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& qu'il y avoit déjà des mesures prises contre eux , qui leue An. isie. seroient très-préjudiciables si elles réussissoient. En effet l'em

pereur avoit d'abord offert au roi de France de consentir qu'il gardât Trevise, Vicence & Padoue , pourvu qu'il se mît en campagne, qu'il fit la guerre aux Vénitiens, & qu'il les challât de ces trois places. Il alla plus loin , il envoya un de ses domestiques a fidés à Lyon où la cour de France étoit alors, pour assurer Louis qu'il lui donneroit présentement en gage la ville de Vérone, à condition qu'il lui préteroit cinquante mille ducats; & qu'en cas qu'il ne fût pas remboursé dans un temps limité de tous ses frais & des intérêts, cette place lui demeureroit acquise; & que s'il l'étoit, il la lui rendroit de bonne foi. Le conseil du roi de France avoit été d'avis qu'on acceptât cette proposition; mais le roi la refusa d'abod, & voulut renvoyer les députés de Maximilien avec un refus. Celui-ci qui avoit charge de son maître d'engager le roi de France à ce qu'il désiroit, dit que si la majesté vouloit prêter à Maximilien la somme qu'il demandoit, il ajouteroit encore aux offres qu'il venoit de lui faire, un passage für à Mincio, & le territoire de Vallegio , qui demeureroit à la France à perpétuité, fi dans un an les cinquante mille ducats n'étoient pas payés. Le traité fut conclu

à cette condition , & l'argent fut compré au député. LXXXIII.

Cet accord entre l'empereur & le roi de France intrigua Les Véni- beaucoup les Vénitiens : ils comprirent que si Louis XII, tiens veulent en acceptant Vérone & Vallegio pour gage , se chargeoit se réconcilier avec le

de prendre Vicence, Padoue & Trevise , ils se verroient pape.

resserrés dans leurs marais, & feroient frustrés de l'espérance Buonacurs. de remettre le pied dans l'état de Terre-ferme , puisqu'ils ne Guicciard, le pourroient qu'en attaquant les François & les Allemands,

dont les forces étoient & seroient toujours au-dessus des Belcar. h. 11. leurs. Ainsi le sénat, après une mûre délibération , n'y vit Mariana , pas d'autre ressource, que de se mettre absolument à la dif

crétion du pape , & d'acheter la paix avec le faint siége à Ruynald. telles conditions qu'on voudroit lui imposer. Louis XII hoc anli,1, I.

in diariis.

1. %.

71. 49.

qui étoit informé des mauvais offices que la sainteté lui rendoit en Suisse, en voulant détacher cette nation du service de la France, & qui prévoyoit ceux qu'elle lui rendroit en Angleterre, fit tous ses efforts pour empêcher l'absolution des Vénitiens. Il envoya à Rome Albert Pio de Savoie comte de Carpi, pour se joindre au cardinal d'Auch, neveu du

lib. 29.

cardinal d'Amboise; il rappela même celui-ci pour complaire au pape à qui il n'étoit pas agréable. Carpi partit en poste An. 1510. pour se rendre au plutôt à Rome. Ses instructions lui per- Démarches merroient d'employer les offres les plus touchantes pour de Louis XII fiarter Jules II, & l'engager à l'observation du traité de pour empéCambray , en l'assurant que le roi, résolu de se conduire réconciliadésormais par ses lumières, le laissoit le maître du voyage tion.. qu'il méditoit de faire en Italie au printemps prochain , pour l'avantage de la cause commune.

Mais Carpi trouva en arrivant les choses plus avancées qu'il ne pensoit. Sa sainteté avoit déjà engagé fa parole sur l'absolution des Vénitiens. Les Turcs étoient alors tris-redoutés en Italie où la consternation de la prise d'Otrante par Mahomet Il fubfiftoit encore. Le pape craignoit qu'ils ne fiffent une irruption sur les terres de l'église. Les Vénitiens LXXXV. exagéroient le danger pour se rendre plus nécessaires : & Raifons qui plus ils donnoient de peur des Turcs , plus ils se rendoient pape a fe précieux aux autres. Jules II persuadé qu'ils pouvoient seuls rendre favo. retenir les infidelles au-delà du golfe Adriatique, ou les re- rable aux Vépousser s'ils s'avançoient avec une flotte , ne vouloit pas Raynald. hoc les détruire. Dans cette vue il entra en négociation avec la ann. 11. 2république. Il se fonda sur deux conjonctures : l'une, que n'ayant d'abord exigé que la suppression du Vidame de Ferrare , & la décharge de les sujets pour ce qui regardoit l'impôt du commerce de la mer Adriatique, il fe contenteroit de cela : l'autre, qu'il avoit été étroitement uni avec les Vénitiens durant les quarante années qu'il avoit été cardinal; que leurs états lui avoient servi d'asile, avant qu'il passat en France ; & que les sénateurs qui l'avoient connu plus particulièrement, le tenoient pour généreux & reconnoissant.

L'absolution fut donc accordée aux Vénitiens, & la cé. LXXXVI. rémonie s'en fit avec beaucoup d'appareil le 25e. de Fé. Le pape leur vrier 1910. Les six ambassadeurs de la république, profter Glution. nés aux pieds du pape, furent publiquement abous dans Guicciardin, l'églife de faint Pierre , & fa fainteré leur impofa pour pé- ', 8. &?. nitence de visiter les sept églises de Rome. Les conditions

Raynald.ad auxquelles ils furent réconciliés, étoient selon Guicchardin : 1510. n. 2. 1. Que la république fe defifteroit de l'appel qu'elle avoit ?

Parif. de interjeté au concile. II. Qu'elle ne conféreroit à l'avenir Grallis

. c 3. aucun bénéfice que ceux de patronage laïque , & ne trou- Diar. ceremo bleroic en aucune manière la poffeffion & la jouissance de ", 5. p. 520.

donne l'aba

hunc ann.

ceux qui auroient obtenu des provisions en cour de Rome; AN. 1510. qu'il seroit permis à tous les sujets d'y porter leurs procès

du ressort de la juridiction ecclefiaftique. III. Qu'elle ne pourroit mettre aucune imposition sur les biens ecclésiastiques.IV. Qu'elle renonceroit à tous droits & prétentions sur les terres de l'église , & spécialement au droit de tenir un vidame à Ferrare. V. Que les sujets de l'état ecclésiastique pourroient naviguer lur le golfe, fans que leurs bâtimens, de quelque nature de marchand 'es qu'ils fussent chargés, ou pour leur compte, ou pour celui des étrangers, pussent être soumis à aucune visite ou imposition. VI. Que la république n'entreroit en aucune manière en connoissance du traitement que le pape pourroit faire à ses vassaux, auxquels elle ne donneroit ni fecours ni retraite. VII. Que si dans les traités qu'elle avoit faits avec les prédécesseurs de Jules, ils lui avoient accordé quelques grâces préjudiciables à la chambre

apostolique, elles seroient nulies, fans qu'il füt besoin d'une Pet. Juftinia- plus expresse déclaration. VIII. Enfin qu'elle répareroit les r!i , l. 11. Delphin. I.

dommages qu'elle avoit causés aux églises & à leurs biens 9. ep. 66.

dans le cours de la guerre. Par ce traité Jules fut pleinement satisfait; il prit tellement la protection des Vénitiens, qu'il permit aux sujets de l'église Romaine de combattre à leur folde. Et cette république qui depuis plusieurs siècles étoit celle, de toutes les puiflances d'Italie, qui fe fût moins étonnée des foudres du Vatican, s'humilia toutefois dans une cause, où il ne s'agissoit que de politique; & fut obligée de subir les conditions impérieufes d'une paix arbitraire,

teiles qu’un souverain altier & heureux voulut les imposer. LXXXVII.

Les Vénitiens, ainsi réconciliés aves le faint siége, nede. Les Véni- sespérèrent plus du rétablissement de leur république. Ils mitiens, après rent sur pied une armée de quatorze cents hommes d'armes, ciliation, lé

de quatre mille hommes de cavalerie légère, & de dix mille vent une ar- hommes d'infanterie, y compris les sujets du faint fiége, à mée. Gucch. 1. 9.

qui le pape avoit accordé la permission de servir la répuBembo , hifi

. blique. Il ne s'agissoit plus que de choisir un général. Le Vener. comte de Perigliano étoit mort depuis peu à Padoue. Le

fénat jeta les yeux sur le marquis de Mantoue, qui étoit actuellement prisonnier dans le château de faint-Marc. Le doge Loredano lui en fir la proposition, & lui fit promettre qu'il seroit toujours au service de la république, & qu'il en donneroit caution. Le marquis ennuyé de sa prison accepta

leur récon

l'emploi , & envoya sur le champ chercher son fils à Man- An. 1510. tous pour le mettre en otage à Venise : mais la marquise de Mantoue , princesse de la maison d'Est, regardant la conduite de son mari comme une action de lacheté, refula de livrer son fils , & écrivit au marquis de souffrir fon maiheur avec courage , & de ne point dégénérer de fon rang, ni de la valeur de ses ancêtres. Au défaut du marquis, le fenar jeta les yeux sur André Gricti qui s'en excula, disant qu'il n'avoit jamais conduit que des flottes , & qu'il conduiroit mal une armée de terre. Ce refus obligea le sénat d'avoir recours à Fregoze : c'étoit le plus grand parleur de son temps, dèslà homme médiocre, mais mauvais soldat ; aussi les Vénitiens ne le gardèrent pas long-temps , & bientôt ils mirent fuccessivement Malvezzi & Paul Baglioné en fa place.

La plus grande espérance de la république n'éroit pas dans son général ni dans son armée, elle favoit qu'elle étoit trop inférieure en forces; mais elle attendoit beaucoup de services du pape , dont l'aversion pour la France lui procuroit l'amitié; & elle ne cherchoit qu'à aigrir Jules contre ce royaume , afin de partager ses attentions & les forces , & ainsi de l'empêcher de les réunir contre elle. Jules entroit dans toutes

LXXXVIII. ses vues : & déjà il cherchoit à former une ligue contre la Le pape traFrance, & à y faire entrer les Suisses. La conjoncture pour vaille à decela étoit favorable. Matthieu Scheiner, évêque de Sion

tacher les prélat ambitieux, cherchoit l'occasion de s'avancer à la cour parti de la de Rome. Jules ayant connu son dessein, favorisa sa passion France.

Raynuli. pour contenter la sienne propre : il promit á Scheiner le

hoc an. 1125 chapeau de cardinal, s'il pouvoit gagner les Suisses & les faire Guicciard. entrer dans la ligue qu'il méditoit. Scheiner lui répondit du 1. 8.

Buonac, in fuccès. C'étoit un homme adroit & rusé, qui favoit manier les

diariis : esprits, & qui avoit beaucoup d'ascendant sur celui des Suisfes. Heureusement pour lui, le terme de l'engagement que les Suisses avoient pris avec les François alloit expirer,& il comptoit bien les empêcher delerenouer.On tenoitalors une assem. blée à Bade pour l'affaire des Cantons.L'évêque trouvaun prétexte pour s'y trouver;quand il y fut, il n'oublia rien de ce qui pouvoit donner aux Suisses de la défiance des François ; afin d'irriter ceux-ci, il engagea les premiers à demander que leur pension fût augmentée de vingt mille livres. Les Suisses firent cette demande avec tant de hauteur & d'une manière fi insolente, que Louis XII, irrité que ces paysans monta

$8.

gnards, comme il les appeloit , s'ingérassent de lui imposer AN. 1510. des lois, se crut obligé de les refuser. C'est tout ce que

Scheiner demandoit: il suggéra aussitôt aux Suisses de se détacher de la France, & se dévouer entièrement au pape, ce qu'ils firent. Jules , réjoui de cette nouvelle acquisition, donna à ces nouveaux sujets le titre de défenseurs du saint fége. Le roi de France, pour se dédommager de la désertion des Suisses, donna ordre à George Supleix son résident auprès des Grisons, de traiter avec eux , & de les engager à la défense du duché de Milan, dont ils étoient auffi proches que les Suisles, & où ils pouvoient entrer plus commodé. ment qu'eux. Ce que ces peuples accepterent avec joie, &

à des conditions honnêtes. LXXXIX. Un autre souverain sur lequel fa fainteté jeta les yeux Et le roi

pour l'opposer à Louis XII, fut le roi d'Angleterre, jeune d'Angleter

prince qui brûloit d'envie de faire parler de lui dans le monde, & qui désiroit fort signaler son nom & son avénement à la couronne par quelque glorieuse entreprise.Mais Jules prévoyant bien que l'Angleterre ne traiteroit pas directement avec le S. siége d'une ligue offensive & défensive, vu que leurs états étoient trop éloignés , manda feulement à son nonce d'engager Volsei, confident de Henri VIII, à faire inserer dans le traité de paix qu'on travailloit à confirmer entre les deux rois, que cette paix n'auroit lieu que tant que la France & iesaint fiége vivroient en bonne intelligence, & que hors de ce cas les Anglois feroient libres d'agir comme ils le jugeroient à propos. Volsei y réussit: les députés de France, assemblés entre Calais & Ardres avec ceux d’Angleterre, s'opposerent fortement à cette clause: ils représentèrent un grand nombre de traités conclus entre les deux nations depuis Louis le jeune & Louis XII, dans lesquels on n'avoit fait aucune mention du saint fiége. Ils députèrent à Lyon où étoit la cour , & demandèrent un pouvoir plus ample. Le roi informé par fon ambaffadeur qui étoit à Londres, que les Anglois ne vouloient confirmer l'alliance qu'à cette condition, manda à ses députés de passer outre, se flattant qu'il

pourroit obliger dans la suite Henri VIII à se relâcher, lorfYC. qu'il apercevroit de plus près l'embarras où il s'engageoit, 11 veut auli

Le pape n'en demeura pas là; il pensa encore à engager 8491er le roi I'Espagne & Ferdinand roi d'Espagne à rompre l'alliance que ce prince Hempereur avoit faite avec la France, pour le faire entrer dans ses in

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