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Hollande pour y faire perdre tous leslingots dü Perou. Le ....

appelle ce païs un cautere, mais ce nom est trop fale en nôtre langue & puis c'est plutôt le pur sang d'Espagne que ses mauvaises humeurs , qui s'cit vuidé par ce petit coin de terre. Mais je ne songe pas que je m'embarque sur une grande mer & qu'il vaut mieux revenir au port ne pas derober davantage de tems à votre Eminence, puisque ce seroit le faire perdre à la Republique des Lettres.

L E T T RE X I.

A Monsieur Habert Abbé de Cerisy sur

la mort de M. Habert fon frere.

MONSIEUR,

Je viens d'apprendre la mort de Monfieur vôtre Frere : connoiffant l'amitié que j'avois pour lui , vous jugerés aisément quelle doit être ma douleur , & si je ne suis pas en état d'avoir besoin de confolation au lieu d'en donner. Je melle mes larmes avec les vôtres, je repete toutes vos plaintes , &.ję sens ; ce me semble, tout ce que vous sentez , vous perdez un excellent frere, & je perds un incomparable ami. Le lien du sang est bien étroit , celui de l'af

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fection est bien fort , & les choses qu'elle attache ne se separent pas avec moins de violence, que celles , qu’unit la Nature. Celleci fait la liaison des cœurs sans nous, mais celle-la est un ouvrage de nôtre raisonnement, & un effet de cette glorieuse puissance que l'homme a de disposer de soi - même ; c'est pourquoi quand elle est pure, il est bien mal-aisé d'exprimer quels sont les sentimens dans ses pertes ; mais enfin comme elles ne sont pas irreparables , ses regrets ne doivent pas

être érernels. L'ame de nos amis n'étant pas enfermée dans le tombeau , il n'est pas juste que nôtre pensée n'en veüille jamais fortir. Leurs cendres sont de pitoyables reliques de ce qu'ils ont été, & de plus chers gages de ce qu'ils seront. En les perdant, nous avons perdu des compagnons de nos chaînes , & un jour nous les embrasserons en qualité de compagnons de notre royauté. Car vous sçavez qu'en la Jerusalem nouvelle , il n'y a point d'habitans , qui ne soient Rois, & que ce monde nouveau louffre aisément plusieurs Monarques, ausli-bien que plusieurs Soleils.

Saint Paul , que vous voulez bien que j'allegue

que j'allegue , ne console les Chrétiens, que par cette esperance , & en son langage pleurer toûjours les morts , n'être Chrétien que de mom. c'est la même chose. Donnons donc à Dieu tout ce qu'il nous prend; faisons lui,puisqu'il le veut, dos

&

offrandes de ses biens mêmes, & ne soyons pas fâchez

que

son Empire soit accrû d'un nouveau sujet , qui ne peut plus lui être rebelle. Pour moi je vous dirai , que quand je vois des personnes , que j'aime ou aufquelles j'ay de particulieres obligations s'élever aux dignitez, vivre dans l'estiine & l'approbation de tout le monde , & jouir de tout ce qu'on appelle bien en la vie, ma joye est extrêmement temperée, lorsque je longe, que toutes ces faveurs peuvent être des punitions ; que peut-être demain , ils seront ou insolens dans la puissance , ou immoderez dans les plaisirs ; & que d'un innocent devant les hommes, il se fait bien-tôt un coupable devant Dieu. La mort qui nous unit à Jesus-Christ , nous y unit d'une chaî ne également forte & precieuse, & on entre dans une heureufe necellité de l'aimer, qui vaut mieux que nôtre liberté de lui pouvoir déplaire. Pourquoi ne croirai-je pas Monsieur vôtre frere en cet érat ? Quand je le vis la derniere fois, il me parut tel que je desirois , & je me persuade qu'il avoit la même disposition à cet important moment, duquel dépend l'éternité. La grace Chrêtienne fanctifie toutes les conditions, & bien que le bruit des canons soit ordinairement plus fort que celui de la voix, qui parle doucement au cæur, il n'est pas toutefois impriffible, qu'elle n’i soit entenduë , & que le feu

de la poudre ne faffe quelquefois des holo. caustes pour le Ciel. En tout

le Ciel. En tout teins il est avantageux de faire ce voyage ; mais il est souhaitable de le faire au tems où nous sommes , & il me semble qu'on ne doit pas avoir grand regret de quitter le païs de la peste, de la guerre, & de la famine ; par tout les ennemis publics , ou plûtôc les fidelles executcurs de la Justice divine fonç des ravages , qui passeront un jour pour fables dans nos histoires. Les grandes Provinces deviennent de grands deferts. Ici on voit des Sceptres brisez : là des Couronnes foulées aux pieds. Les Souverains qui pouvoient faire des liberalitez prodigues , sont reduits à chercher des aumônes honteufes & les plus pauvres n'ont pû s'exempter d'éprouver les furies de l'avarice des soldats; les peres redemandent leurs enfans, les maris leurs femmes , les filles leur pudeur , les villes leurs ornemens , les Temples la Religion. Quoy ! en ce general bouleversement de l'Europe nous plaindrons - nous, que la verge

du Pere offensé nous touche ? &par quelle raison nos Familles seront-elles inviolables ? Je n'ajoûterai, Monsieur, à ces confiderations, que celle , que je tire de la grace de l'état Ecclesiastique, qui nous tirant de notre Famille , pour nous faire entrer dans celle de l'Eglise, nous doit détacher de l'amour de nos parens, d'une façon

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#és-pure & trés-sainte. Ce n'est pas que je veuille , que nous nous dépouillions des sentimens de la nature, mais il les faut sanctifier, il les faut soumettre à la grace du Sacerdoce , qui est une grace de facrifice, d'oblation à Jesus-Christ de tout ce que nous sommes , & decout ce que nous possedons ; une grace de dés-appropriation de notre propre volonté, & de cout ce qui est au monde. Mais je me laisse insensiblement emporter au plaisir douloureux, que j'ay de m'entretenir avec vous sur notre commune perre. Jefinis donc

pour

vous laisser en liberté de chercher dans vous même des raisons plus solides , que les miennes , & je n'ai plus rien à vous dire sinon que je suis , &c.

A Marseille ce 31. A0:1ft. 1637.

LET TRE XII.

A Monsieur Andilly

sur la mort de Madame d'Andilly Sa femme. M ONSIEUR,

Je pensois quc ma derniere Lerrre důc être une excuse de mon filence, il faut qu'elle foit un témoignage de ma douleur. Je l'ai tessentie , d'autant plus vivement, que j'y étois moins préparé, ayant laissé Madainc

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