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mes. La résistance eût été impoflible, il fallut recourir à la ruse. Du Bellay fit monter à cheval tous les paysans qui conduisoient les sacs de farine , & les mêlant avec le peu qu'il avoit de cavalerie , il étala aux yeux des Impériaux un corps nombreux qu'ils crurent redoutable & qu'ils n'oferent attaquer. Ils s'écarterent & le convoi entra heureusement dans Landreci. Le Roi en reçut la nouvelle , c'étoit recevoir la nouvelle du salut de cette place. Ses braves défenseurs furent récompensés comme ils le méritoient. D'Eflé fut fait Gentilhomme de la Chambre , la Lande, Maître d'Hôtel ordinaire , ainsi que la Chapelle, qui sous eux s'étoit le plus distingué pendant ce siége; les simples soldats eurent pour leur vie les priviléges de la noblesse ; les Gentilhommes volontaires reçurent aussi des récompenses proportionnées à leurs services,

Il n'étoit plus nécessaire de livrer bataille à l'Empereur , dų moins cette bataille n'étoit plus qu'une affaire d'honneur & non un objet

un

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de politique militaire ; les deux 1543

rivaux étoient en présence & s'ob-
servoient, les escarmouches étoient
continuelles, les deux armées
campées sur deux montagnes op-
posées avoient entr'elles
vallon coupé par un petit ruisseau
que la hauteur de ses rives rendoit
difficile à passer. L'Empereur fit
paroître de la cavalerie-légere sur
l'extrêmité de la montagne qu'il
occupoit & fit descendre dans
le vallon quelques bataillons de
Lansquenets, soutenus de Gendar-
mes, comme s'il eût voulu insulter
le camp François , les Impériaux
ne passerent pourtant point le ruis-
seau. Brissac impatient de les ré-
primer, le passa , poussa les Impé-
riaux jusqu'au pied de la montagne,
puis voyant leurs bataillons s'éten-
dre pour l'envelopper , il s'arrêta;
il y eut un moment où l'on crut

que l'affaire alloit devenir générale. Mém. de du Le Roi, le Dauphin, le Duc d'OrBellay, l. 10. léans , le Duc de Vendôme , le

Duc de Guise, tout se mit en
bataille , tout s'ébranla , mais les

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Impériaux paroissant peu disposés
à descendre de leur montagne, le
Roi ne le fut pas davantage à
la franchir pour les attaquer dans
un poste fi avantageux, il se con-
tenta d'envoyer l'Amiral au secours
de Brissac avec un corps de troupes
suffisant seulement pour favoriser la
retraite , elle se fit avec peu de
perte ; l'Amiral & Brissac pour-
Tuivis jusqu'au ruisseau le repasse-
rent à la vue des Impériaux, qui
n'oserent le passer à leur suite
trouvant les bords trop escarpés,
& fur-tout l'armée Françoise trop
bien disposée à les recevoir.

Le ravitaillement de Landreci
ayant ôté aux ı Impériaux l'espé-
rance de le réduire , & le pays
ruiné par le séjour de tant de troupes,

, & gâté par les pluies

ne leur permettant pas de rester plus longtemps devant cette place, on ne songea plus de part & d'autre qu'à décamper ; l'armée Françoise, entourée dans ce pays ou de ses conquêtes ou de ses anciennes poffellions devoit être la moins im.

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patiente de s'éloigner ; elle devoit ; ce semble , rester

pour observer & pour troubler la retraite des Impériaux. Ce fut elle qui fit sa retraite la premiere. Le Roi avec le Duc d'Orléans & le Duc de Guise conduisoit l'avant-garde, le Dauphin avec l’Amiral & le Comte de S. Pol étoit à la tête du corps de bataille , Brisfac commandoit l'arrière-garde. Cette retraite fe fit pendant la nuit, les Impériaux n'en furent instruits que le lendemain matin. Aufli-tốt Gonzague fut envoyé pour attaquer l'arrière-garde, qu'il 'espéroit atteindre & mettre aisément en désordre, à cause des bois qu'on étoit obligé de traverser , & où l'on ne pouvoit passer qu'à la file, mais il trouva que l'armée, l'artillerie , les bagages , tout avoit déjà passé le bois , où l'on avoit seulement laissé les arquebufiers pour arrêter les Impériaux, s'ils tentoient de troubler la retraite. Gonzague ayant voulu tấter ce bois à différentes reprises & avec des détachemens toujours plus forts,

fut toujours repoussé. L'Empereur s'étant lui-même approché du bois

1543 avec le reste de ses troupes , le Dauphin rangea

son
corps

d'armée en bataille derrière celui de Brissac. Les Impériaux passerent enfin le bois , & tout parut encore annoncer une affaire générale. Le bruit en vint jusqu'au Roi qui déjà s'étoit avancé jusqu'à l'Oise , & qui revint précipitamment sur ses pas au secours de son fils , mais la Cavalerie-légere de Brissac , soutenue par les Arquebusiers cachés dans le bois & par la Gendarmerie qui s'avançoit de la plaine vers ce même bois , suffit pour forcer les Impériaux de le repasser avec tant de perte qu'ils n'oferent plus reparoître & que l'armée Françoise continua sa route vers Guise sans obstacle.

Les Auteurs ont jugé diversement Mém. de die de cette retraite. L'Empereur affecta Bellay, le 13. de la regarder comme la revanche de celle qu'il avoit faite en 1521: Sleidan, à Valenciennes ; il est sûr pourtant l. 15. que celle de François I. fe fit en beaucoup meilleur ordre, sans pré

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