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abîmes , où ils périssent misérablement. Toute l'expérience des guides les plus habiles ne peut quelquefois, les garantir eux-mêmes de ces dangers. Quand d'Annebaut arriva à la Novalese , les paysans l'avertirent que le temps n'étoit point assez calme , qu'ils prévoyoient une de ces tempétes & que c'étoit trop risquer que de passer outre ; il négligea ce avis , il s'engagea dans les montagnes ; mais à peine étoit-il entre Ferriere- & l’Hospitalet , qu'il s'éleva une des plus furieuses tempêtes qu'on eût vues dans ces cantons ; elle ensevelit sous les neiges plusieurs des gens de la suite de d'Annebaut, entre autres un jeune Gentilhomme nommé Carrouge, nom célèbre par le duel de le Gris & de Carrouge sous Charles VI. Parmi ceux qui ne périrent pas, les uns plus malheur reux perdirent la vûe , les autres eurent les pieds gelès, la plupart s'égarerent dans les montagnes'; pénétrés par la neige , transis de froid , mourans de faim. D'Anne

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baut lui-même eût infailliblement 1542.

péri fans quelques payfans , qui accourant de leurs cabanes invifibles, le recueillirent & le fecoururent. Un seul Officier de fa fuite, Maugiron, connoissant un peu le pays , gagna l'Hospitalet , y resta jusqu'à la fin de la tempête ; il trouva le lendemain plusieurs Gentilshommes égarés & demi-morts de froid, auxquels il fauva la vie. D'Annebaut arriva enfin à travers

toutes ces pertes & tous ces dana Mém. de du

gers à Lanebourg , d'où il alla Bellay, l.9.

joindre le Roi à Châtelleraut. I

Depuis fon départ du Piémont des Impériaux avoient fait sur Tut rin quelques tentatives qui avoient échoué principalement par la prudence vigilante de du Bellay. Un Juge de Turin , natif de Quiers , -vint lui dire un jour qu'il étoit dans cette derniere place, lorsqu'elle avoit été prise en 1537, par la lâcheté du Chevalier Affal; que le Marquis du Guast n'avoit rien négligé pour le gagner , & qu'en le renvoyant à Turin , il l'avoit vivement folli

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cité de l'aider à surprendre cette
Capitale : » Si mon projet vous
os plaît, dit le Juge à du Bellay,
» nous pouvons l'attirer dans un
» piége inévitable. Je lui écrirai que
si ma qualité de Juge de Turin me
sý facilite les moyens de lui livrer
» la placé, il faudra qu'il concerte
» avec moi toutes ses mesures, vous
as ferez averti de tout, & vous pour-
» rez vous rendre maître de du
» Guast & de fa troupe. »

· L'offre étoit féduisante, un étour-
di l'eût acceptée fans examen. Du
Bellay se contenta de louer fon
zèle , d'approuver son projet , de lui
recommander sous peine de mort
le filence & l'inaction , & de lui
dire qu'il l'avertiroit , lorsqu'il sem
roit temps d'agir. Du Bellay con-
sidera que ce Juge étoit pauvre ,
que fes filles étoient belles,

que leur vertu étoit suspecte, que tout de ce côté là invitoit à la défiance; que le Juge avoit même beaucoup de relations fouterraines avec les Impériaux, il fit éclairer de plus près sa conduite, il l'entoura d'elig

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1542,

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)

pions, il intercepta ses lettres : on en surprit une que le traître écrivoit au Marquis du Guaft. » Lan

gei n'est plus, lui disoit-il, je puis » vous livrer Turin. » Il prenoit ensuite avec du Guaft des mesures pour l'exécution de ce projet. Du Bellay muni de cette lettre , fit venir lé Juge. » Il est temps d'agir ,

fui dit-il, êtes-vous en état de » tenir la promesse que vous m'a9 viez faite d'attirer du Guast dans » le piége ? » Le Juge promit tout, il indiqua la voie par laquelle il se proposoit de faire remettre à du Guast la lettre qu'il alloit lui écrire pour le tromper ; du Bellay voulut: voir cette lettre , le Juge sortit pour l'écrire , il revint une heure après avec la lettre. Du Bellay dans l'intervalle avoit fait venir chez lui le Président de Turin & le Procureur Général du Roi dans le Piémont. On lut d'abord la lettre que le Juge apportoit. Du Bellay demanda ensuite au Juge s'il n'en avoit pas écrit d'autres au Marquis du Guast. Le Juge ne se doutant de rien, rappella

aŭ Gouverneur la défense qu'il lui

1542. avoit faite. » Vous sçavez bien , dit» il', que j'aurois mérité la mort, 53 fi j'avois désobéi. Cela est vrai , Mém. de de répondit du. Bellay, & vous avez

Lellay, loy. » prononcé - votre condamnation. 22 Reconnoifsez-vous cette écriture? ajouta-t-il en lui montrant la lettre interceptée. Le Juge fut obli. gé de convenir de tout, son procès fut bientôt fait, il eut la tête tranchée. 1. César de Naples forma aufli une entreprise sur Turin , & son nom seut averțit d'avance qu'elle échoua, il crut avoir gagné deux soldats François qui avoient été ses prisonniersils devoient lui livrer un des boulevards, mais ils s'emprefferent d'avertir du Bellay de ce projet , & ce fut de bonne foi qu'ils donnerent cet avis. Du Bellay sûr de leur fidélité, leur' ore donna d'entretenir leur correspondance avec César de Naples ; ils introduisirent dans la Ville trois foldats Espagnols qu'on leur avoit envoyés pour reconnoître le boui

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