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trois la même nuit. Répétons d'après

IS 45 ce grand Capitaine que ce qu'il y eut de plus étonnant dans tous ces désastres, ce fut la patience & le courage du soldat, qui supérieur à la peste & à la mort, n'abandonna pas un instant la garde de la place & empêcha les Anglois de mettre à profit tant de malheurs.

Lorsqu'après l'expédition de la terre d'Oye le Maréchal du Biez par ordre exprès du Roi vint reprendre autour de Boulogne & à portée du fort d'Outreau le poste qu'il n'auroit jamais dû abandonner, le premier soin fut de jetter des hommes & des vivres dans Outreau , où la contagion avoit enfin cessé ses grands ravages. Les hommes y entrerent sans obstacle ; quant au convoi , Senerpont que le Maréchal avoit chargé de le conduire avec une escorte de soixante hommes d'armes seulement , rencontra trois cent chevaux Anglois, qui s'étoient postés sur sa route pour lui fermer le passage ; il les attaqua malgré son infériorité, les diflipa,

& introduisit heureusement son 1545

convoi dans le fort, n'ayant perdu que cinq hommes de sa troupe, dont deux tués, trois prisoniers.

Au retour il eut à essuyer un choc plus rude. Sept cent hommes de cavalerie & quatre cent Arquebufiers à pied étoient sortis de Boulogne & étoient venus se mettre en embuscade sur la route par où de

voit passer Senerpont. Mais d'un 1546. autre côté le Maréchal du Biez fai

soit avancer son armée vers le fort & une petite troupe de Gentilshommes marchoit devant lui. Cette troupe joignit Senerpont , qui avec ce léger renfort , attaqua la cavalerie Angloise alors séparée des Arquebusiers. Après un combat assez vif, les Anglois furent mis en fuite, laissant sur la place environ cent cavaliers , les François n'en perdirent guères moins. Senerpont ramena soixante & quinze prisonniers, tous vêtus de casaques de velours chamarrées d'or & d'argent ; soit que cet habit magnifique fût l’uniforme de cette troupe , ou un habit

de

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15451

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de distinction qui annonçât des Of-
ficiers considérables.

Trois semaines après, le Maré-
chal du Biez sembla vouloir réta-
blir sa réputation par une action
assez vigoureuse, où il eut un avan-
tage marqué. Aussi occupé de la
défense d'Outreau qu'il avoit paru
la négliger d'abord , il préparaľun
second convoi qu'il voulut conduire
lui-même avec cinquante hommes
d'armes de sa compagnie, cinquante
Arquebusiers & quatre mille hom-
mes d'infanterie Allemande (car il
y en avoit dans les deux partis.)
Il rencontra un corps de six mille
Anglois commandés par Mylord
Sorel qui l'attendoit au passage , il
l'attaqua, le combat fut vif& long,
les Anglois furent enfin obligés de
plier , ils se retirerent sous un petit
fort, du Biez animé par sa premiere
victoire , alla les y attaquer & par-
vint à les y forcer. Les Anglois
perdirent sept à huit cent de leurs
meilleurs foldats, on leur fit de
plus deux cent prisonniers. La perte
des François fut legére.
Tome IV.

P

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1545.

Le Maréchal eut le bonheur de finir mieux qu'il n'avoit commencé. Cet exploit fut le dernier de cette guerre, le dernier même de ce regne. Henri VIII. s'ennuya d'une guerre qui lui causoit beaucoup de dépense sans lui acquérir aucune gloire. Il voyoit les François déterminés à reprendre Boulogne à quelque prix que ce pût être , il d'avoit plus l'Empereur son allié pour l'échauffer & le seconder. François I. de son côté soupiroit pour le repos que ses infirmités lui rendoient nécessaire d'ailleurs ; 11 se défioit toujours des dispositions de l'Empereur, il le regardoit comme fon seul ennemi véritable , il vouloit employer le loisir de la paix à mettre son Royaume à l'abri de toute insulte de la part de ce rival implacable & toujours dangereux,

Ces dispositions rapprochant François I. & Henri VIII; la paix fut bien-tôt conclue par les Plénipotentiaires , qui tinrent leurs con. férences entre Guines & Ardres. C'étoient de la part de la France,

Commentar:

l'Amiral d'Annebaut, & Raymond,

1545. Premier Président du Parlement de

Belcar. l. 24.
Rouen ; de la part de Henri VIII. n. 17.1%.
Mylord Dudley, Amiral d’Angle-
terre.

L'objet de la négociation étoit Sleidan,
très-simple & sans aucune compli- 1.15.
cation d'intérêts. Henri VIII. avoit
entrepris la guerre par caprice , il
la finit par raison. il n'avoit fait
qu'une seule conquête, on n'en avoit
point fait sur lui, il ne s'agissoit
que de vendre la restitution de cette
conquête , & c'est ce qu'il fit. On
convint que le Roi de France paye-
roit dans l'espace de huit ans au
Roi d'Angleterre une somme de
deux millions , tant pour les an-
ciennes dettes que pour le prix
de Boulogne & de ses dépendances,
qui seroient fidélement remises à
Is France au dernier payement. Ce
traité promptement conclu, fut
encore plus promptement ratifié,

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