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CHAPITRE III. Révolte de la Rochelle. Clémence dy Roi. Campagne de 1543.

dans les Pays-Bas. LA

fin de l'année 1542. & le commencement de 1543. "furent marqués par le trait de la vie du Roi qui lui fait peut-être le plus d'honneur. Les impôts, source trop Mém. de d féconde de division entre les Rois Bellay, l. 9. & les peuples, avoient excité à la Rochelle la seule révolte qui ait 1542

1543. troublé le regne paisible de François I. Les dépenses nécessaires de Paques, le 25. la guerre avoient fait établir un droit de vingt-quatre livres par muid de fel, la Rochelle avoit des priviléges que le Roi à son sacre avoit juré de maintenir , elle crut que ces priviléges emportoient l'exemption de ce droit , elle refusa de le payer,

payer , chassa & outragea les Commis qui vouloient le lever;

Mars

1543

nets

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cette sédition ne put être appaifée que par la présence du Roi,

; qui vint bien escorté de Lansquene & bien résolu de se faire obéir. La Ville, à la vûe de son Maître rentra dans le devoir, détesta sa faute.& fe foumit sincérement. Le Roi saisit, avec joie cette occasion d'exercer sa clémence. Il parut à l'Hôtel-de-Ville dans tout l'éclat de la Majesté Royale. Le peuple inquiet , confondu , attendant la peine qu'il convenoit d'avoir méritée, trembloit aux pieds du Thrône qu'environnoit une garde, terrible. L'Avocat du peuple , le profternant aux genoux du Roi , exprimoit le repentir de la Ville & demandoit la grace des rebelles qu'il ne se flattoit point d'obtenir : » Ne parlons plus 5 de révolte, dit le Roi , avec un visage où se peignoient l'amour & la pitié, oubliez celle-ci comme » je l'oublie ; je ne vois ici que » mes enfans, n'y voyez que votre » pere. Oui , je vous fais grace , je » la fais pleine , entiere , fans con22 ditions, sans restrictions ; vous

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Sleid211 , Commentar. 1.asi

1543

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» ne l'acheterez ni

par le facrifice » d'aucun de vos concitoyens , ni » par la perte d'aucun de vos pri» viléges. Malheur à moi fi mon

passage dans ces lieux devenoit » une époque funeste ; je ne suis ” pas venu pour vous affliger, mais » pour vous ramener au bonheur » par le devoir , qui seul peut le ». rendre pur & folide. Que mon »2 rival barbare se soit plû à répan- dre le sang de fes sujets, à op

primer les malheureux Gantois » ce sont-là des plaisirs dignes de « lui ; il n'en est qu'un pour moi, w celui d'avoir retrouvé vos cæurs. » Que l'amour foit désormais le » seul lien qui nous unifse , le seul » ciment de ma Puissance. Elle me » feroit odieuse, fi elle n'étoit chere » à mes peuples. Que tous vos pri» fonniers soient à l'instant délivrés, » reprenez vos clefs, reprenez vos » armes, vous sçavez désormais l'u» sage que vous en devez faire. » Jouissez en paix de vos privilé» les ; vous ne haïrez point celui » qui vous les a rendus ; que cette

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1543

CC

garde étrangere , qui peut encore » blesser les yeux de mes enfans , » s'éloigne & me laisse entre leurs - mains. Je ne veux être gardé que ” par eux. Ce jour qui m'a rendu 5 leurs cæurs, qui leur a fait concc noître leur intérêt & mon amour, » est le plus beau jour de ma vie ;;

qu'il soit célébré par le son de » toutes vos cloches, par des feux » de joie, & sur-tout allons rendre 3 à Dieu , qui nous a réunis, de « solemnelles actions de graces. »

A ce discours inespéré, on juge quels transports d'admiration & de joie faifirent tous les cœurs, quelles larmes de tendresse coulerent de tous les yeux, de quelles acclamations, de quelles bénédictions toute la Ville retentit. On se repréfente aisément cette scène touchante, on la sent avec volupté. La politique ordinaire eût cru devoir faire périr quelques - uns de ces rebelles pour contenir les autres par la terreur ; la politique tendre & fublime de François I. jugea que c'étoient les cæurs & non les bras

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qu'il falloit enchaîner , & fi l'on

1543 veut prendre ici l'événement pour juge entre le pouvoir de la clémence & celui de la sévérité , les Flamans ne furent pas plus fidèles aux Princes Autrichiens que les Rochelois à leurs Rois.

Cette révolte ne coûta aux Rochelois qu'une somme de deux cent mille francs , qui tourna' au profit de la Ville par la générosité du Garde des Sceaux de Monthelon dont le Roi avoit voulu récompenfer les services par cette somme & qui la remit aux habitans pour fonder un hôpital , action supérieu à celle de son Maître. Ainsi nulle ombre de peine n'obscurcit la clémence du Roi, ne borna la grace des Rochelois , & Monthelon' fut plus que récompensé, il s'immortalisa. . Dans la campagne de 1543. il ne fut plus question du Rousillon; la guerre fut bornée à l'Italie & aux Pays-Bas ; on auroit dû peutêtre porter les principales forces du côté de l'Italie , puisque le Mi

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