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Pfaite que pour lui seul. Il la confia à M. Carré, érant dans un état qui le rendoit plus indifferent pour ces sortes de choses ; & celui-ci touché du seul interêt des Sciences, la fit imprimer dans nos Memoires, à l'insçu de l'Auteur, qui se trouva Aggresseur contre fon inclination.

Il revint de la maladie & de la langueur , & ne profita nullement du passé. L'Edition de son projet d'une Nouvelle Mécanique ayant été entierement débitée , il fongea à en faire une seconde ; ou plûtôt un Ouvrage nouveau, quoique sur le même plan , mais beaucoup plus ample, & auquel le titre de Projet ne convenoit plus. On y devoit bien sentir la grande acquisition de richelles qu'il avoit faite dans l'intervalle. Mais il se plaignoit souvent que le tems lui manquoit, quoiqu'il fut bien éloigné d'en perdre volontairement. Une infinité de visites soit de François , soit d'Ecrangers, dont les uns vouloient le voir pour l'avoir vû, & les autres pour le consulter & s'inîtruire des Ouvrages de Mathématique que l'autorité ou l'amitié de quelques personnes l'engageoient à examiner & dont il se croyoit obligé de rendre le compte le plus exact ; un grand commerce de lettres avec les principaux Géométres de l'Europe, & des lettres sçavantes & travaillées ; car il ne falloit pas plus se negliger avec ces amis-là, qu'avec le Public même: tout cela nuisoit beaucoup au Livre qu'il avoit entrepris. C'est ainsi qu'on devient celebre, parce qu'on a été maître de disposer d'un grand loisir , & qu'on perd ce loisir si précieux , parce qu'on est devenu celebre. De plus ses meilleurs Ecoliers, soit du College Mazarin, soit du College Royal, car il y occupoit aussi une Chaire de Mathématique, étoient en poffeffion de lui demander des leçons particulieres. La joye de voir qu'ils en demandallent, fon zele pour les Mathématiques , la bonté natựrelle, son inclination à étendre un devoir plûtôt qu'à le resserrer , leur avoient donné ce droit , & ôté la crainte d'en user

trop

librement. Il soupiroit après deux ou trois mois de vacances qu'il avoit pendant l'année ; il

fuyoit

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de l'Acad. ann. 1722. pag. 74.

&

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fuyoit à quelque campagne , où les journées entieres étoient à lui, & s'écouloient bien yîte.

Malgré son extrême amour pour la paix , il a fini la vie par être embarqué dans une contestation. Un Religieux Italien, habile en Mathématique, l'attaqua sur la Tangente & l'Angle d'attouchement des Courbes , tels qu'on les conçoit dans la Géornétrie des Infinimeni Petits. * Il se crut obligé de répondre , &, à dire le vrai, *V. Hit. les indifferens ne l'eussent pas trop crû. Je ne crois pas fortir du personnage de fimple Historien , en assurant que sa gloire ne couroit aucun péril ; mais il étoit sensi- fuiv, ble de ce côté-là, ou plûtôt toute la sensibilité y étoit rassemblée. Il répondit par le dernier Memoire qu'il ait donné à l'Academie, & qui a été le seul où il fùe queltion d'un differend. Son inclination pacifique y domi noit

pourtant encore ; il n'y nommoit point fon Adversaire, qui l'avoit nommé à tout moment, que tout le monde connoissoit , qui ne se cachoit point ; & quoiqu'on lui representât la parfaite inutilité, & même la superstition de cette reticence, il s'obstina toujours à ne le nomque P Aggresseur. Il est vrai qu'il n'en usoit

pas

si honnêtement à l'égard des Paralogismes, & qu'il leur donnoit leur veritable nom.

Dans les deux dernieres années de la vie , il fut fort incommodé d'un rhumatisme placé dans les muscles de la poitrine s il ne pouvoit märcher quelque tems fans être obligé de se reposer pour reprendre haleine. Cerré incommodité augmenta toujours ; & tous les remedes y furent inutilles s ce qui ne le surprenoit pas beaucoup. Il n'en relâcha rien de ses occupations ordinaires ; & enfin après avoir fait sa classe au College Mazarin le 2 2 Decembre 1722. sans être plus mal

que

de coûtume, il mourut subitement la nuit fuivante.

Son caractere étoit auffi simple que la superiorité d'efpric pouvoit le demander. J'ai déja donné cette même louange à tant de personnes de cette Academie, qu'on peut croire

que
le merite en appartient plutôt à nos

Ō

mer

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Sciences qu'à nos sçavans. Il ne connoissoit point la jalousie: il est vrai qu'il étoit à la tête des Géométres de France , & qu'on ne pouvoit compter les grands Géométres de l'Europe, sans le mettre du rombre : mais. combien d'hommes en tout genre élevez à ce même rang , ont fait l'honneur à leurs inferieurs d'en être jaloux , & de les décrier ? La passion de conserver une: premiere place fait prendre des précautions qui dégradent. Il faut convenir cependant que quand on lui presentoit quelqu'idée qui lui étoit nouvelle , il couroit quelquefois un peu trop vîte à l'objection ,, & à la difficulté ; le feu de fon esprit , des vúës dont il étoit plein sur chaque matiere, venoient traverser trop impetueufement celles qu'on lui offroit ; mais on parvenoit assez facilement à obtenir de lui une attention plus tranquille & plus favorable. Il mettoit dans la dispute une chaleur

que l'on n'eût jamais cru qu'il eût du terminer par rire. Ses manieres d'agir nettes , franches , loyales en toute occasion , exemptes de tout soupçon d'interêc indirect & caché , auroient seules suffi pour justifier la Province dont il étoit , des reproches qu'elle a d'ordinaire à essuyer : il n'en conservoit qu'une extrême crainte de se commettre, qu'une grande circonspection à traiter avec les hommes, dont effectivement le commerce est toûjours redoutable. Je n'ai jamais vù personne qui eût plus de conscience , je veux dire , qui fut plus appliqué à satisfaire exactement au sentiment interieur de ses de voirs, & qui se contentât moins d'avoir satisfait aux apparences. Il possedoir la vertu de reconnoissance au plus. haut degré ; il faisoit le récit d'un bienfait reçû avec plus de plaisir que le Bienfaicteur le plus vain n'en eût eu à le faire ; & il ne se croyoit jamais acquitté par toutes ces compensations, dont on s'établit soi-même pour juge: Il étoit Prêtre, & n'avoit pas besoin de beaucoup d'efforts

pour

vivre conformément à cet état. Ausli la murt fubite n'a-r'elle point allarmé ses amis.

Il m'a fait l'honneur de me léguer tous ses papiers

par son Testament. J'en rendrai au Public le meilleur compte qu'il me sera possible. La Nouvelle Mécanique est en allez bon état, & paroîtra au jour : j'espere que les Lettres la suivront. Du reste je promets de ne rien détourner à mon ufage particulier des Tresors que j'ai entre les mains ; & je compte que j'en serai crù. Il faudroit un plus habile homme pour faire sur ce sujet quel que mauvaise action avec quelque esperance de succès.

TA BLE
DES SECTIONS CONTENUES

dans ce premier Volume. PREMIERE SECTION. Lemmes pour l'intelligence des Sections suivantes ,

page 3 Sect. II. Des Poids soûtenus avec des cordes seule

ment, en quelque nombre qu'elles soient , e pour. tous les angles possibles qu'elles peuvent faire entrem

elles,

93

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SECT. III. Des Poulies des Moufles ; soit que le

centre de ces Poulies demeure fixe , ou qu'on le suppose mobile ; e pour toutes les directions possibles

des puissances ou des poids qui y seront appliquez, 210 Sect. IV. Du Taur & des autres Machines qui y

ont rapport, Sect. V. De toutes sortes de Leviers , de quelque

figure , de quelque efpece, dans quelque situation qu'ils soient , e pour toutes les directions possibles des puisances , ou des poids qui y sont appliquez, 300

271

NOUVELLE

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