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suadé que des enthousiastes tels que lui, mais combien ces fanatiques de la gloire étoient estimables !

Le Roi dit à Montluc , en le prenant par le bras d'un air careflant : » Montluc recommande» moi à mon cousin d’Anguien & » à tous mes Capitaines ; dis leur » que c'est ma grande confiance » dans leurs talens qui me fait con» sentir à leur volonté; qu'ils com» battent donc , puisqu'ils le veu» lent, mais qu'ils vainquent. Voilà » Sire, répondit Montluc, un nous vel aiguillon pour leur courage ;

j'exécuterai vos ordres & ils rem» pliront vos espérances. »

Montluc porta au camp François la permission de combattre & la promesse que du Bellay le suivroit bien-tôt avec de l'argent pour payer les troupes ; mais il étoit plus aisé de leur permettre de combattre que de leur envoyer de l'argent. Au lieu de trois cent mille livres & plus , qu'il auroit fallu leur donner ,'du Bellay n'apporta que quarante mille écus , & n'arriva qu'à

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travers beaucoup de périls & de
peines avec des escortes foibles &
mal sûres dans un pays tout plein
de garnisons & de partis ennemis.

Sur le bruit de la permission ac-
cordée au Comte d'Anguien de li-
vrer bataille , toute la jeune no-
blesse prit la poste pour se rendre
en Piémont, la Cour resta déserte,
& pour avoir trop de braves sujets
le Roi n'avoit plus de courtisans.
Leur arrivée fut d'un grand secours
au Général dans le besoin où il étoit
d'argent ; il leur fit entendre qu'il
ne fuffisoit

pas

de
payer
de sa

per-
sonne , qu'il falloit encore payer
de sa bourse ; au premier mot, tou-
tes les bourses furent ouvertes. On
aimoit alors la gloire & la patrie.
Boutieres même, oubliant ses cha-
grins accourut comme les autres
à l'armée, & vint servir fous son
fuccefleur.
: Du Guast s'irritant par les diffi-
cultés , ne fit que donner encore
une plus vaste étendue à son plan.
Voyant que les François s'étoient
emparés de Carmagnole, il résolut

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d'aller passer le Pô sur ce pont de de bateaux que le Comte d'Anguien avoit construit 'aux Sablons entre Carignan & Montcallier

&t aux deux bouts duquel il avoit bâti des forts pour la défense, ayant compté en avoir besoin

pour le retour. Du Guast entreprit de forcer ce pont , ou bien fi les François s'avançoient pour le défendre, il devoit passer par les derrieres de Carmagnole, mettant entre lui & les François des Marais que ceux-ci n'oferoient franchir

pour l'attaquer ; il palleroit le Pô sur un pont de bateaux dont il portoit les piéces toutes préparées;il pénétreroit dans le Marquisat de Saluces, où il trente mille sacs de bled qui l'attendoient , il en trouveroit quinze mille à Coni, il jetteroit la moitié de ces provisions dans Carignan garderoit l'autre moitié pour la subsistance de son camp , enfermeroit l'armée Françoise entre le Pô & le Tanaro , dans ce pays ruiné, où elle se consumeroit faute de vivres. Pour mieux en assurer la perte,

y avoit

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il feroit le dégât dans tout le reste

1544 du Piémont, brûleroit tout le platpays, enleveroit tout le bétail

pour qu'on ne pût labourer les terres , & après avoir pourvû à la sûreté des places qu'il voudroit conserver, il marcheroit à Yvrée, il y trouveroit dix mille hommes de renfort que l'Empereur avoit donné ordre au Comte de Chalan de lever, il passeroit avec toutes ses forces par le Val d'Aoste dans la Savoie & dans la Bresse , il s'avanceroit jusqu'à Lyon par où il entameroit la France, tandis que l'Empereur l'attaqueroit du côté de la Cham- Bellay, l. 10. pagne.

Le Marquis fe mit en chemin Belcar. 1. 23. pour exécuter toutes ces vastes idées n. 49. 50.si, qui vinrent échouer à Cerisoles visà-vis Carignan.

Le Comte d'Anguien sentant la néceslité de le prévenir , marcha à sa rencontre. Les armées furent en présence, le jour de Pâques 13 Avril.

Pâques, la L'armée Françoise se fit voir sur 13 avril. des hauteurs d'où elle escarmoucha sans engager une action décisive,

Mém. de da

52.

1. Is

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Du Guast par une rodomontade Espagnole , fit sommer à la vûe des Francois le petit Château de Sommerive , dont les défenseurs pour toute réponse , montrerent l’armée

Françoise rangée en bataille sur les Sleidan,

montagnes, & bien-tôt le bruit de Commentar

. l'artillerie Françoise obligea le

Marquis du Guast à quitter Sommerive.

Si les François trop fatigués par la chaleur extrême, qui avoit succédé presque sans milieu aux rigueurs excessives de l’hyver , eussent été en état d'attaquer ce jour - là les Impériaux, la victoire n'eût peutêtre pas coûté cher, les Espagnols étant restés en arriere pour débarrasser quelques piéces de canon embourbées, étoient absolument séparés du reste de l'armée.

Le soir les François firent la faute de quitter leurs hauteurs dont les Impériaux s'emparerent , joignant ainsi l'avantage de la situation à la supériorité des forces, qui étoit de plus d'un tiers.

Le Marquis du Guast forma de

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