût , ce seroit beaucoup; mais pour le Roi des Rois, per

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mettez-moi de vous dire , que ce n'est rien; qu'il vous fera grace en le recevant, & qu'il faut qu'auparavant il le rende digne de lui: C'est ce que je demande pour vous à la bonté, & il me semble que je ne puis mieux vous témoigner que je suis veritablement,&c.

Du 18. Decembre 1637.

L E T T R E VII.

A Monsieur Bouchard ; remerciement d'un Eloge Latin. Projets des Poëmes de Clovis

de la Pucelle Louez.

MONSIEUR,

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J'ai reçû le cinq de ce mois la Lettre du quatre Seprembre, dont il vous a plû de m'obliger, avec l'Eloge latin, par la voïe de M. Gassendi : Il faudroit que je me servisse de toutes vos paroles pour vous en ičnúre d'aus beiles & d'aussi puissantes que

celles que vous m'avez écrites. Vôtre générosité ne s'est pas contentée d'un présent; elle m'en a fait deux à la fois, si riches, fi précieux , que l'on voit bien que vous êtes à la source de l'éloquence. Pour sul yuc ia rrovidence a confine parmi des rochers, & qui suis separé de Rome , & de Paris par tant de mers & de montagnes ;

mai

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il ne faut pas que vous vous éronniez, si je vous réponds fans ornemens & sans graces. C'est beaucoup que mon stile ne se sente pas encore de la barbarie , dont je suis voisin; & qu'ayant commencé une periode en françois, je ne la finisse pas en provençal. Il est vrai que la Provence est le berceau de nos Muses ; mais aussi n'y ont-elles rien faire que begaïer : ila

fallu qu'elles aïent passé la Durance & le Rhône , pour apprendre à parler , & qu'elles aient établi leur demeure sur les rivages de la Seine : là, non-seulement elles ont trouvé des personnes qui les ont vécuës, mais aulli qui les ont parées, qui leur ont appris l'usage de leurs beautez , qui leur ont fait reconnoître leurs forces , & qui les ont introduires dans le cabinet. Tous les jours elles s'enrichissent, & fi on leur donne quelques chaînes, ce sont des chaînes de perles & de diamans : elles ne se contentent plus du chalumeau ou de la lyre ; elles prennent la trompette, & ont envie de donner une Pucelle au Heros du Tafle, qui ne sera point indigne de sa valeur ; elles veulent même remonter plus haut dans notre Histoire & témoigner dans un Clovis baptisé, qu'un de mes amis entreprend , qu'elles sont capables de fourmir

pius d'une longue carriere. Pour moi je revere ces grands desseins, & je me cohtente de les consulter quelquefois au bord

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