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dit horrible. Charles de Dros aupa 1544.

vant Gouverneur de Montdovi, qui
conduisoit les Italiens , fe fit tuer
ainsi que le Colonel des Gryeriens
ils balancerent en quelque sorte
par leur mort glorieuse la honte de
l'indigne corps qu'ils commandoient.
François de Genouillac, dit d'Affier,
fils unique du célébre Galiot , mou-
rut des blessures qu'il reçut dans
cette bataille. Son pere avoit eu
un pressentiment affez naturel de
fon fort ; le voyant partir pour le
rendre en Piémont sur le bruit de
la bataille prête à se livrer, il avoit
paru vouloir le retenir, mais d'Allier
ayant prononcé les mots d'honneur
& de devoir , mots facrés pour son
pere, ce pere éperdu lui avoit dit

jusqu'à deux fois en l'embrassant & Bramt. hom. en foupirant : Va donc , mon cher illuft art." - fils, va chercher la mort en poste, je

ne te verrai plus.

L'armée victorieuse fut ramenée à Carmagnole pour s'y rafraîchir.

On se hâta de mander cette grande victoire aux Ambassadeurs François dans toutes les Cours pour

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Galliot.

Mém. de du

qu'ils la publiaflent , le Comte d'Anguien ne perdit pas un moment

19544 pour en répandre la nouvelle dans les Cours d'Italie, où elle pouvoit ouvrir la route à de nouveaux fuccès.

La conquête de Carignan & de Belcar. I. 23; presque tout le Montferrat fut le n.58. premier fruit de la bataille de Cérisoles ; les places du Montferrat n'opposerent presque aucune réfistance, il n'en fut pas de même de Carignan , qui tint encore depuis le quatorze Avril , jour de la Bellay, l. 10. bataille , jusqu'au 26 Juin , manquant de pain, manquant de tout , excepté de constance ; risquant tous les jours quelque sortie & quelque ëscarmouche. On voyoit quelquefois les habitans , hommes & femmes, se précipiter du haut des remparts au fond des fossés, pour venir mandier quelques morceaux de pain daus le camp François. Le Gouverneur , Pierre Colonne, ne se rendit enfin qu'après avoir éprouvé les dernieres horreurs de la famine, & qu'en obtenant l'hon

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1544.

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neur de sortir avec armes & bagages; mais ces armes , ils n'avoient plus même la force de les porter ; les soldats exténués fuccomboient sous ce poids & se jettoient par terre , renonçant à la vie ; on fut obligé de leur fournir des voitures pour les transporter au-delà de l’Adda où la capitulation les envoyoit.

Le Comte d'Anguien ardent à recueillir tous les fruits de cette victoire par laquelle il venoit de s’immortaliser à vingt-trois ans fit proposer au Roi la conquête du Milanès qu'il croyoit facile. En effet cette victoire avoit considérablement fortifié le parti François en Italie. Plusieurs Seigneurs Italiens , neutres jusqu'alors ou attachés au parti Impérial , se déclaFoient pour la France ; il faisoient avec la plus grande facilité à Rome & dans le reste de l'Italie d'assez fortes levées , qui devoient s'assembler à la Mirandole & joindre dans le Milanés l'armée du Comte d'Anguien. Le Marquis du Guast au contraire fit battre le tambour dans

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toute l'Italie pendant vingt jours
entiers, sans qu'il se présentât per-
sonne pour s'enroller.

Le Roi goûta d'abord le projet
du Comte d'Anguien, mais bien-
tôt sur l'avis des immenses prépa-
ratifs que l'Empereur faisoit sur le
Rhin de concert avec Henri VIII,
& de l'orage qui s'apprêtoit à cre-
ver sur la France il crut devoir
rappeller fes forces dans l'intérieur
du Royaume pour défendre ses
frontieres & il donna ordre au
Comte d'Anguien de faire revenir
en France la meilleure partie de
fes troupes. Du Bellay déclare net-
tement qu'on ne pouvoit prendre
une plus mauvaise résolution , il
est persuadé que si le Roi eût pour-
suivi ses conquêtes en Italie, l'Em-
pereur auroit été obligé de parta-
ger ses forces , & que fans doute
il auroit préféré le soin si naturel
de défendre ses propres Etats à
l'espérance si incertaine d'envahir
ceux de son riyal ; mais par la
même raison François I, ne devoit-
il pas préférer le soin de défendre

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la France au projet de s'aggrandir 1544

en Italie ? Il est vrai que la France n'étoit encore que menacée par l'Empereur, au lieu que le Milanès étoit actuellement entamé par le parti François ; car tandis que le gros de l'armée du Comte d'Anguien , en attendant les ordres du Roi, avançoit toujours par le Montferrat vers le Duché de Milan , la petite armée d'Italie qu'on avoit assemblée à la Mirandole & qui étoit de dix mille hommes d'infanterie,

se mettoit en marche sous la conBelcar, l. 23. duite de Strozzi. Les peuples mé

contens du joug Espagnol la groffirent considérablement sur sa route; le Cremonez & le Plaisantin lui fournirent des vivres en abondance, peu s'en fallut qu'elle ne surprit Milan , mais ayant appris que le projet de la conquête du Milanès avoit été rejette à la Cour de France , elle ne songea plus qu'à se mettre en sûreté par une prompte jonction avec l'armée Françoise. En poursuivant sa route , l'armée de la Mirandole rencontra sur les

n. 59.

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