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tetraite, s'accordoit assez mal avec
la nécessité de pourvoir à la sub-
fistance & à la sûreté. L'Empereur
avoit donc commencé à donner
l'exemple de faire des fiéges , le
Roi d'Angleterre de fon côté s'ém
toit arrêté à assiéger Montreuil &
Boulogne , tous deux se plaignoient,
chacun s'excusoit. L'Empereur di-
soit qu'à la réserve de S. Dizier ,
qui l'avoit retenu plus long-temps
qu'il n'avoit crû, il ne s'étoit at-
taché, selon les termes du traité,
à aucun fiége important ; qu'enfin
il étoit parvenu jusqu'aux portes
de Paris, & qu'il y seroit entré si
le Roi d'Angleterre , sans perdre
son temps entre Montreuil & Bou-
logne , eût marché aussi vers Paris
& obligé par-là François I. de di-
viser ses forces. Le Roi d'Angle-
terre disoit qu'il n'avoit entrepris
ces deux fiéges qu'à l'exemple de
l'Empereur , qu'il n'en entrepren-
droit point d'autres , mais qu'il étoit
de fon honneur de réduire ces deux
places , puisqu'il les avoit attaquées,
Tous ces petits nuages, cette dilli-

i

Mém. de du

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culté de compter sur ses amis &
de dompter ses ennemis , la diffi-
culté assez grande encore de faire
subsister une armée en pays enne-
mi, malgré l'enlevement des maga-
fins d'Epernay & de Château-Thier-
ry, qui n'étoient pas inépuisables ;

les intelligences même que l’EmpeBellay, l. 1c.

reur entretenoit en France & qui n'avoient que la paix pour objet , l'ennui d'une guerre qui ne produisoit que des fatigues, de la dépense & de bien fragiles conquêtes, les maladies , la goûte dont l’Empereur étoit tourmenté, le néant de la douteuse gloire qui se fait toujours sentir de plus en plus à mesure qu'on avance en âge, peutêtre ausri l'espérance de tromper ou au moins d'amuser François I. par les conditions captieuses d'un traité, tout engagea l’Empereur à prêter l'oreille aux propositions de paix. Il entamoit, il abandonnoit, il reprenoit les négociations, selon les circonstances & le succès.

Ces négociations avoient commencé dès le temps du fiége de S,

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Felcar.1.24.

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Dizier , & peu de temps aprés ce siége, il y eut des conférences en régle à la Chaussée entre Vitry & Châlons. Si d'un côté l'Empereur avoit sçu mettre dans ses intérêts la Duchesse d'Etampes & le parti du Duc d'Orléans, de l'autre la Duchesse avoit fcu inspirer des difpositions pacifiques au Chancelier de Granvelle & à Martin de Gufman, Dominicain & Confesseur de l'Empereur. Les Députés pour les conférences furent de la part du Roi l'Amiral d'Annebaut & le Garde des Sceaux de Chemans (1); de la part de l'Empereur , Ferdinand de Gonzague & Granvelle.

L'Empereur ne s'éloignoit pas de faire son traité particulier , sans en avertir le Roi d'Angleterre mais François désirant de faire une paix générale, envoya au Roi.. d'Angleterre le Cardinal du Bellay Remond, Premier Président du Par·lement de Rouen & l'Aubespine Sécrétaire d'Etat, pour lui propo

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(1) Ou Ecault.

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4d. ibid.

ser d'envoyer aussi des Députés a
la Chauffée ; l'Empereur voyant
que Henri VIII. feroit averti, en-
voya de son côté l'Evêque d’Ar.
ras lui faire la même invitation.

Le Roi d'Angleterre faisoit alors
en personne le liége de Boulogne
tandis que le Duc de Norfolk ,
joint aux Impériaux commandés
par les Comtes de Roux & de
Bures , faisoit celui de Montreuil.
C'étoit le Maréchal du Biez (1),
Officier de quelque expérience ,
qui commandoit dans Montreuil ,
c'étoit Vervin son gendre, jeune
homme sans talens & fans courage,
trop indigne de porter le grand
nom de Coucy , qui commandoit
dans Boulogne, le Duc de Ven-
dôme couroit dans toute la Pro-
vince avec une poignée de Gendar-
mes , harceloit perpétuellement les
Anglois & les Impériaux, enle-
voit quelquefois des convois con-

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(1) Oudart du Biez nommé Maréchal de France le 15 Juillet 1542 , à la place du Masé. chal de Montejean, mort dès 1539.

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fidérables ; il en surprit un entre autres qu'on menoit d'Aire au camp devant Montreuil avec une escorte de huit cent chevaux & de douze cent Lansquenets qui même avoient avec eux quatre pieces d'artillerie. Vendôme n'en avoit point, & n'avoit que deux cent hommes d'armes, il attaque le convoi, taille en piéces l’escorte, fait huit cent' prisonniers qu'il amene à Thérouenne , prend quatre enseignes des Lansquenets, tout le convoi , deux canons, il les avoir même pris tous les quatre ,

mais faute de voitures, il n'en put faire transporter que deux. Malgré ces petits fuccès Montreuil & Boulogne vivement pressés & hors d'état d'être fecourus, ne pouvoient guères échapper aux Anglois. Aussi Henri VIII. s'empresa-t-il peu d'écouter les propositions des Députés François, il évita même de les voir , sous prétexte de les loger plus commodément, il leur écrivit de s'arrêter au Château de Hardelot , & cependant il redoubla d'ar

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