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1945.

leur artillerie faute de ponts, ils furent obligés de revenir sur leurs pas, n'ayant exécuté qu'une partie de leur commission. Le Roi en ayant eu avis, envoya ordre au Maréchal de retourner devant Boulogne, d'en presser plus que jamais le blocus , & de camper entre Boulogne & le fort d'Outreau, pour protéger les travaux de ce fort, qu'il lui recommandoit aufli de hâter de tout son pouvoir.

Cependant les Allemands continuoient leur marche

par le
pays

de Liége , & n'étoient plus qu'à environ dix lieues de Mézieres. Le Roi leur opposa trois puissantes barrieres ; l'une à Mézieres même, l'autre sur les confins de la Cham, pagne, l'autre à Guise.

Ce fut du Bellay qu'il chargea de défendre Mézieres avec deux milles hommes d'infanterie auxquels il joignit l'arriére-ban de Bourgogne & une partie de celui de Champagne.

Longueval fut envoyé en Champagne avec ordre d'en rassembler

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1545.

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à la hâte toute la milice & de la
porter sur la frontiere.

En même-temps le Roi se fit en-
voyer de fon armée de Picardie
un détachement composé de quel-
que infanterie & de trois cens
hommes d'armes , qui sous la con-
duite du Comte d’Anguien alla fe
jetter dans Guise.

Toutes ces précautions étoient sages ; il paroisfoit néceffaire que les Allemands tentassent le passage par la France , parce que l'Empereur auquel ils avoient demandé la permislion de passer par le Brabant & par la Flandre , la leur avoit refusée , non par respect pour la paix de Crespy, qui n'exigeoit pas de lui ce refus , mais par la crainte du pillage, où ces provinces alors dégarnies de troupes auroient été exposées de la part des Lansquenets. Ce refus pourtant fut trèsutile à François I. Les Lansquenets furent arrêtés plusieurs semaines dans le pays de Liége par les négociations qui se faisoient pour obtenir ce passage. Le temps de payer la

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montre arriva. Les Commissaires 1545:

Anglois chargés de la payer, n'ayant pas leur argent tout prêt, demanderent du temps ; si les Lansquenets eussent été plus avancés , ils n'eussent pû refuser d'attendre quelques jours, mais combinant toutes ces circonstances, la défense de passer par les terres de l'Empereur la difficulté presque insurmontable de passer par les terres de France , la négligence des Anglois à acquitter le premier payement, l'inexactitude que cette négligence promettoit pour l'avenir , ils se rebuterent & fans vouloir rien entendre , reprirent la route de leur pays. Cet avantage fut dû en grande partie à la vigilance de François I.

Pendant que le Roi s'occupoit de ces soins solides , les Anglois mal bloqués dans Boulogne, insultoient le fort d'Outreau. Quoique ce fort leur laislât la liberté du port, il ne laissoit pas d'incommoder beaucoup la Ville basse vis-àvis de laquelle il étoit situé. Dès l'année précédente les Anglois

avoient voulu profiter de la fausse
démarche qu'avoit faite le Maréchal

1545:
du Biez d'abandonner ce fort avant
qu'il fût achevé, ils remarquerent
des endroits qui étoient encore tout
ouverts , d'autres où l'on pouvoit
aifément monter avec des échelles
sans être apperçu ; ils paslerent pen-
dant la nuit à gué la petite riviere
de Liane, où lorsque la mer étoit
retirée , on n'avoit de l'eau que,
jusqu'aux genoux ; ils se présente-
rent une heure avant le jour devant
le fort, mais la vigilance des Com-
mandans, la garde exacte qu'ils
faisoient faire par-tout , & princi-
palement dans les endroits foibles,
firent manquer alors l'entreprise.
Tous les Anglois qui descendirent
dans les fossés ou qui parvinrent à
monter sur les remparts , furent
tués, le reste se retira avec une 1546.
précipitation qui tenoit de la fuite. Pâques, le 25

Après cette rude épreuve de la Avril.
vigilance & de la valeur de la gar-
nison d'Outreau, les Anglois ne son-
gerent plus à s'emparer de ce fort
par affaut ni par surprise, mais les

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garnisons de Boulogne & d'Outreau 1545

continuerent à s'insulter, à s'enlever des convois, à s'entregêner pour les vivres. Les maladies contagieuses se mirent dans le fort d'Outreau, & yfirent un tel ravage que d'environ quatre mille hommes qui avoient été laissés dans ce fort , à peine en restat-il huit ou neuf cent ; il mouroit quelquefois jusqu'à cent vingt foldats par jour;les vivans ne pouvoient fuffire à la sépulture des morts, dont ils attendoient eux-mêmes le fort à tous momens. Quand tous les malades entassés dans une maison , étoient

expirés, on abbattoit la maison fur Mém. de du Bellay, l.1o. eux, c'étoit-là leur tombeau ; aucune

maison n'étoit exempte du venin,

du Bellay qui étoit venu s'enfermer Belcar. h. 24. dans ce fort, parce que c'étoit alors

le seul endroit où la guerre se fit, se logea dans la maison qu'il crut la plus faine, c'étoit celle d'un des Commandans de la place. Le frere de ce Commandant & deux de ses fils, qui paroissoient se bien porter & qui couchoient dans la même chambre que du Bellay, y moururent tous

a. 17

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