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lorsqu'elles en vinrent aux mains. L'une étoit puissante par ses légions et ses armées de terre; et l'autre n'étoit pas moins redoutable par ses flottes et ses armées de mer. Les Romains, renfermés dans le continent de l'Italie, n'avoient aucune expérience dans la marine. =An 489 de Rome. = (a) Appius Claudius, consul, fils du dictateur dont nous venons de parler, et frère d'Appius Claudius l'aveugle, fut le premier qui, à la faveur de quelques radeaux, fit passer des troupes dans la Sicile, ce qui lui fit donner le surnom de Caudex, comme ayant trouvé l'art de lier ensemble des planches, pour en faire des vaisseaux de transport. Ces radeaux devinrent bientôt des vaisseaux et des galères parmi une nation appliquée, ingénieuse, que le travail ne rehutoit point, qui profitoit de tout, et qui apprit de ses ennemis même l'art et l'invention de les vaincre. Une galère carthaginoise, poussée par la tempête sur les côtes d'Italie, servit de modèle aux Romains pour en fabriquer de semblables. On y travailla avec tant dardeur, qu'en deux mois de temps Duillius mit en mer une flotte qui défit celle des Carthaginoisan 495 de Rome. = (b) La joie que Rome reçut de cette première victoire navale, fit que, pour en conserver la mémoire, on en perpétua, pour ainsi dire, le triomphe; et Duillius, du consentement du sénat, toutes les fois qu'il revenoit de souper chez ses amis, se fit le reste de ses jours reconduire aux flambeaux et au son des flûtes.

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(a) Polyb. lib. I. Zonaras, lib. II. (b) Cicero de Senectute, cap. XIII. Valer, Max. lib. III, cap. 6, art. 4. Florus, lib. II, cap. 2. Polyb. lib. I.

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Nous ne nous arrêterons point aux suites de cette guerre, qui ne sont point de notre sujet, ni aux combats et aux sièges qui se firent en Sicile il suffit de remarquer que les Romains, s'étant rendus maîtres d'Agrigente et des principales villes de cette île, ayant pris Alerie, capitale de l'île de Corse, et Olbie dans la Sardaigne, portèrent la guerre et la terreur de leurs armes jusqu'aux portes de Carthage.

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=An 497 de Rome L. Manlius et Q. Ceditius, consuls, furent chargés de cette expédition. Mais Ceditius étant mort pendant son consulat, on lui substitua M. Attilius Régulus, personnage consulaire, grand capitaine, austère dans ses mœurs, sévère à lui-même comme aux autres, et qui avoit conservé encore la tempérance et le désintéressement des premiers Ro

mains.

Ces deux généraux mirent à la voile, avec une flotte de trois cent quarante vaisseaux, et chargée de cent quarante mille hommes de débarquement. Les Carthaginois leur opposèrent une flotte aussi nombreuse, composée de vaisseaux plus légers, et qui alloient mieux à la voile. Mais il s'en falloit beaucoup que le soldat carthaginois égalât le romain en valeur. Le combat fut long et opiniâtre, et la fortune passa plus d'une fois de l'un et de l'autre côté. Tant que les vaisseaux combattoient, pour ainsi dire, plutôt que les hommes, les Carthaginois l'emportèrent par leur adresse et par leur expérience mais les Romains qui montoient des vaisseaux grossièrement construits, pesants et lourds, ayant accroché ceux des Carthaginois, on commença à se battre

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de pied ferme et comme sur terre. Pour lors, la valeur des Romains qui combattoient à la vue de leurs consuls, l'emporta sur des étrangers et des troupes auxiliaires, gens qui ne font la guerre que comme ils feroient un métier, sculement pour vivre, et sans amour pour la gloire, ni zèle pour le parti qu'ils servent. (a) La flotte carthaginoise se dispersa par la fuite, et le passage demeura libre aux Romains, qui, après avoir abordé aux côtes d'Afrique, prirent d'emblée la ville de Clupéa, et ravagèrent ensuite le pays ennemi, d'où ils enlevèrent vingt mille captifs.

Les consuls envoyèrent à Rome donner avis de cette victoire, et demander de nouveaux ordres. Le sénat leur fit savoir qu'il souhaitoit que Manlius ramenât en Italie une partie de la flotte, dont on pouvoit avoir besoin pour conserver les conquêtes de la Sicile, et que Régulus restât en Afrique pour y faire la guerre. Le temps de son consulat étant expiré, on lui continua le même emploi, avec le titre de proconsul. Mais peu de temps après il demanda un successeur et son congé, sur les avis qu'on lui donna (b), que le fermier, qui cultivoit sept arpents de terre, en quoi consistoit tout le bien de ce général, étoit mort, et que son valet avoit dérobé les outils nécessaires au labourage. Régulus représenta au sénat, par ses lettres, que sa femme et ses enfants étoient exposés à mourir de faim, si par sa présence et son travail il ne rétablissoit lu-même ses affaires domestiques. Le sénat, pour ne

(a) Polyb. lib. I. Zonaras. Eutropius, lib. II, cap. 21. Orosius. Florus, lib. II, cap. 2. - (b) Val. Max. lib. IV, cap. 4, art. 6.

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pas interrompre le cours des victoires de Regulus, ordonna qu'on fourniroit des aliments à sa femme et à ses enfants; que sa terre seroit cultivée aux dépens du public, et qu'on achèteroit de nouveaux instruments nécessaires pour le labourage; récompense modique, si on en considère le prix; mais qui fait plus d'honneur à la mémoire de ce vertueux Romain, que tous ces titres pompeux dont on décore tous les jours les terres de ces hommes nouveaux, qui ne se sont enrichis que par des brigandages, et dont les noms ne seront peutêtre connus dans la postérité que par les calamités que leur avarice a causées dans le pays où ils ont fait la guerre.

Manlius ramena sur les côtes d'Italie une partie de la flotte chargée de butin et de vingt-sept mille prisonniers, Régulus de son côté ayant reçu les ordres du sénat, continua ses conquêtes. Les Carthaginois voulurent s'y opposer; on en vint à une bataille, où ils furent défaits, et où ils perdirent leurs meilleures troupes. Cette nouvelle victoire acheva de jeter la consternation dans tout le pays : plus de quatre-vingts places se rendirent aux Romains. Les Numides, anciens sujets des Carthaginois, se soulevèrent en même temps, et ravagèrent la campagne; et les paysans, qui fuyoient de tous côtés, se jetèrent dans Carthage, où par leur nombre et leur misère ils causèrent bientôt la famine et des maladies contagieuses.

Les Carthaginois, qui ne se trouvoient point de chefs ni de généraux assez habiles pour pouvoir les opposer à Régulus, envoyèrent jusqu'à Lacédémone

offrir le commandement de leur armée à Xantippe, capitaine célèbre dans son pays et dans toute la Grèce; et ils dépêchèrent en même temps les principaux de leur sénat, pour demander la paix à Régulus. Ce général, qui eût été bien aise de remporter à Rome la gloire d'avoir terminé cette guerre, ne refusa pas d'entrer en négociation. Mais, comme il tenoit Carthage investie par les différents corps de troupes qui en occupoient les environs, et qu'il n'y avoit point d'armée sur pied qui pût l'obliger à en lever le blocus, il prétendit donner la loi dans le traité, et il demanda que les Carthaginois lui remissent les places qui leur restoient dans la Sicile et la Sardaigne ; qu'ils rendissent gratuitement à la république les prisonniers qu'ils avoient entre leurs mains, et qu'ils payassent, outre la rançon pour ceux de leur parti, les frais de la guerre, et un tribut tous les ans. Régulus prétendoit encore que les Carthaginois ne pourroient faire ni guerre ni alliance sans la participation du sénat; qu'ils n'auroient qu'un seul vaisseau de haut-bord, et que sur les ordres qu'ils recevroientde Rome ils seroient obligés de fournir cinquante galères équipées en guerre, pour servir dans les endroits où les intérêts de la république le requerroient,

Les députés de Carthage représentèrent au général des Romains la dureté de ces conditions. Mais Régulus, qui se croyoit maître du pays, leur répondit fièrement « Qu'entre ennemis il falloit vaincre, ou « recevoir la loi du victorieux ». On se sépara sans rien conclure, et les magistrats carthaginois, irrités qu'on voulût exiger d'eux des conditions qui les rédui,

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