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1706. 17. Fevrier.

REMAR QUE S

ET

REFLEXIONS

Sur la nature des Cataractes qui fe forment

dans l'œil.

PAR M. DE LA HIRE.

O

N a distingué le Glaucoma de la Cataracte, en ce que le Glaucoma se prend pour une maladie du Crystallin, qui devient opaque & de couleur blanchâtre ou verdâtre; mais la Cataracte n'eft compofée que de quelques filets ou toiles qui fe forment dans l'humeur aqueufe, & qui peu à peu en s'épaififfant empêchent les rayons de la lumiere de penetrer dans l'œil jusqu'à la re

tine.

On a toûjours jugé que le Glaucoma étoit un mal incurable, puifqu'il n'étoit pas poffible de rendre au Crys tallin fa transparence quand il l'avoit perduë: mais pour la Cataracte il s'eft trouvé des Operateurs affez adroits pour percer l'œil par le côté avec une aiguille, & rompre en tournant fort doucement les efpeces de membranes qui la forment; & en les rangeant dans la partie basse de l'œil derriere la membrane uvée, rendre à l'œil fon usage ordinaire.

C'est-là le sentiment commun qu'on a de ces maladies. Cependant quelques Medecins foûtiennent à prefent que ce ne font point des pellicules ou membranes qu'on abbaiffe quand on fait l'operation de la Cataracte; mais que c'est le Crystallin même qu'on détache du ligament ciliaire qui le foûtient, & qu'on le range vers la partie baffe de l'œil. Ils disent pour confirmer ce qu'ils avancent, qu'ils ont trouvé le Crystallin dérangé & abaissé dans la

diffection de l'œil d'un homme à qui on avoit fait cette operation.

Mais je réponds que s'il étoit poffible de déplacer le Crystallin en le détachant du ligament ciliaire, le Glaucoma ne feroit plus une maladie incurable, comme on l'a jugé jusqu'à présent. Et fi l'on abaiffoit toûjours le Crys tallin dans cette operation, la Cataracte fuivant l'opinion commune ne feroit qu'une maladie imaginaire, puisque fans fe mettre en peine de cette membrane ou peau qu'on croit voir dans l'humeur aqueufe, ni de toutes les obfervations qu'on fait pour juger s'il eft tems de l'abaiffer, & fi elle eft affez meure & de nature à être détournée & rompue avec l'aiguille, on gueriroit toûjours ce mal en quelque tems & en quelque circonftance que ce fût en abaiffant le Crystallin, & l'on rendroit la vûë au malade.

Mais il femble dans ce doute qu'on accufe les Operateurs de ne fçavoir pas ce qu'ils font, & que croïant abattre des efpeces de pellicules, ils détachent & abattent le Crystallin. Cependant il y a peu d'apparence qu'ils se

trompent tous, hormis quelques uns, dans le jugement

qu'ils font de ces deux maladies de l'œil, & dans cette operation.

Ces jours paffez M. Chomel de cette Academie ayant voulu faire avec nous quelques operations fur des yeux de bœuf au fujet des differens fentimens qu'on avoit de la Cataracte, nous ouvrîmes d'abord un de ces yeux pour voir fi l'humeur vitrée étoit adherante à la membrane qui renferme le Crystallin, & nous reconnûmes qu'elle s'en détachoit affez facilement. Enfuite dans d'autres yeux nous perçâmes de biais la Sclerotique entre le liga. ment ciliaire & l'uvée avec une aiguille applatie par le bout, comme font quelques-unes de celles dont on fe fert dans les operations ordinaires, & l'ayant pouffée jufques dans le Cryftallin, nous la tournâmes & nous fîmes en même tems tourner le Crystallin qui y étoit attaché ; car il est d'une confistance affez ferme pour résister à l'effort qu'il falloit faire pour rompre le ligament ciliaire,

& pour

coucher le Crystallin dans l'humeur vitrée ou dans l'aqueufe: mais nous remarquâmes que l'humeur vitrée réfiftoit toûjours au Crystallin & le foûtenoit, quoiqu'il fut couché, enforte qu'il bouchoit la plus grande partie de la prunelle; & quand nous voulûmes retirer l'aiguille, le Crystallin qui y étoit attaché fuivoit en même tems, & ne quittoit point l'aiguille que par la résistance que lui faifoit la partie interieure de l'œil. Il arrive auffi quelquefois qu'en tournant l'aiguille le ligament ciliaire ne fe rompt pas, mais que le corps du Crystallin se sépare de sa membrane, & qu'il tourne au dedans, enforte qu'en retirant l'aiguille on déchire cette membrane où elle est percée, & que le Crystallin fort par cette ouverture, & refte entre le ligament ciliaire & l'uvée, & bouche toute l'ouverture de la prunelle, ou la plus grande partie.

On voit par-là qu'on ne pourroit retirer aucun avantage du Crystallin abatu, puisque s'il étoit opaque il intercepteroit toûjours les rayons des objets, & il les empêcheroit d'entrer dans l'œil étant trop gros, & ne pouvant pas être affez abaiffé pour être caché au-deffous de l'ouverture de la prunelle : car l'humeur vitrée eft mucillagineufe & comme de la gomme Adragante fonduë dans l'eau, & de plus on ne pourroit le ranger dans l'humeur aqueufe fans rompre la membrane uvée.

Une des grandes objections qu'on puiffe faire contre le fentiment de ceux qui difent que la Cataracte eft formée de pellicules qui font fufpendues dans l'humeur aqueuse, eft que ceux à qui on a abatu la Cataracte font obligés de fe fervir d'une loupe ou gros verre pour voir diftinctement les objets, ce qui ne devroit pas être, fi les trois humeurs demeuroient à leur place & dans leur entier : mais on nous a affûré qu'il y avoit des perfonnes qui voyoient fort bien aprés l'operation fans fe fervir de loupe; & il fe peut faire que dans quelques fujets l'humeur aqueufe në laiffe pas d'être encore un peu trouble, quoique les pellicules ne foient plus au-devant de la prunelle, & qu'ils font obligés de fe fervir de loupe pour faire passer plus de

rayons dans l'œil, qui ne laiffent pas de s'affembler toû jours fur la retine fi l'on approche l'objet un peu plus prés

de l'œil.

On fait encore une autre objection contre le même fentiment, & c'eft comment il fe peut faire que les pellicules qui forment la Cataracte foient toûjours placées entre le Crystallin & l'uvée. Mais je répondrois à celle-cy que les parties de l'œil qui fourniffent les matieres qui forment les pellicules de la Cataracte, font auffi entre le Crystallin & l'uvée, & c'eft pourquoy elles fe doivent toûjours trouver dans cet endroit de l'humeur aqueufe.

Cette feconde objection a pû faire naître à quelquesuns une idée de la nature de la Cataracte fort differente des premieres. Ils difent que la Cataracte n'eft qu'un épaififfement des premieres enveloppes du Crystallin qui eft formé par plufieurs de ces enveloppes à peu près comme un oignon, & que dans l'operation on arrache cette peau opaque de deffus la furface du Cryftallin, & qu'alors le Crystallin étant devenu plus mince, il faut fuppléer au défaut de fa convexité par celle d'un verre placé entre l'objet & l'œil.

Il est vrai que le Crystallin ayant été feché à l'air, paroît compofé de plufieurs peaux qui enveloppent au milieu une espece de noyau d'une confiftance un peu plus dure que le refte: mais quelle main affez adroite & quels outils faudroit-il avoir pour arracher cette peau opaque de deffus le Crystallin? Et quand cela fe pourroit faire, on romproit neceffairement le ligament ciliaire qui feroit attaché à cette peau, & par confequent tout le corps du Crystallin tomberoit en quelque endroit dans l'humeur aqueufe, & en s'y plaçant de côté détourneroit les rayons & empêcheroit la vifion.

On a remarqué que plufieurs perfonnes à qui on avoit abbatu la Cataracte voyoient tres-bien les objets auffi-tôt aprés que l'operation avoit été faite; mais que quelques jours aprés que l'on commençoit à leur débander les yeux, ils ne voyoient plus rien, & qu'ils avoient entierement

perdu la vûë, quoiqu'il ne parût point au dehors que
Cataracte fût remontée. Voici comme il me femble qu'on
peut
rendre raison de cet accident.

la

Il est tres-difficile qu'en abbattant les pellicules qui forment la Cataracte, furtout fi elles font fort adherantes au dedans de l'œil, que le tranchant de la pointe de l'aiguille ne touche la furface anterieure du Crystallin à caufe de fa convexité; & fi l'on ouvre un peu la membrane du Crystallin, tout le Crystallin fe pliffe & se ride, & à caufe de ces plis les rayons des objets lumineux ne paffent plus directement vers la retine; mais ils s'écartent d'un côté & d'autre, & l'œil ne peut rien appercevoir. Mais le Crystallin touchant l'humeur aqueufe par l'endroit où fa membrane aura été bleffée, ce pliffement n'arrivera pas fubitement après le coup, mais quelque tems aprés: c'estpourquoy on peut voir les objets auffi-tôt après l'operation, & dans la fuite on ne les verra plus,

1706. 10. Fevrier.

OBSERVATION S

Sur les Methodes de Maximis & Minimis, où l'on fait voir l'identité & la difference de celle de l'Analyfe des Infiniment petits avec celles de M" Hermat Hude.

PAR M. GUIS NE'E.

U

N de mes amis qui demeure en Province, habile homme dans l'ancienne Geometrie & dans l'Alge bre ordinaire, à qui j'envoïai il y a quelque tems le Livre de l'Analyfe des Infiniment petits, m'a prié par une de fes Lettres de lui donner des éclairciffemens fur quelques difficultés qu'il trouve dans la troifiéme Section, où M. le Marquis de l'Hôpital, l'illuftre Auteur de cet Ouvrage, enfeigne la methode de réfoudre, par le calcul differentiel, les questions de Maximis & Minimis.

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