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1541.

par inclina

lir son ennemie. On peut juger d'a-
près ces circonstances fi deux fem-
mes , deux maîtresles, l'une du Roi,
l'autre du Dauphin , se haïssoient
mortellement , & fi cette haine s'é-
tendoit aux partisans de l'une & de
l'autre. Montmorenci, soit par égard
pour le Dauphin , soit
tion
pour

Diane de Poitiers, avoit toujours paru aflez attaché aux intérêts de celle-ci ; il s'allia même dans la suite avec elle par le mariage de Henri de Montmorenci, fon second fils (1), avec Antoinette de la Marck , petite-fille de Diane. Ces liaisons , une certaine jalousie dont le Roi n'étoit pas incapable, & qui lui faisoit refuser sa confiance aux cours trop partagés entre son fils & lui, une maniere triste & chagrine d'envisager les objets, fruit de l'altération de sa fanté, telles furent les causes du dégoût qu'il conçut pour le Connétable. S'il étoit vrai, comme Mé

(1) Qui fut depuis le Connétable Henri, non moins illustre que son pere.

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zerai l'insinue, que le Connérable eût poussé l'attachement pour le Dauphin , jusqu'à traverser par des cabales l'aggrandissement du Duc d'Orléans , en engageant l'Empereur à lui refuser sa niece & l'investiture du Milanès, il seroit absolument inexcusable ; cette idée rentre dans l'accusation de trahison , & nous avons fait voir combien elle étoit peu vraisemblable. D'ailleurs, toute la conduite de l'Empereur ne prouvet-elle pas que son parti étoit pris depuis long-temps de garder le Milanès , & qu'il n'avoit besoin

pour cela des conseils ni des infinuations de personne ?

François traita le Connétable en favori disgracié, non en coupable, il se contenta de l'éloigner de la Cour & des affaires ; Montmorenci alla porter

à Chantilly les lauriers dont il étoit couvert , & le regret de devenir inutile (1); il y laissoit

( 1 ) Ce fut pendant cette disgrace qu'il bâtic le Château d'Ecoven. On dit que par une alurion puérile au nom d'Ecouen , mais

par une alluviou lage & noble à sa faveur & à la disgrace, il fit

éclater avec une liberté hardie sa 1541.

haine pour la Duchesse d'Estampes, fon mépris pour les courtisans, en présence de courtisans même , qui venoient épier ses sentimens & ses discours. On ne le verra plus paroître dans le Ministere sous ce regne. Le Roi se priva du plus illustre des Généraux qui lui restoient, & de fon plus grand Ministre.

Le Maréchal de Trivulce , qui s'étoit trouvé à dix-huit batailles, n'avoit rien vu d'égal à la bataille de Marignan ; Anne ( 1 ) de Montmorenci, qui , comme lui étoit à

celle-ci , se trouva de plus à un Brant. hom. grand nombre d'autres, sinon auffi

opiniâtres que celle de Marignan Montmoren- du moins aussi célébres & ausi meurgia

trieres ; il n'y en eut aucune où il n'ait été, comme dit Brantôme, ou pris , ou blessé, ou mort. En 1912, il étoit avec le Duc de Nemours à

jlluft. art.

Anne de

fraver sur la porte de ce Château , ces mots de Pode d'Horace à Dellius :

ÆQUAM memento rebus in arduis

Servare mentem. (1) Il se nommoit Anne du nom d'Anne de Bretagne , Reine de France, donc il étoit le filleul.

1541,

celle de Ravenne; en 1522, il avoit fait des prodiges de valeur à la bataille de la Bicoque où il pensa périr mille fois, A Pavie, il avoit été fait prisonnier avec le Roi (1). Dans le cours de cette guerre de 1521, il s'étoit signalé par divers exploits ; il avoit mérité de commander en chef dans celle de 1536. Cette même année il fauva la Provence par une conduite qui lui mérita le titre de Jage Cunctateur & de Fabius François. L'année suivante il força le passage de Suze, exploit rare & important, il soutint la gloire des armes Francoises tant en Artois qu'en Piémont. Sa carriere militaire ne finit point à fa disgrace ni avec le regne de François I. Malheureux sans cesser d'être grand & vaincu sans rien. perdre de sa gloire, il fut fait prifonnier aux batailles de S. Quentin & de Dreux. Honteux de tant de captivité, il jura avant la bataille de S. Denis qu'on ne le reverroit

(1) Mais sans avoir affifté à la bataille. Voir le chap. g. du lixo za

que mort ou victorieux ; il revint 1541.

victorieux & couvert de blessures mortelles que lui attira un courage inflexible , trop supérieur à son âge & à ses forces. Il en mourut le lendemain 12 Novembre 1567, chargé d'ans & d'honneurs.

Comme Général, nous ne voyons sous le regne de François I perfɔnne qui puisse lui être comparé que le Connétable de Bourbon , qui l'égale & même le surpasse, & le Comte d'Anguien qui périt dès l'aurore de sa gloire. Les Lautrec , les Bonnivet, les Brion, les Saluces, les d’Annebaut ne valent pas Montmorenci. Nous ne parlons que des Généraux de François I, & non de ceux de l'Empereur.

Pour juger de ses talens comme Ministre, il ne faut le considérer ni sous le regne de Henri II. où il gouverna moins qu'il n'obéit à la Duchesle de Valentinois , ni sous les regnes orageux de François II. & de Charles IX. où le vieux refpect dû à son nom & le souvenir de la grandeur passée, ne pouvoient

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