Imágenes de páginas
PDF
EPUB
[ocr errors][merged small][merged small]

SATYRES PERSONNELLES

TRAITÉ HISTORIQUE ET CRITIQUE De celles qui portent le Titre d’Anti (2). CW-09-cungapw9-COD-CC

PREMIER ENTRETIEN
Entre Messieurs de Saint Yon, de Rincail, de Brillar ,

& de Verton.
Envoyé à Mr. de la Cour d'Oronne.

[ocr errors]
[ocr errors]

N

[ocr errors]

Ous nous entretenions insensiblement des choses qui faisoient alors le sujet ordinaire des conversations. Nous parlions de l'accident des Villes de Naples & de Benevent, de la fortune de Soliman III. de la derniére Ambassade de Siam , de la catastrophe de

l'Angleterre : & fans y songer nous entrions déja dans les matiéres qui regardent l’Electorat de Cologne , les bulles

15 Je pense avoir déja observé que Baillet tira, & non pas du Grec E Tupos.S. écrit toujours Satyre quoique ce mot , dans 2* Ce Traité a été imprimé pour Je sens qu'il lui donne , viennc du Latin So- miére fois en 2. vol. in-12. à Paris-1689. Tome VII.

A

la

pre

2

des Evêques, & la nature des excommunications de Rome , lorfque

Mr de Brillat dit à Mr de Rintail qu'il lui demandoit une tréve pour les nouvelles étrangeres. Les affaires des Grands , dit-il, ne nous regardent pas. Nous ne sommes pas faits apparemment pour gouverner ni pour réformer les Etats de ce monde. Laissons là le Pape &le Turc; je suis bien-aise de vousavertir que nous ne sommes venus aujourd'hui Mr de Verton & moi que pour entendre la lecture du Recueil que vous avés fait des Anti,

Vous commencés de bonne heure à vous divertir , lui dit Mr de Rintail. Vous devriés vous souvenir que ce n'étoit qu'en riant & fans aucune conséquence que je vous dis l'autre jour que je vous ferois voir mes Anti. Je sai de bonne part que Mr de Verton n'a pas oublié ce mot , qu'il en a déja prévenu cinq ou six personnes de Lettres en une seule compagnie: mais je doute qu'il pût être au goût de tout le monde , tout nécessaire qu'il vous paroille pour caractériser mon Recueil.

Je vis bien à la mine que je ne devois pas négliger de mettre ma discrétion à couvert , & je lui répondis que je ne voyois rien de trop nouveau ni de trop surprenant dans le terme d'Anti

. Que si le Mascurat de Naudé, qui n'étoit pas d'une profession à faire de nouveaux établissemens dans la République des Lettres, avoit eu alsés de crédit pour faire recevoir celui de Proto ; je ne voyois pas beaucoup de danger à exposer celui d'Anti , venant d'une personne qui avoit quelque caractére dans le monde au - dessus de Mascurat.

Le jeune Mr de S. Yon qui nous écoutoit tranquilement , se mit à rire du plaisant effet que ces expressions produisoient dans son imagination. Mais pour lui faire connoître que je voulois bien entendre raillerie avec lui , je lui dis que Mascurat marque au commencement de ses Entretiens avec Saint Ange (1) que Mr Renaudot l'avoit fait le PR OTO de for Imprimerie contre les Médecins de Puris.

Mr de S. Yon , me répondit d'un air enjoué qu'il ne pouvoit qu'admirer la facilité des Magistrats qui gouvernent la République des Lettres , en ce qu'ils avoient bien voulu accepter le terme de Proto qui leur étoit proposé par un homme d'ausī petite confidération qu'étoit Mascurat. Car je vous dirai par la permission de Mr de Rintail , ajouta-t-il, que j'ai lû tous ces Entretiens de Mar curat & de Saint Ange, que cette lecture m'a diverti fort agréa- · i Pag. 78.

blement , & que j'en ai tiré même, quelque utilité. Mais après tout , ce ne sont que des Entretiens de la lie du peuple , tels que les Artisans ont coutume de fournir entre eux , lorsqu'ils boivent ensemble; & fi vous vous en souvenés, Saint Ange n'étoit qu'un petit Libraire de bale , & Mascurat un drole qui favoit quelque chose , mais qui de méchant Imprimeur étoit devenu Colporteur de livres bleus , de gazettes , & d'autres feuilles volantes.

A dire le vrai , reprit Mr de Brillat, le mot de Proto a bien de l'air d'un terme de boutique où il me semble que les expressions les plus nobles , & les locutions les plus rélevées, tombent souvent dans le Comique & le bas burlesque. Mais, continua-t-il, on peut très-volontiers passer cela soit à des Ouvriers d'Imprimerie , soit à des Valers de Collége, soit même à des Clercs de Notaires & de Procureurs qui entendent souvent parler de Proto-Notaires, Proto-Coles, &c.

Patience , dis-je , vous ne vous souvenés pas qu'on ne parle plus de la forte , mais qu'il faut prononcer PROTE-COLE, PROTENOTAIRE : c'est comme parlent ceux qui parlent bien (1).

Vous ne voyés pas , ajouta Mr de Rintail, que Mr de Verton nous débite du Menage tout pur : je ne croyois pas qu'il eût seulement lû une page des Ouvrages de cet Auteur. Mais Mr Menage voudroit-il que nous dislions aussi Prote-Syncelle , ProtePape, &c (2)

Non, répondis-je : parce que Mr Menage n'avoit entrepris d'établir cette prononciation que pour les Proto qui auroient trois O de fuite, comme sont les deux premiers mots que Mr de Brillat. vient d'alléguer, & comme pourroient être encore Proto-Forestier, Proto-trone, &c. que je ne prononcerois pas impunément de la sorte en présence de Mr Menage (3).

Si nous nous engageons dans des discours vagues , dit Mr de Brillat, nous perdrons le tems que nous avons destiné pour voir les Anti. Encore une fois croyés que cela doit faire tout le sujet de la visite que nous vous rendons aujourd'hui. Dans quelque digression que vous vous laissiés engager , je vous ferai toujours revenir à ce point-là.

i Observat. sur la L. Fr. ch. 167. P: 375. feconde Edition. · 2 V. Codin de Offic. Const.

3 S Il se moque de Ménage avec raison. L'usage est pour Protocole, & pour Protonotaire. $

[ocr errors][subsumed]

M

R de Rintail vid bien alors que nous ne demandions pas

à perdre notre tems , & il prit le porte-feuille où étoient les cahiers dont il vouloit nous faire la lecture. Il nous fit connoître d'abord que ce que nous appellions les Anti , n'étoit autre chose que des Ecrits Satiriques pour la plupart , c'est-à-dire des Satires Personnelles, dont les Auteurs avoient eu intention de choquer leurs Adversaires dès le premier mot du Titre. Sur ce que je témoignai être en peine de savoir s'il prenoit le mot de Satire dans le sens naturel & dans sa premiére signification , & pourquoi il spécifioit ces sortes de Satires par le nom de Personnelles, il nous dit que les Satires dont il nous parloit n'avoient rien de commun avec celles des Anciens Grecs , & qu'on ne pouvoit pas aisément les rapporter à aucune des espéces qu'on a vû introduites parmi les Romains,: mais que la plupart pouvoient être appellées des censures accompagnées d'invectives & de médisances. Je les appelle Perfonnelles , continua-t-il , afin de les mieux distinguer des Satires Réelles.

Monsieur , dit le jeune Mr de Saint Yon-parlant à Mr de Rintail, je ne comprens pas bien la force de ces termes. Est-ce que les Satires personnelles sont moins réelles que les autres?

Ce n'est point cela , repartit Mr de Rintail, le terme de Réel ne veut pas dire en cette occasion quelque chose de vrai , d'effe&tif, de solide. Réel doit se prendre ici comme on le prend dans les Livres de Droit, & suivant la notion que nous donne son étymologie de la maniére que l'on dit Servitude réelle ; Action réelle. Ainsi une Satire réelle est celle qui ne regarde que les choses sans en vouloir à la personne ; elle ne s'en prend qu'aux vices de l'ame ou aux erreurs de l'esprit; au lieu que les Satires personnelles attaquent directement la personne du Vicieux ou del’Errant, si bien qu'elles paroissent opposées encore plus que les autres au premier institut de la Satire.

Je l'interrompis pour le prier de nous en nommer quelques-unes de l'une & de l'autre espéce, afin de rendre encore plus nette & plus diftincte l'idée qu'il nous en vouloit donner.

Je ne prétens pas , me dit-il, m'engager présentement à vous répondre du fonds de ces Ouvrages, dont quelqu'un de nos amis aura peut-être occasion de traiter plus à propos dans quelque tems.

blement , & que j'en ai tiré même quelque utilité. Mais après tout , ce ne sont que des Entretiens de la lie du peuple , tels que les Artisans ont coutume de fournir entre eux , lorsqu'ils boivent ensemble ; & fi vous vous en souvenés, Saint Ange n'étoit qu'un petit Libraire de bale , & Mascurat un drole qui favoit quelque chose, mais qui de méchant Imprimeur étoit devenu Colporteur de livres bleus , de gazettes, & d'autres feuilles volantes.

A dire le vrai , reprit Mr de Brillat, le mot de Proto a bien de l'air d'un terme de boutique où il me semble que les expressions les plus nobles , & les locutions les plus rélevées, tombent souvent dans le Comique & le bas burlesque. Mais, continua-t-il, on peut très-volontiers passer cela soit à des Ouvriers d'Imprimerie , soit à des Valets de Collége, soit même à des Clercs de Notaires & de Procureurs qui entendent souvent parler de Proto-Notaires , Proto-Coles, &c.

Patience , dis-je , vous ne vous souvenés pas qu'on ne parle plus de la forte , mais qu'il faut prononcer PROTE-COLE, PROTENOTAIRE : c'est comme parlent ceux qui parlent bien (1).

Vous ne voyés pas , ajouta Mr de Rintail, que Mr de Verton nous débite du Menage tout pur : je ne croyois pas qu'il eût seulement lû une page des Ouvrages de cet Auteur. Mais Mr Menage voudroit-il que nous dissions aussi Prote-Syncelle , ProtePape, &c (2)

Non, répondis-je : parce que Mr Menage n'avoit entrepris d'établir cette prononciation que pour les Proto qui auroient trois O de fuite, comme sont les deux premiers mots que Mr de Brillat. vient d'alléguer , & comme pourroient être encore Proto-Forestier,

&c. que je ne prononcerois pas impunément de la forte en présence de Mr Menage (3).

Si nous nous engageons dans des discours vagues , dit Mr de Brillat , nous perdrons le tems que nous avons destiné pour voir les Anti. Encore une fois croyés que cela doit faire tout le sujet de

que nous vous rendons aujourd'hui. Dans quelque digression que vous vous lailliés engager , je vous ferai toujours revenir à ce point-là.

Proto-trone,

la visite

I Obfervat. sur la L. Fr. ch. 167.P: 375. seconde Edition.

2 V. Codin de offic. Const.,

3 S Il se moque de Ménage avec raison. L'usage est pour protocole, & pour Proronotaire. $

« AnteriorContinuar »