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Le chef de l'ambassade,qui en avoit le secret, sentit bien qu'il falloit qu'il fit des propositions plus avantageuses pour déterminer le sénat à prendre la défense de Capoue les magistrats, qui, avant son départ, s'étoient bien aperçus qu'ils n'avoient au plus que le choix de leurs maîtres, aimant mieux en prendre d'éloignés que de se soumettre à leurs voisins, avoient ordonné à cet ambassadeur, s'il ne pouvoit obtenir pour eux la qualité d'alliés de Rome, de les en rendre plutôt les sujets que de laisser tomber Capoue sous la puissance des Samnites. Ainsi il répondit au consul que, puisque les Capouans ne pouvoient rien obtenir des Romains en qualité d'alliés, il se flattoit que le sénat ne souffriroit pas que les Samnites s'emparassent d'une ville et d'un pays dont il étoit chargé de leur remettre la domination: « C'est pourquoi, ajouta cet << ambassadeur, nous vous donnons aujourd'hui, et <«< nous mettons sous vos lois, la ville de Capoue, nos « terres, nos domaines, nos temples, nos personnes <«< nous vous reconnoissons pour nos souverains, et <«< nous protestons à la face des dieux et des hommes. de vous garder une fidélité inviolable. »

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Le sénat, ayant amené la négociation au point qu'il souhaitoit, accepta solennellement la donation de Capoue; et, comme il vouloit toujours mettre de son côté la justice, ou du moins les apparences de cette vertu, il envoya des ambassadeurs aux Samnites pour leur notifier ce traité, et pour les prier en même temps, en vertu de leur ancienne alliance, de retirer leur armée d'un pays qui appartenoit au peuple romain,

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Les Samnites, outrés qu'on prétendit arrêter le progrès de leurs armes, et leur arracher des mains, pour ainsi dire, la ville de Capoue, se récrièrent contre un traité qu'ils regardoient comme une pure supercherie: leurs magistrats rejetèrent avec indignation la proposition des ambassadeurs romains, et, en sortant du conseil, ils ordonnèrent en leur présence à leur géné-. ral de mettre tout à feu et à sang dans le territoire de Capoue c'étoit s'expliquer nettement. Aussi ces nouvelles hostilités furent suivies d'une déclaration de. guerre entre les deux nations; =an 410 de Rome et le sénat en donna la conduite à M. Valerius Corvus et à A. Cornelius Cossus. Cette guerre commença l'an 411. de la fondation de Rome : elle se fit toujours de part et d'autre avec une égale animosité; et, quoique interrompue quelquefois par des trèves, elle recommençoit ensuite avec la même fureur. Les Gaulois cisalpins, les Toscans, ceux de Tarente, les Latins, et même des Grecs et des Africains, y prirent part; Pyrrhus, roi. d'Épire, le plus grand capitaine de son siècle, passa la. mer en faveur des Tarentins; et les Carthaginois, qui commençoient à s'établir en Sicile, et qui en affectoient la domination, leur envoyèrent différents secours pour traverser les conquêtes des Romains. Ce fut comme un embrasement qui se communiqua successivement dans toute l'Italie, et qui ne fut éteint que par des ruisseaux de sang. Il se donna de grandes bas tailles, et avec des succès différents : les Romains d'a hord vainqueurs et ensuite vaincus, mais jamais rebutés de combattre, indifférents, pour ainsi dire, sur

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leur propre défaite, reprenoient les armes avec un nouveau courage. On ne savoit ce que c'étoit que fuir dans leurs armées; le soldat vouloit vaincre ou mourir, et il se trouva plus de Romains punis pour avoir combattu sans en avoir ordre que pour avoir lâché pied et quitté leur poste. Enfin, après une guerre presque continuelle, et qui dura pendant plus de soixante-dix ans, le courage des Romains, une valeur héroïque qui se trouvoit dans les simples soldats comme dans les officiers, leur patience dans les travaux, leur discipline militaire, mais sur-tout l'amour de leur patrie, les fit triompher de leurs ennemis : la nation des Samnites fut presque détruite; on chassa Pyrrhus de l'Italie; Tarente fut prise, et ses murailles rasées = an 417 de Rome; et L. Furius Camillus, consul, rendant compte au sénat de l'extrémité à laquelle il avoit réduit les Latins: « Les dieux, dit-il aux sénateurs, « vous ont rendus si puissants, qu'il dépend mainte«<< nant de vous que le Latium soit encore, ou qu'il ne « soit plus rien du tout. »

Les Romains n'accordèrent la paix aux peuples vaincus qu'à des conditions très onéreuses; le sénat, selon sa politique ordinaire, leur ôta à chacun une partie de leur territoire: mais cette politique, poussée trop loin, ruina le pays, et excita même depuis dans Rome des séditions dangereuses. Les grands, par une collusion réciproque, s'emparèrent d'une partie de ces terres; leurs domaines devinrent insensiblement de petits états, qu'ils peuplèrent de ce nombre infini d'esclaves qu'ils avoient faits pendant une si longue

guerre; et les laboureurs originaires, dépouillés de leurs terres, abandonnoient la campagne où ils ne pouvoient plus subsister.

Le peuple et ses tribuns renouvelèrent leurs plaintes contre un abus presque aussi ancien que l'établissement de la république : on vouloit faire revivre le règlement de Licinius, et l'ordonnance qui fixoit au plus à cinq cents arpents l'héritage de tout citoyen romain; mais les lois furent moins écoutées dans le tumulte des armes. Il y avoit alors un trop grand nombre de patriciens et de plébéiens infracteurs de cette loi pour oser espérer de les réduire; on l'auroit même tenté en vain : complices de la même espèce d'usurpation, et tous, ou à la tête des armées, ou dans les premières magistratures de la république, rien ne résistoit à leur crédit; et les guerres qui survinrent contre les Carthaginois laissèrent moins d'attention pour les règlements domestiques.

Jusqu'ici nous n'avons vu les armes de la république occupées que dans la terre ferme de l'Italie. Les Romains furent près de cinq cents ans avant que d'avoir pu soumettre les Latins, les Toscans, les Samnites, et leurs alliés; mais ils n'eurent pas plus tôt établi leur domination dans ces grandes provinces, qui s'étendent depuis le Rubicon jusqu'à l'extrémité de l'Italie, qu'ils songèrent à passer la mer : la mer: le secours donné par les Carthaginois aux Tarentins en fut le prétexte, et la conquête de la Sicile le véritable sujet. Rome et Carthage s'attachèrent l'une contre l'autre; le voisinage et la jalousie de ces deux grandes républiqués firent naître une guerre san

glante dont la Sicile fut le premier théâtre. Cette guerre passa ensuite en Afrique, d'où elle s'étendit en Espagne et en Italie : nous n'en rapporterons les différents succès que sommairement,pour ne nous pas trop éloigner du sujet principal de cet ouvrage.

Carthage, colonie de Phéniciens, fut bâtie sur les côtes d'Afrique, proche l'endroit où se trouve à présent la ville de Tunis, environ cent trente-sept ans avant la fondation de Rome: la Libye reconnoissoit son empire. Elle entretenoit en tout temps de puissantes flottes, qui la rendoient maîtresse de la mer et du commerce, et qui avoient étendu sa domination jusque sur les côtes d'Espagne, et dans les îles de Sicile, de Corse, et de Sardaigne.

Tous ses citoyens étoient marchands un trafic continuel leur avoit acquis de si grandes richesses qu'ils méprisoient la profession des armes. S'il leur survenoit quelques guerres, ils achetoient des troupes, et souvent prenoient à leur solde jusqu'à leurs généraux : cette république marchande croyoit tout trouver dans son argent.

Rome au contraire nourrissoit dans son sein une milice admirable. Tous ses citoyens étoient soldats : personne n'étoit exempt d'aller à la guerre; le fantassin devoit servir vingt ans, et le cavalier dix, avant que de pouvoir obtenir son congé; et peu le demandoient. Quand il falloit marcher en campagne, on voyoit les vétérans se présenter avec la même ardeur que la jeu¡nesse, et tous vouloient vaincre ou mourir.

Telle étoit la constitution de ces deux républiques,

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