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dre l'efprit national. Il n'y a que chez les Anglois que l'amour patriotique ne s'éteint jamais, parce qu'ils ont des principes.

L'Europe a toujours eu quelque Monarque belliqueux, jaloux de s'étendre & de cueillir des lauriers; tantôt Gustave tantôt Sobieski, tantôt Louis-le-Grand, tantôt Frédéric. Les armes, beaucoup plus que les talens, ont aggrandi les Empires; parce qu'on a connu qu'il n'y a rien d'aufsi énergique que la loi du plus fort: c'est l'ultima ratio Regum. Heureufement nous ne nous reffentons point ici de ces calamités. Tout y eft dans la paix, & chacun en favoure délicieusement les fruits,comme je goûte éminemment le plaifir de vous affurer de Partie II, C

toute mon eftime & de tout mon attachement.

LETTRE LXXXVII.

A M. l'Abbé NICOLIN I.

MONSIEUR,

J'ai été bien fâché de ne m'être pas trouvé au Couvent des SS Apôtres, lorsque vous m'avez fait la grace de venir me voir avant votre départ. J'étois, hélas! fur les bords du Tibre, que les anciens Romains groffiffoient comme leurs triomphes, & qui n'eft qu'un fleuve ordinaire pour la longueur & pour la largeur.

C'est une promenade que j'aime fingulierement par les idées qu'elle

m'inspire fur la grandeur & fur la décadence des Romains. Je mè rappelle le temps où ces fiers def potes enchaînoient l'univers, & où Rome avoit alors autant de Dieux que de vices & de pasfions.

Je retombe enfuite dans ma cellule, où je m'occupe de Romé Chrétienne, & où je travaille quoique le dernier de la Maison de Dieu, pour fon utilité: mais c'eft un ouvrage à la tâche, & dès-lors prefque toujours faftidieux; car en fait d'étude, l'homme n'aimè ordinairement que ce qu'il fait lis brement.

Je n'ofe vous parler de la mort de notre ami commun : c'est ou

vrir une plaie trop fenfible. J'ar

recuellir fes

rivai trop

tard pour

dernieres paroles: il eft regretté comme un de ces hommes rares, qui valoit mieux que fon fiecle, & qui avoit toute la candeur des premiers âges. On dit qu'il laiffe quelques morceaux de poéfie dignes des plus grands maîtres. Il n'en avoit jamais parlé; chose d'au tant plus extraordinaire, que que les Poëtes ne font pas plus difcrets fur leurs écrits que fur leur mérite. Nous avons eu ici depuis quelque temps, un effain de jeunes François; & vous devez croire que je les ai vus avec beaucoup de plaifir. Ma chambre n'étoit pas affez grande pour les contenir; car ils m'ont tous fait la

grace de me venir voir; & cela , parce qu'on leur avoit dit qu'il y avoit un Religieux au couvent des

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SS. Apôtres, qui aimoit fingulie rement la France & tout ce qui en venoit. Ils parlerent tous à la fois ; & c'étoit exactement un tremblement de terre qui me réjouit beaucoup: un moto di terrá che mi rallegrava fommamente.

Ils n'aiment pas trop l'Italie, parce qu'on n'y eft pas encore toutà-fait à la françoise; mais je les ai confolé, en les affurant qu'ils completeroient un jour cette métamorphofe, & que j'étois déja moi-même plus qu'à demi rendu. J'ai l'honneur d'être, &c.

A Rome, ce 24 Juillet 1756.

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