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le bien de l'Eglise, à qui vous êtes fi utile; aimez-moi toûjours , & croïez que je suis de tout mon cœur, &c.

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Ala Reine de Pologne, sur les révolutions

de Pologne.

MADAME

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Il

y a fi long-temps que je ne m'étois fervi de la grace que V. M. m'a faite, de me permettre de lui écrire quelquefois, que je n'avois plus la hardiesse de l'entreprendre ; mais l'impression de mes Poësies chrétiennes, que l'on vient de faire , est une occafion qui m'oblige, ce me semble , de me servir d'un fi glorieux privilége. Le nom de V. M. paroît à la tête de ce volume, comine la sauve-garde, & fa principale gloire. Dans l'Epitre dédicatoire, je ne faisois que des pronostics des grandes choses, qu'elle a depuis exccutécs. Encore

que je sois prefque dans un autre monde que V. N. le bruit des grandes révolutions qui sont arrivées en Pologne , n'a pas lille d'y péné

& de me faise sentir de la joie, de la crainte , & de la tristesse tout ensemble; car quand je ne serois pas accaché autant

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que je le suis, aux interêts de vôtre Grandeur, & à la seureté de vôtre Rosale

personne, que fa vertu me rend encore plus précieuse que son Diadême ; il m'étoit impossible, tenant le rang que je tiens dans l'Eglise , d'apprendre les nouvelles

du bouleversement d'un Etat aufli considerable dans la Chrétienté, qu'est celui où vous régnez, fans être agité de tous ces mouvemens. Votre Couronne, Madame', me paroîc d'autant plus gloricuse , qu'elle a été jusques ici plutôt heriffée d'épines, que brillante de diamants, ou parsemée de fleurs, Je tremble pour tous ceux que la Providence fait affeoir sur les Trônes de la terre, parce que leur condition les éloigne davantage du Roïaume des Cieux, qui n'est promis qu'aux pecics & qu'aux humbles, & que les Puissances sont menacées dans l'Ecriture sainte , d’être tourmentées puisfamment. L'autorité suprême, la puissance de faire tout ce qu'on veut , les richesses les délices , & la flaterie continuelle de ceux qui approchent les Rois , sont tout-àfair opposées à l'esprit de l'Evangile , qui est un esprit de croix , de souffrance, & d'abjection. Mais quand les Rois se trouvent dans la fouffrance, dans les révoltes, & dans les dangers ; il leur est aisé de se desabuser de l'amour de la grandeur du monde., & ils peuvent pratiquer beaucoup

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de vercus en cet état de calamité, dont ils ne trouveroient pas l'occasion dans la profperité de leurs affaires. V. M. a fi bien use de tous les malheurs où elle s'eft vûe engagée, & elle a montré un cæur si Roral, & fi Chrétien tout ensemble, que j'estime cette grace plus grande fans comparaison, que celle qui l'a portée sur le Trône. Toutes les Princesses peuvent être Reines, mais toutes les Reines ne sont pas de saintes Amazones comme vous. J'espere qu'enfin Dieu , qui a éprouvé vôtre vertu par des atcaques si rudes, la couronnera par un repos profond & asseuré. Je ne cesserai de lui demander cette grace ,

& c'est

par

là seulement que je puis témoigner avec quelle passion & quel respect, je suis de V. M. &c.

LET TRE IV.
A Monsieur Balzac , pour le remercier d'un

Livre dont il lui a fait présent.

Cette i ettre est écrite di stile de celui à celui à qui

elle est écrite.

H

ONSIEUR, C'est un riche & fâcheux présent, que celui que j'ai reçû de vôtre part. Je n'ai vû dans le titre que Lettres choifies ; & dans la lecture j'ai trouvé les myfteres de la Phi. losophie , l'idée de la parfaite éloquence ,

les graces de la Poësie, les secrets de la Pó- . litique , & le caractere de l'honnête homme. Il y a dans le Ciel des étoiles qui ne brillent point, mais il n'y a pas une ligne dans vos deux volumes , qui ne jette de la lumiere ; je n'entens pas cette lumiere qui 'éblouit , & qui ressemble à celle des éclairs & des cométes , mais à celle que l'esprit conduit par une souveraine raison, & éclairé le premier par une heureuse nature,

feme dans les ouvrages : Lumiere qu'on peut comparer à cet éclat lumineux qu'on voit sur les fleurs , lorsque le Soleil se leve , & qu'on pourroit appeller la Aeur des fleurs mêmes. Vous ne maniez-pas toujours de l'or mais la forme de vos marieres eft toûjours précieuse ; quand vos Sujets fe trouvent riches, vous leur donnez par vôtre art de nouvelles richesses; ils reçoivent toûjours plus de l'ouvrier qu'ils ne lui fourniffent. La beauté de l'enchasseure surpasse le prix des diamans que vous mettez en æuvre , & vous sçavez faire plus de sortes de bouquets, que la nature ne sçait faire de fleurs pour les composer. De grace , apprenez-moi où vous avez trouvé ces mines ; quel est ce climat si favorisé du Ciel

, qui produit de fi admirables parfums ? En quel antre allez-vous rêver de fi belles choses : qui est le génie qui vous apprend tant de mysteres ? n'auriez-vous point trouvé quel

А у

que recueil de tout ce qu'Apollon & les Muses, les Grecs , & les Romains ont jamais pense , & dit d'agréable ? Mais en même temps que je parle ainsi de vôtre présent, & que je tâche de vous faire entendre l’estime que j'en fais , je le trouve fâcheux & incommode ; parce qu'il m'ôte le moïen de vous en bien parler , & de vous témoigner comme je voudrois , ma reconnoissance. Vous avez pris tout l'or, toutes les pierreries de l'éloquence ; vous avez épuisé tous les genres dans les complimens, les remerciemens , les consolations & les loiianges : Dans le grave & dans le sérieux, vous n'avez rien laillé

que ce que

vous n'avez pas crû digne d'être choisi. Ne poutant donc vous remercier des plus belles Lettres du monde, que par une Lettre forc médiocre ; je veux que mon affection pour vous, n'ait point de médiocrité, & vous aimer avec autant d'ardeur , que vous sçavez écrire avec force. Je me trompe for fi ce paiement ne vous satisfait ; & fi vous ne vous plaisez davantage au feu du sacrifice qu'à la fumée de l'encens. Si tous ceux qui vous ont présenté en prose & en vers cette fimée, euffent cu la chaleur d'un veritable facrifice , comme ils en faisoient paroître la lumiere ; vôtre siécle vous auroit rendu plus de justice, & vous ne feriez-pas du nombre de ces excellentes personnes ; qui en le ren

.

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