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1541. quels Brion n'obéit qu'à regret. Ni

le Cardinal, ni Brion n'auroient osé compromettre ainsi les intérêts du Roi, & s'ils l'eufsent osé, ils auroient été disgraciés tous deux dans le même-temps, c'est-à-dire, dans le temps de leur faute. Les causes exprimées dans l'Arrêt de condamnation, dont nous parlerons toutà-l'heure , sont encore moins les véritables. La cause pour ainsi dire publique, fut un trait de hauteur de la part de Chabot , & de la part du Roi un de ces traits d'aigreur & d'impatience auxquels il

étoit devenu sujet depuis sa maladie; Mézeray, mais la cause fecrette fut l'amitié abr. chren. peut-être un peu trop tendre qu'aI550. voit conçue pour lui la Duchesse

d'Estampes , dont son neveu avoit épousé la four (1). Le Roi qui avoit toujours beaucoup aimé Chabot, commençoit à être plus choqué de ses succès & de son orgueil, que

1

(1) Guy de Chabot, neveu de l'Amiral, avoic épousé Louise de Pift-leu , fæar de la Duchele d'Estampes.

1541.

touché de ses qualités aimables. Un jour dans un mouvement de colere il le menaca de lui faire son procès. Chabot orgueilleux & sensible , ne sçut pas céder à son Maître : »Vous » le pouvez, Sire, répondit-il fié» rement , ma conduite a toujours » été irréprochable & n'a rien à » craindre du plus sévère exámen.» Le Roi se crut bravé, & peut-être par un rival, il alla mettre son honneur à soutenir une menace qui lui étoit échappée. Le Chancelier Poyet, qui ne pouvoit souffrir Chabot, parce que les ambitieux ne peuvent

fouffrir les favoris , attisa le feu, irrita le Roi, & lui persuada qu'il seroit aisé de convaincre Chabot de plusieurs fautes, mêmes capitales. Cette affaire étoit devenue une espece de gageure entre le Roi & Chabot ; le Roi ne vouloit point perdre ce favori , mais il vouloit l'humilier & lui faire voir que les sujets les plus grands ne sont rien, quand il plaît aux Rois de retirer leur main protectrice ; il parut donc le livrer aux coups de ses ennemis ; il le fit ar

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reur

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rêter & mettre au Château de Me, I541.

lun, le Chancelier instruifit fon procès avec des Commissaires tirés de divers Parlemens. Le Roi ayant

au bout de quelque-temps demandé Brant.

des nouvelles de ce procès, le Chanhomm. illuft." art. Brion. celier crur bien faire la Cour, en Le Laballo disant que l'Amiral étoit convaincu

addir aux mém. De de vingt-cinq crimes capitaux. Le Castelnau... plus grand de ces crimes étoit d'avoir

imposé un très-foible droit d'Amirauté sur les harangs. Chabot croyoit ce droit légitime, mais eût-il'été illicite , la restitution & une légere amende étoient toute la peine que méritoit une faute d'un ordre fi commun. Le Roi sourit de ce vain entassement de charges , & s'indigna de cet acharnement à poursuivre un malheureux. Il reconnut la bassesse du courtisan & l'indignité du Juge corrompu ; l'idée qu'il prit alors du caractere de Poyet , ne contribua pas peu à la disgrace de ce Chancelier"; mais le Roi voulut profiter de

ces circonftances contre l'orgueil de Chabot;: » Eh ! bien , lui dit - il ,

- homme » irréprochable,

toutes

*> irréprochable, foutiendrez-vous encore

1541. » votre innocence ? Ma prison, répondit Chabot, avec modestie & avec , finesse , m'a appris que nul ne pouo voit se dire innocent devant fon Dieu » ni devant son Roi. » François fut touché, mais il dissimula , il vouloit que la leçon fût entiere , il laissa rendre l'Arrêt ; on n'eut pas honte (1) de condamner Chabot à quinze cent cinquante mille livres tournois d'amende & au bannissement perpétuel. C'étoit le ruiner & le deshonorer , deux peines plus fortes que la perte de la vie. Du moins , dit alors Chabot au Roi, la rage de mes ennemis n'a pu me convaincre d'aucune felonie envers votre. Majesté. Le

Parq. reRoi alors vint à son secours , il n'é- cherch. de la couta plus que son cæur & la Du- France , 1.6. chesse d’Estampes. Celle-ci n'avoit point abandonné son ami. Des Lettres-Patentes du 12 Mars 1542,

Sleidan,

c. 9.

Commentar. lib. 13•

(1) Un des Juges par un mélange bizarre de courage & de foiblesse, marqua par un petit mot Lacin , tracé en caractères presque imperceptibles', qu'il ne signoic cec injuste Arrêt que comme contraint. Tome IV.

D

1.

22. n. sso

rendirent à Chabot son honneur & I541.

ses biens , le rétablirent dans ses Belcar,

dignités & dans sa réputation , le déchargerent de l'amende, le rappellerent du bannissement & imposerent un silence éternel au Procureur-Général. Toute la puissance du Roi ne pouvoit réparer le mal

que ses Juges avoient fait ; ces Lettres - Patentes ne prouvoient pas l'innocence de Chabot; elles pouvoient avoir été accordées à l'amitié, à la pitié , à la sollicitation. Chabot le sentit bien ; aussi n’employa-t-il ces Lettres que comme une des pieces de son procès, qu'il fit renvoyer au Parlement pour y être revu. Chabot fut pleinement

disculpé par un Arrêt du 23 Mars , 1542. & le 29, le Roi lui fit expédier dans

son Conseil d'autres Lettres (1), qui le déclaroient innocent,

Mais le coup mortel étoit porté ; le fenfible Chabot avoit succombé sous le poids de l'humiliation , il ne fit que languir jusqu'au premier

(1) Datées de Bar-sur-Seine.

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