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1543

Juin 1543 , qu'il mourut

laissant au Roi avec le regret de fa perte & le remords de l'avoir causée , l'importante leçon de ne se point jouer de l'honneur de ses Sujets. C'étoit un malade tué par une dose trop forte d'un remede qui lui étoit pourtant nécessaire , & qui donné avec modération, auroit pu le guérir. Le Roi le fit enterrer aux Célestins dans la Chapelle d'Orléans, (1) & lui érigea un superbe tombeau ; tardive & insuffisante réparation d'un mal irréparable. Le Maréchal d'Annebaut fut fait Amiral à

sa place.

Chabot fut vengé en partie dès son vivant, & pleinement après la mort du Chancelier Poyet son persécuteur.

La destinée des Chanceliers fous ce regne fut brillante & malheureuse. Le Chancelier Duprat, de l'état de simple Avocat , élevé au faîte de la fortune & de la Puissance , comblé des faveurs de l'Eglise & de la

(1) Chaboc tenoit à la Maison d'Orléans par fa femme.

Cour, avoit vu son crédit décliner, mais son ambition n'avoit fait qu'augmenter. Déjà Cardinal, grace au Concordat, & aux négociations pour la réduction de Florence sous l'autorité des Médicis , il porta

dit-on, ses vues jusqu'à la Papauté Capelloni à la mort de Clément VII. Il fit exemp. polit.

part de ce projet au Roi qu'il pria de le seconder ; le Roi dédaignant de servir fa vanité, proposa beaucoup de difficultés , & fit entendre sur-tout qu'on ne pouvoit réussir qu'à force d'argent ; le Chancelier eut la maladresse de lever cette difficulté & de donner connoissance au Roi des gains immenses qu'il avoit faits dans le Ministère. Le Roi ne dislimula point son indignation ; depuis ce temps le Chancelier ne fit que lutter contre la disgrace & qu'en fauver les apparences. Il

mourut dans son Château de Nan1535. touillet, le 9 Juillet 1535. Auffi

tôt après sa mort, le Roi fit un emprunt forcé de cent mille écus à fes (1) héritiers, qui n'eurent garde

(!) C'est à cette occation que fut faire l'allusion li connue : Sat Prata biberunit.

coire des

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de le refuser, trop heureux de ra-
cheter à ce prix l'immense dépouille
qu'il leur laissoit.

Sa place_fut donnée à Antoine François Da
du Bourg, Président au Parlement, chefe, hiru
Celui-ci n'eut guères le temps de Chanceli.rs
développer ses talens ni d'établir & Gardes des
son crédit. En 1538, le Roi étant
allé visiter la Ville de Laon la

1538.
foule du peuple qui s'empressoit pour
le voir fut si grande, que le Chan-
celier du Bourg qui étoit à la suite,
fut renversé de fa mule, foulé aux
pieds des chevaux & cruellement
écrasé. (1)

Il eut pour successeur Guillaume
Poyet, fils d'un Avocat d'Angers,
& lui-même Avocat célébre à Paris.
L'honneur

que

lui
éloquence de plaider la trop fameuse
cause de la Duchesse d'Angoulême
contre le Connétable de Bourbon,
fut la source de sa fortune. Il fut

procura fon

(1) Il ne mourut pas sur le champ, raais fort peu de temps après Le fameux Anne du Bourg, Conseiller au Parlement, pendu & brûlé en Greve le 21 O&tobre 1959, par inne violence si indigne de la Religion à laquelle on prétendoit le sacrisier, étoit son neveu. ( Biblioth. de la Croix des Maine.)

1

fucceffivement Avocat - Général 1542. Président à Mortier & Chancelier.

Le talent qu'il avoit & qu'avoit eu
du Prat de trouver des ressources
pour remplir les coffres du Roi dans
les temps difficiles , l'avoit mis dans
la plus haute faveur. Il s'étoit vu
au moment d'être premier Ministre
à la disgrace du Connétable & de
PAmiral. C'étoit où le fort avoit
voulu l'élever pour le précipiter de
plus haut. La Duchesse d’Estampes
ne lui avoit point pardonné l'achar-
nement criminel avec lequel il avoit
persécuté l'innocence de Chabot,
le Roi lui-même en avoir été indigné;
le parti du Dauphin n'étoit pas moins
contraire au Chancelier, le Roi & la
Reine de Navarre, tout se réunifloit
contre lui. C'est quelquefois par des
motifs injustes qu'on fait des actions
justes. Si Poyet avoit mérité une dif-
grace, c'étoit par la conduite inique à
L'égard de Chabot, ce fur fon atta-
chement aux regles qui le perdit.

Les femmes ne cefloient de cabaler & de folliciter à la Cour, oubliant, selon l'usage, tout ce qu'on

1542.

leur accordoit, & ne se souvenant que de ce qu'on leur refusoit. La Reine de Navarre demandoit au Chancelier la grace d'un de ses domestiques, coupable d'un rapt ; la Duchesse d'Estampes vouloit qu'il scellât des lettres d'évocation dans un procès qu'avoit Jean de Bari la Renaudie, Gentilhomme Périgordin, u de ses protégés , contre le fameux du Tillet, Greffier Civil du Parlement. Le Chancelier avoit refusé de les sceller , ne les croyant pas justes. La Duchesse avoit renvoyé la Renaudie lui ordonner de la part du Roi & de la fienne de les sceller. La Renaudie ne prit que trop bien le ton de la commiffion impérieuse, le Chancelier fut indigné, il persista dans son refus, & raya lui-même les clauses qui lui déplaisoient dans ces Lettres ; il lui échappa quelques réflexions libres & vraies sur l'excès & l'abus du pouvoir des femmes à la Cour ; ja Reine de Navarre, qui étoit présente, prit pour elle ce trait de satyre , & ne laissa pas ignorer à

Belcar. l. 2.2 n. SS.

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