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surpris, mais ce qui dut beaucoup

1542 furprendre, ce fut de voir Boutieres dont la fidélité n'avoit jamais été suspecte , les accompagner à Pignerol. Langei ainsi abandonné, distribua ses troupes dans différentes places & prit le parti de se faire porter à Turin. L'activité de son esprit formoit un contraste singulier avec ses infirmités corporelles. Ce paralytique , demi-mort & presque éteint , qu'on portoit en chaise dans tous ses voyages & dans toutes ses expéditions, étoit ce même Général fi vigilant , fi agissant , dont les intrigues & les entreprises mettoient tout le Piémont en mouvement. Da Guaft enhardi par la retraite de Langei , envoya un détachement passer le Pô à Carignan & s'emparer du Château , ce qui s'exécuta fans obstacle. Aussi-tôt que le Roi eut reçu la nouvelle de la prise de ce Château , il envoya ordre à Langei de tenter l'imposible pour le reprendre. Lorsque le Courier arriva, l'ordre étoit déjà exécuté ; Langei Mém. de du

Bellay, 1.9. avoit envoyé Martin du Bellay son

1542

frere , s'informer de l'état de la place, des forces de la garnison , & observer si le Marquis du Guast fe disposoit à paffer le Pô avec le reste de ses troupes ; il se trouva heureusement que le nouveau Gouverneur du Château de Carignan pour les Impériaux, étoit ami d'un des principaux Officiers qui accompagnoient Martin du Bellay ; cet Officier prit langue avec le Gouver: neur , il lui fit entendre qu'il étoit envoyé pour investir la place, qu'il étoit suivi de toute l'armée Fran. çoise & qu'il seroit impossible aux Impériaux de se défendre ; il joignit à cet avis le ton de l'intérêt & les conseils de l'amitié ; il fit fi bien qu'enfin soit par

inclination, soit par

crainte , le Gouverneur consentit à remettre la place à Martin du Bellay. Peu de jours après le Marquis du Guast voyant qu'il ne pouvoit passer le Pô à Carignan, le passa près de Crescentin, & alla mettre le fiege devant Chivas. Le Gouverneur, Jérôme de Birague, le lui fit lever après deux aslauts inu

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tiles , & du Guast se retira à Cao sal. Le malheureux César de Naples youlut surprendre Gazelle , pour assurer aux Impériaux la route d'Ulpiano à Turin , il ne réussit pas mieux que dans les autres entre prises.

Langei voyant le Marquis du Guast retiré à Casal, chargea Bou: tieres , qui étoit toujours à Pignerol, d'aller s'emparer de Barges, petite place qui empêchoit la communication de Pignerol_avec le Marquisat de Saluces, Boutieres obéit, il força un couvent où trois cent Espagnols s'étoient fortifiés, iļ les passa au fil de l'épée, il en. tama le Château avec son artillerie, ce qui obligea la garnison de capitulers on stipula que si dans fix jours le Marquis du Guast ne se présentoit pour faire lever le siége , le Château seroit rendu ; la garnison donna des ôtages. Du Guast accourut en effet avec toutes ses forces. Boutieres trop foible pour continųer le siége à sa vue, rendit les ộtages & ramena ses troupes

à Pi

2542.

gnerol. Du Guast courut à Quiers pour veiller sur la conduite de Langei, qui de Turin faisoit diverses tentatives dans le voisinage, & qui malgré toute la diligence de du Guast, surprit divers Châteaux dans le Montferrat. C'étoit un spectacle intéressant pour les gens de guerre que l'attention avec laquelle ces deux grands Capitaines s'observoient, s'attaquoient , fe défendoient , s’approchoient , s'éloignoient, profitoient de tous leurs avantages , s'en procuroient, s'atta-choient à détruire ceux de l'ennemi, se transportoient sans cesse d'un lieu daus un autre pour faire ou pour e:npêcher quelques entreprises, Langei non-content des petits fuc

cès qu'il venoit d'avoir, voulut Mém. de du absolument prendre Barges ; ce ne Bellay, 1. 9. fut plus Boutieres qu'il employa

pour cette expédition, foit qu'il se défiât de ses talens ou bien de son zèle ; ce fut Vassé, Gouverneur de Pignerol ; celui-ci bien inftruit par : Langei , vint à bout de gagner le Gouverneur de Barges, nommé Paul

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mettant

eux

Monnet. Le résultat de leur con

1542 vention fut qu'on dressa sur le champ contre la place quelques foibles batteries , Vaffé & les Officiers qui l'accompagnoient mêmes la main à l'ouvrage, & servant de canoniers & d'ingénieurs qui manquoient, parce qu'on n'avoit pas compté faire un siége si promptement ; cette artillerie ainsi fervie, ayant battu apparemment des endroits foibles peut-être indiqués par

le Gouverneur , fit en deux heures une brêche , qui servit de prétexte à celui-ci pour remettre la place à Vaflé, il passa lui – même ensuite au service de France.

Cependant les troupes qui avoient échoué devant Perpignan , pouvoient servir encore

fur-tout en Italie, où la guerre se faisoit prefque tout l’hyver ; le Roi eut soin de les envoyer en Piémont sous la conduite de d’Annebaut ; c'étoit revenir à l'ancien systeme & pren- Belcar. 1. apo dre le meilleur parti. Il paroît par les Mémoires des du Bellay que cette arrivée de d'Annebaut ne leur

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