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lui alléguoit , il tâcha de croire que les pilotes faisoient le péril plus grand qu'il n'étoit ; il se dit qu'ils parloient en pilotes & non en fola dats ; mais dans cette expédition, les soldats ne pouvoient rien sans les pilotes , & c'étoit sur-tout ceuxci qu'il falloit consulter. L'Amiral en envoya quelques-uns avec des Capitaines de vaisseaux pour fonder le canal pendant la nuit, leur tapport ayant confirmé ce qui avoit été dit des difficultés invincibles de cette entreprise , il fallut abfolument y renoncer.

On mit alors un autre objet en délibération. Devoit-on ramener la flotte en France

ou se fortifier dans l'Isle de Wight ? Maîtres de cette Ide

les François l'eussent bientôt été de Portsmouth, l'un des plus beaux ports de l'Angleterre dont la possession les eút rendus maîtres encore du trajet d'Angleterre en France ; ç'eût été d'ailleurs avoir une clef de l'Angleterre comme l’Anglois en avoit une de la France ; les garnisons de Wight

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feroient dans les Provinces voisines des excursions qui obligeroient les Anglois d'entretenir une armée de terre aussi bien qu'une de mer ; on ne doutoit pas d'ailleurs que l'Isle de Wight, bien cultivée, ne fournît à la subsistance des troupes noms breuses qu'il faudroit y entretenir.

Tels étoient ou pouvoient être les avantages. Voici les inconvé. niens,

La conquête de Portsmouth n'és toit pas faite , il faudroit la faire . & le succès étoit encore incertain pour entreprendre cette conquête, il fallait déjà être fortifié dans l'Isle ; pendant qu'on travailleroit aux fortifications, la flotte n'auroit point de port où elle pût se retirer; la premiere tempête ou briseroit les vaisseaux, soit en les précipitant des uns contre les autres les poussant contre les côtes , au moins les disperseroit & les liyreroit un à un fans abri & fans défense à la flotte Angloise , qui paisible au fond de son canal pendant la tempête , n'en sortiroit qu'à

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soit en

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ou

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545. propos &

pour profiter de ses avanz tages. D'ailleurs le nombre de folk dats qu'il faudroit laisser dans l'Isle, non-seulement pour la défendre mais encore pour faire des courses aux environs , dégarniroit la fotte , au point de la mettre hors d'état de résister aux Anglois, en cas d'attaque. A ces raisons on en ajoutoit d'autres tirées de la forme de l'Isle de Wight , qui ne pouvoit être fortifiée qu'en certains endroits & qu'avec des dépenses infinies. L'avis de la plậpart des Capitaines fut de ramener la flotte en France; ce n'étoit point celui de du Bellay qui le condamne hautement, mais sans apporter de raisons

trop

décisives en faveur du sien.

Le départ étant résolu , il fallut faire les provisions d'eau nécessaires pour la route ; elles se firent avec difficulté, & entraînerent quelques combats entre les soldats François & les Anglois disposés sur les côtes pour les défendre, on tomba dans quelques embuscades , on fit quelques pertes particuliéres , on battit,

QO

on fut battu , mais le détail de ces petits combats

qui n'apportent 1545. aucun changement à la face générale des affaires, regardent plus la gazette que l'histoire. On regagna le Boulenois & l'on prit terre au Portet près de Boulogne. L'Amiral en arrivant jetta quatre mille soldats & trois mille pionniers dans, un fort qu'on bâtissoit (1) autour de Boulogne pour commander le • port & empêcher les secours qui pourroient venir du côté de la mer dans cette place que François I. se proposoit d'assiéger.

La flotte s'étant rafraichie au Portet , & ayant pourvu à la sûreté du fort dont nous avons parlé, se remit en mer pour observer la flotte des Anglois & se porter par tout où il seroit nécessaire, mais à peine avoit-on quitté le rivage qu'une tempête qui s'éleva tout-à-coup, obligea les vaisseaux François de

(1) C'étoit le projec où le Maréchal da Biez avoit d'abord échoué. Voir la fin du Chapitre précédent.

Tome IV.

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relâcher vers ces mêmes côtes d'Ana gleterre , dont ils venoient de s'é loigner. L'Amiral ne cherchoit plus tant alors la flotte Angloise, les chofes étoient changées, celle-ci s'étoit considérablement renforcée, elle étoit de cent gros navires ; maîtreffe de tous les ports , elle ne perdoit point de vue les vaisseaux François & attendoit seulement que l'orage les dispersât, pour les attaquer avec avantage. La flotte Françoise s'étoit dégarnie de soldats pour en remplir les forts qu'on élevoit autour de Boulogne , elle avoit aufli moins de navires ; le mauvais temps d'ailleurs ne permettoit pas qu'elle se servît de ses galères. Il n'y avoit que le retour du calme qui pût rétablir l'égalité en donnant à la flotte Françoise le loisir de se développer toute entiere en pleine mer ; ce calme defiré revint, & alors d'Annebaut remit à la voile, fans de firer ni craindre la rencontre de la flotte Angloise ; les deux flottes se trouverent en présence aụ point du jour. Les Anglois parurent long

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